Ismael Condé : « pourquoi j’ai été choqué par le livre Mémoire Collective… »

Interview
Ismael Condé
Ismael Condé

CONAKRY- Le livre « Mémoire Collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée » ravive les clivages. Ce livre qui retrace l’histoire contemporaine de la Guinée ne fait pas l’unanimité au sein de l’opinion. Ismael Condé, historien sociologue, président du parti de la révolution populaire africaine de Guinée (PRPAG) est l’un de ses détracteurs. Dans cet entretien accordé à notre rédaction, il explique le pourquoi.

 

AFRICAGUINEE.COM : La parution livre « Mémoire Collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée » suscite des polémiques. Comment l’appréciez-vous ?

ISMAEL CONDE : J’ai suivi la présentation sommaire de ce livre faite par Rfi. Je dois dire que j’ai été choqué par ce que j’ai entendu. « Mémoire Collective », je crois qu’on devrait faire appel à tous les bords politiques, régionaux, mais hier on a donné la parole à des anciens détenus. Ce que je reproche à ceux qui ont fait le camp Boiro, ils sont sortis avec une certaine haine, je ne les condamne pas, moi aussi j’ai fait le camp Boiro. Ce que je reproche à ces concitoyens c’est le fait de ne pas avouer les raisons de leur arrestation. C’est trop beau de dire que j’ai été arrêté, on m’a torturé sans dire la vérité. Je n’étais pas pour la ligne politique à l’époque du régime de Sékou. C’est pour cette raison je me suis mis à combattre ce régime. Mais les témoignages que j’ai entendus hier ne m’ont pas paru très objectifs.

Ce livre ne se focalise pas uniquement sur le régime de Sékou Touré. Dites-nous sur quoi fondez-vous concrètement vos griefs contre lui ?

Les auteurs du livre n’ont pas donné l’impression qu’il s’agit d’un travail objectif. Le représentant du l’union européenne en Guinée, nos concitoyens qui se font appeler « enfants des victimes du Camp Boiro », chaque fois que ceux-ci ont fait une manifestation, on a compté par eux l’ambassadeur en personne de la France et de l’union européenne.  Rien que par le discours du représentant de l’union européenne ici, on peut soupçonner le travail de manque d’objectivité. Il y a aussi les conditions de sa présentation.  Ce qui approfondi encore la suspicion, pourquoi avoir attendu le mois de septembre, période de commémoration des 60 ans de l’indépendance pour présenter ce travail. Je crois qu’on aurait pu le faire sans le lier à un contexte politique quelconque.

Je crois qu’on est en Afrique où les évocations des vieilles querelles fait raviver les tensions anciennes. Ensuite on est dans un pays à forte coloration religieuse (…) pour moi, le péché est humain, le pardon est divin. Compte tenu de la nature religieuse de la société guinéenne, je crois, avoir chaque fois à creuser pour dire qu’il y a eu ceci ou cela, ça n’unit pas. Surtout que nous ne sommes pas un peuple très instruit. Les gens ont beaucoup plus de la passion face à l’histoire que la raison. 

Par exemple le témoignage de Mouctar Diallo le correspondant de RFI, c’était vraiment malheureux. Il dit qu’il rapporte les propos d’une femme, mais racontant ces propos, on sentait qu’il avait pris position favorablement à ce que la bonne femme a dit (…). Quand j’ai entendu Mouctar Diallo dire hier qu’en « 77 » tout était fermé sur le plan du commerce, les gens étaient opprimés, ce n’est pas vrai. La police économique qui a été à l’origine de l’éclatement de l’incident du 25 août, a été mise en place au bout d’une réunion du comité central.

Les gens doivent retenir que le Président Sékou Touré n’a jamais rien décidé de lui-même. Quand Mouctar affirme que cette femme a dit qu’il fallait attacher des pagnes, il semblait être content de dire que Sékou Touré a fui, son boubou (…) ne continuons pas à cultiver la haine. La haine est un petit sentiment.

Elhadj Biro Kanté, l’un des compagnons de l’indépendance dit que ce livre est un outil d’intoxication. Avez-vous le même sentiment ?

(…)  Je n’irai pas jusqu’à dire ça parce que je n’ai pas lu le livre. Pour pouvoir avoir une opinion tranchée sur un livre il faut l’avoir lu et même étudié. C’est ma méthode. Mais c’est par la forme de la présentation de la chose qu’Elhadj Biro a dit que le livre est fait pour intoxiquer. Justement on peut penser à l’intoxication compte tenu des circonstances de la présentation de ce livre.

Si on ne fait parler les archives de la Guinée, comment peut-on établir une part de vérité sur l’histoire politique contemporaine de notre pays pour la nouvelle génération ?

Par rapport à cette question, souvent j’ai me rappeler une citation du président français François Mitterrand qui, soulignant l’importance de l’enseignement de l’histoire a dit : « un peuple qui perd sa mémoire, perd son identité ». C’est pour dire combien qu’il est très important que le citoyen connaisse la vérité sur le passé de son pays. Le patriotisme se fonde sur ça. Les bons sentiments se fondent à partir de cette vérité. Je suis totalement d’accord sur le fait qu’il faut écrire l’histoire de la Guinée, mais la vraie histoire.

Quelqu’un comme moi, je suspecte les livres de ce genre. Parce que parmi les rédacteurs de ce livre, les gens qui ont été consultés, j’en connais qui, dès le départ après le 03 avril 1984, face à l’histoire de la Guinée, n’ont pas voulu que l’on mentionna le nom de Sékou Touré et de Saifoulaye Diallo comme artisan de l’indépendance, comme ayant lutté pour l’indépendance du pays. Ça c’est de la haine. C’est indigne d’un vrai intellectuel. Donc quand on cite les noms des gens qui ont écrit ce livre, ça indispose les guinéens dès au départ. Parce qu’après tout, nous nous connaissons entre nous.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Jeudi 27 septembre 2018 à 11:23

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