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Femmes et agro-business à Kolaboui : des exploits dans un océan de défis… (reportage)

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Reportage

BOKE- A Kolaboui, une sous-préfecture de Boké située à plus de 160 kilomètres de Conakry, la capitale guinéenne, l’agriculture est la principale activité des populations.  Sur 179 membres que compte l’Union Maraichère de Tanboni, 120 sont des femmes. Djénaba Sandé est l’une d’entre elle. Depuis 25 ans, le maraichage constitue son unique source de revenue. En cette saison hivernale, son maïs pousse sur plusieurs hectares dans le petit village de Taboni. La quarantaine révolue, cette mère de quatre enfants n’a jamais fréquenté l’école. Pourtant, elle incarne un modèle de réussite, dans sa localité. Nous l’avons rencontré. 

Cette mère de famille pour qui rien n’était gagné davance vit dignement sa vie avec le revenu qu’elle tire de ses activités agricoles. Elle a construit une maison et prend en charge sa famille. En plein désherbage de son champ, elle nous a raconté son passé rythmé par des hauts et des bas. Mais aujourd’hui le résultat de son travail, fruit d’une lutte acharnée menée de longues années, est visible. Comment cet exploit a-t-il été possible ? Djénaba Sandé nous a livré son secret. 

« Quand je prends un crédit de 3 millions de francs guinéens que j’investis dans mes activités agricoles, je peux tirer jusqu’à 2 millions de francs de guinéens de bénéfices.  J’ai beaucoup de profits dans l’agriculture.  Je me nourris, je me soigne, je m’habille dans ça.  Ma mère est très âgée et elle n’a eu que des filles. Grâce à mon activité, j’ai construit une maison en tôle pour elle et je prends en charge mes enfants et mon mari qui ne travaille pas », déclare Djenaba Sandé sur un ton de fierté.

Avec 80% de sa population qui vit de l’agriculture, la Guinée possède 6 200 000 hectares de terres arables qui ne sont exploitées qu’à 25%. En 2018, le Président Alpha Condé s’est engagé à promouvoir l’autonomisation des femmes à travers la facilité d’accès aux crédits en milieu rural par la création de la mutuelle financière des femmes Africaines (MUFFA). 

A l’Union Maraichère de Tanboni, on n’a pas encore entendu parler de la MUFFA. D’ailleurs, certaines femmes comme Djénaba Sandé s’en méfient à cause dit-elle, des complications qui accompagnent l’acquisition des crédits avec les institutions de micro-financements. « Quand la période de semence arrive, je prends des crédits auprès de personnes de bonne volonté, pour m’approvisionner en engrais et en insecticides, mais aussi payer d’autres frais qui s’y rattachent. Il n’est pas aisé d’avoir des crédits avec des institutions de micro-financement. C’est pourquoi, je me crédite auprès des commerçants qui n’ont pas trop d’exigences et de complications », explique l’agricultrice

produits_locaux_transformes.jpgToute la vie de Djénaba Sandé et des siens repose sur ses activités agricoles qu’elle pratique avec amour et fierté depuis des années. Elle pense, à travers son activité, participer à la croissance économique du pays. Mais aujourd’hui, elle est inquiète depuis qu’elle a appris que son champ et ceux d’autres villageoises devront être traversés par une route qui sera construite par une société minière. « L’exploitation minière ne fait pas bon ménage avec l’agriculture. Le transport des minerais et d’autres polluants pourraient endommager nos cultures », s’inquiète-t-elle. Mais cela ne la décourage guère. Elle appelle d’ailleurs à un sursaut de la couche féminine : « Je demande à toutes les femmes de se donner la main et travailler dur pour dépasser les hommes. Nous avons plus de besoins que les hommes ».  

Production et consommation locale….

Pour accompagner les femmes dans leurs activités agricoles, Fatou N’Daw, agricultrice, a créé en février 2013 une organisation féminine dénommée coopérative des femmes de Kolaboui pour la transformation des produits locaux (CFKTPL). L’initiative vise à lutter contre les pertes après les récoltes en allant vers la transformation. Avec 20 autres femmes, elles s’activent dans la transformation et la conservation des produits locaux comme le maïs, le fonio, le riz, le manioc, les fruits, les légumes. La détermination est là. Mais ces femmes font face à de nombreux défis. Il s’agit de la commercialisation de ces produits qui est encore nationale. Aujourd’hui, elles aimeraient bien voir leur label s’exporter à l’international. 

Pour qui l’agrobusiness est une passion, Fatou N’Daou met son expérience à profit pour former plusieurs femmes sur les techniques de transformation des aliments locaux. « En 1989, j’ai commencé avec un peu d’argent. Je faisais de la confiture du ‘’bissap’’.  Ensuite, j’ai fait appel aux femmes pour créer un groupement. Malgré les obstacles, nous avons tenu bon.  Nous avons suivi plusieurs séries de formation. En 2013 notamment, nous avons bénéficié d’une formation sur la transformation des aliments et l’hygiène. Finalement nous nous sommes mises en coopérative. Sur la base des cotisations, nous avons pu démarrer notre activité »,raconte-t-elle. Il n’en fallait pas plus pour attirer quelques bailleurs. Désormais, grâce à la coopérative, le couscous de maïs, le gari, le grumeau de riz et de maïs, l’attieké, la purée de piments, se conservent longtempsFatou Ndawest consciente que c’est le résultat de leurs efforts et elle en est bien fière.

« A cause de l’abondance des produits sur le marché, les femmes maraichères enregistraient d’énormes pertes. Désormais, plusieurs d’entre elles maitrisent les méthodes de transformation pour les produits à base de manioc, d’orange, de mangue, de tamarin. La durée de conservation est d’un an. Et rassurez-vous, les prix sont abordables ».

Des défis….

L’accès à la terre et aux crédits constituent une difficulté à l’épanouissement de l’entreprenariat féminin à Kolaboui. Comme dans plusieurs secteurs d’investissement, les difficultés liées à la transformation et à la commercialisation des aliments ne sont pas rares. Les femmes de la coopérative CFKTPL ont beau faire la promotion de leurs produits locaux, mais elles ont le sentiment que les guinéens ne sont pas encore des consommateurs locaux. Cela constitue un véritable frein à leur épanouissement.

 « Nous avons de sérieux problèmes d’écoulement de nos produits. Les gens ne connaissent pas l’importance de consommer les produits transformés localement. Tout le monde se précipite sur les aliments importés. Cette situation impacte négativement notre rendement », se plaint Fatou Ndaw.  L’autre difficulté à laquelle ces femmes font face, c’est le manque d’équipements adéquats et d’un fonds de roulement. 

fatou_ndaou_presidente_cooperative_des_femmes_kolaboui.jpg« Nous utilisons les méthodes rudimentaires que nos parents pratiquaient, alors que de nos jours, il y a des technologies adaptées à tous les secteurs. Tout le travail sur le fonio par exemple, est fait à la main. Le seul outil dont nous disposons c’est le séchoir. Pour les jus et confitures, nous utilisons des bouteilles recyclées pour l’emballage mais nous veillons à l’hygiène. Les étiquettes nous sont fournies à 500 francs l’unité pour chaque emballage. Nous n’avons que GNF dix (10) millions comme budget de fonctionnement. Inutile de dire que c’est insuffisant pour le travail », explique Fatou N’Daou, qui interpelle les autorités locales et surtout le président Alpha Condé pour leur porter assistance.

Interpelé sur cette question d’assistance des autorités, le sous-préfet de Kalaboui, Mamadouba Yakha Camara a expliqué que l’accompagnement des autoritésaux femmes à travers les groupements est orienté vers la recherche de partenariats, afin dit-il, qu’elles bénéficient d’appuis techniques et financiers, notamment des formations en techniques agricoles.

Pour le Sous-préfet, grâce à l’investissement des femmes, Kolaboui constitue aujourd’hui un grenier qui ravitaille les villes de Boké, Kamsar et Conakry.

 « Les femmes méritent d’être soutenues pour la réduction de la pauvreté et le chômage, parce qu’elles soutiennent les foyers à 80% », selon Mamadouba Yakha Camara.

Tout de même, il appelle à la responsabilité des groupements féminins pour mériter la confiance des institutions financières.« Nous avons constaté des détournements de fonds après les prêts bancaires. Et cela décourage fortement les partenaires. C’est pourquoi, avant d’attribuer les crédits, il faut qu’on soit rassuré que le groupement demandeur est légalement constitué et que ses membres sont crédibles et dignes de confiance.».

 

Un reportage de Bah Aissatou

Pour africaguinee.com

Tél : (+224) 655 31 11 14

Créé le Vendredi 03 août 2018 à 11:35

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