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«Alexandre Benalla n'a jamais été mon amant»

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Emmanuel Macron

Enfin sorti de son silence, plus d'une semaine après les premières révélations concernant les violences de son collaborateur, Emmanuel Macron a ironisé tout en assumant ses responsabilités.

Le président français a tenté mardi une contre-attaque dans l'affaire Benalla en revendiquant sa «seule» responsabilité, mais sans réussir à éteindre le feu toujours plus nourri des critiques. «Le seul responsable de cette affaire c'est moi», a déclaré mardi soir le président, sortant ainsi du silence dans lequel il s'était muré depuis l'éclatement, la semaine dernière, du «Benallagate», du nom de son collaborateur Alexandre Benalla, inculpé pour avoir frappé des manifestants sans disposer d'aucun pouvoir de maintien de l'ordre.

«Il n'a jamais détenu le code nucléaire»

«S'ils veulent un responsable, il est devant vous, qu'ils viennent le chercher», a lancé, bravache, le chef de l'Etat, fustigeant «la République des fusibles» et la «trahison» de son ancien collaborateur, qui n'avait été dans un premier temps que suspendu deux semaines, avant que la révélation de ses gestes n'entraîne son licenciement et son inculpation.

A la fin de son discours, prononcé devant ses troupes à la Maison de l'Amérique Latine, Emmanuel Macron a ironisé en jouant de l'anaphore: «Alexandre Benalla n'a jamais détenu le code nucléaire. Alexandre Benalla n'a jamais occupé un 300 m2 à l’Alma. Alexandre Benalla n’a jamais eu un salaire de 10'000 euros. Alexandre Benalla n’a jamais été mon amant.» Cette dernière remarque faisait référence aux rumeurs qui couraient pendant la campagne présidentielle de 2017, prêtant une double vie l'ancien patron de Radio France, Mathieu Gallet. A l'époque, le candidat macron avait ironisé sur son homosexualité présumée et sa prétendue «double vie».

Emmanuel Macron a «commencé à desserrer le noeud coulant», commente pour l'AFP un spécialiste de la communication politique. «Il y a eu d'abord une phase de panique quand l'affaire a éclaté, d'où le silence» puis un retour de la parole présidentielle qui est «une reprise d'initiative», poursuit cette source qui demande l'anonymat.

La prise de parole du président, relayée par les ministres mercredi, a pourtant échoué à calmer l'opposition, qui reproche en particulier au président de ne pas s'être exprimé devant les Français dans leur ensemble mais lors d'une soirée ne réunissant que des membres de sa majorité, acquis à sa cause.

«Un matamore»

Les déclarations présidentielles ne sont qu'un «premier pas», titre ainsi le quotidien conservateur Le Figaro. Ses propos «de boxeurs» ne manquent «pas de cran», selon le journal, mais cela «ne l'exonère pas d'une déclaration plus solennelle devant le pays». «Devant un public de fidèles, sans contradiction possible, M. Macron choisit d'éviter la plupart des questions soulevées depuis le déclenchement de cette affaire, et elles restent très nombreuses», regrette Le Monde.

Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, figure de l'opposition de droite, a ainsi appelé Emmanuel Macron à «s'exprimer devant les Français» et pas «dans l'entre-soi» des élus d'En Marche, le parti présidentiel. «Une chose est sûre: le mythe du nouveau monde s'est effondré», a-t-il estimé, en référence à la promesse de campagne de M. Macron d'instaurer une «République exemplaire» loin des erreurs du passé. «La République exemplaire n'évite pas les erreurs», a assuré M. Macron mardi soir.

En s'exprimant devant «ses» députés, M. Macron n'est «plus le président de la Nation», a jugé le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, ancien allié de l'extrême droite à l'élection présidentielle. M. Dupont-Aignan a en conséquence claqué la porte de la commission d'enquête à l'Assemblée nationale sur l'affaire Benalla, dénonçant une «mascarade».

Ugo Bernalicis, député de la France insoumise (gauche radicale), a ironisé sur les déclarations du président et en particulier sa phrase «qu'ils viennent me chercher», alors qu'il bénéficie d'une «totale impunité», en vertu de la Constitution française qui empêche toute action judiciaire contre un président en fonction. 

AFP

Créé le Jeudi 26 juillet 2018 à 10:10