Baadiko tacle Cellou et Alpha: "Le RPG et l’UFDG sont les plus grands fraudeurs…"(interview)

Interview
Mamadou Baadiko Bah
Mamadou Baadiko Bah

CONAKRY-Mamadou Bah Baadiko, le leader du parti l’Union des Forces Démocratiques n’est pas tendre avec le RPG-arc-en-ciel et l’UFDG dirigée par Cellou Dalein Diallo. Pour lui, les deux plus grandes formations poltiques du pays sont d'être les plus grands fraudeurs électoraux. Dans cette interview qu’il a accordée à notre rédaction jette regard critique sur la situation sociopolitique politique de la Guinée. Bonne lecture…

AFRICAGUINEE.COM : Vous restez trop longtemps hors  du pays. Qu’est-ce qui explique cette absence prolongée ?

MAMADOU BAH BAADIKO : Effectivement  j’étais absent physiquement du pays de fin octobre 2017 à début juin 2018, j’étais au Cameroun. Sur le plan personnel je suis expert-comptable, qui traite avec les entreprises dans ce pays.  Vous n’êtes pas sans savoir que ce pays est en une crise et en proie à un conflit armé (…), au nord nous avons les égorgeurs de Boko-Haram et au sud avec les sécessionniste. Ce qui a mis totalement l’économie du pays en mal. Comme vous le savez, nous travaillons avec les entreprises et donc il difficile de faire assez de déplacement. Mais quand même l’on a continué à suivre l’actualité du pays et surtout la situation socio-économique et politique  du pays. Lors des communales, je me suis impliqué à distance dans l’organisation de notre déploiement dans les circonscriptions où nous avons présentés des candidats et ensuite il m’a fallu attendre le dépôt des bilans des entreprises pour l’année fiscale au Cameroun avant de venir. Mais je ne me suis jamais désintéressé du pays.

Pourtant certains observateurs estiment que votre séjour prolongé était dû à une certaine déception ?

Mais il n’y a aucune déception, je vous ai expliqué que ce sont des raisons professionnelles et malgré cela nous n’avons pas été loin de l’actualité de notre pays. J’étais en rapport avec le Président de la République de façon épisodique mais il n’y avait absolument rien qui indique que je devais me trouver sur le territoire.

Vous êtes à la tête de l’Union des Forces Démocratiques (UFD). Quelle lecture faites-vous de la situation politique de notre pays qui est quand-même marquée par cette crise latente ?

Oui, nous sommes dans une crise politique majeure avec des blocages politiques mais surtout une véritable impasse économique et sociale. Donc bien-sûr avec 8 ans de ce régime l’on se rend compte qu’aucun problème n’a été fondamentalement réglé. Tout ce que l’on pensait avoir été réglé ne l’est pas, nous avions toute cette dégradation accélérée du réseau routier qui a été légué par les régimes précédents. Vous avez le pillage effréné des ressources du pays à travers des mines qui sont exploitées dans le plus grand désordre  (…), nous avons déjà même des exploitants clandestins de mines d’or à très grande échelle qui pillent les richesses du pays sans payer l’impôt puisqu’ils prétendent être des gens chargés de faire des recherches et d’avoir des accointances au plus haut niveau de l’appareil d’Etat.

Nous avons le problème des ordures  dans la capitale qui est resté pendant des années avec toutes les nuisances que nous connaissons par rapport à cette situation incroyable. Vous avez vu le désespoir de la jeunesse qui part en masse vers le Sahara, nous avons la baisse continuelle su pouvoir d’achat des populations avec la monnaie qui continue à s’effondrer le jour au jour. Apparemment l’Etat a repris l’utilisation de sa planche à billet. Et tout ça dans un contexte de politique avec un condominium politico-ethnique de deux formations politiques qui font parties du même système politique, qui partagent le gâteau et qui dominent la vie politique complètement bloquée. On finit un processus électoral et au lieu d’installer les élus dans leurs nouvelles fonctions, nous sommes aujourd’hui à plus de cinq mois des résultats et rien n’est fait et l’on trouve que c’est tout à fait normal parce que nous sommes dans une culture de violation permanente de la constitution.

Quelle est la position de l’UFD par rapport à ce contentieux électoral né des élections locales du 04 février. Est-ce que vous soutenez l’installation des élus malgré les fraudes dénoncées çà et là ?

Nous avons proposé une solution qui à mon avis devrait être raisonnable. C’est de porter cette affaire devant la cour constitutionnelle qui est compétente pour connaitre quelques problèmes de droits dans ce pays. Même s’il n’est pas prévu spécifiquement dans les textes auxquels les gens s’accrochent, l’on peut au moins débloquer la situation en faisant confiance aux juges de la cour constitutionnelle sur la base des justificatifs qui leurs seront présentés pour qu’ils prennent une position. 

Sinon je ne vois pas quelle solution légale pouvons-nous trouver (…),  il peut y avoir des arrangements comme il y en a toujours eu entre les gens du système mais cela ne règlera pas les problèmes du pays. Mais ces communales sont la preuve qu’aucune élection ne réglera les problèmes du pays, les problèmes ne font que s’aggraver puisqu’au-delà des hommes il y a le système qui est totalement corrompu et orienté vers la satisfaction des besoins des élus et des gouvernants plutôt que la satisfaction des intérêts des besoins pressants même de la population. Aujourd’hui, vous savez que la Guinée est l’un des pays les plus pauvres et corrompus où il est le plus difficile de vivre dans ce monde.

Lors d’une de vos conférences de presse, vous avez dénoncé une complicité tacite entre l’UFDG et le parti au pouvoir le RPG dans la dilapidation des deniers publics notamment en ce qui concerne l’attribution d’un budget au chef de file de l’opposition. Pourquoi ?

Nous avons fait valoir que dans toutes les démocraties qui se respectent, un chef de file de l’opposition n’est pas salarié du pouvoir exécutif, ce qui est le cas chez nous. Et nous partageons ce système avec des pays qui sont aussi rétrogrades et fermés au changement que le Tchad, le Togo, le Mali avec ses troubles, le Burkina-Faso de Compaoré (ancien président, ndlr), il est tout à fait clair qu’il y ait une complicité tacite qui est là, un partage du gâteau. Je n’arrête pas de répéter que le système actuel c’est lequel ? Je bouffe, tu bouffes, nous bouffons,…. Ils trinquent c’est-à-dire, c’est le peuple trinque. C’est cela la réalité d’aujourd’hui et ce sont des arrangements entre eux, ce sont les mêmes valeurs et ils ne sont pas différents l’un de l’autre.

Donc vous ne soutenez pas la nouvelle configuration de la CENI ?

C’est le symbole même de la tentative de  verrouillage de la démocratie en Guinée. Cela veut  dire qu’ils sont enfermés à deux dedans et tout est fait pour que personne d’autres ne puisse arriver à émerger à part eux. Mais ils ne savent pas que le peuple ne laissera pas faire cela et on n’acceptera pas que la vie politique soit confisquée en fait par ces deux partis. Ils sont les plus grands fraudeurs électoraux du pays, et là, ils se donnent les moyens de légitimer ce qu’ils font. Tout le monde sait comment se passe les élections au Foutah et en Haute-Guinée  (…), donc la nouvelle CENI qui est exclusive va permettre dans leurs esprits de verrouiller et leur garantir que ce système va perdurer éternellement.  C’est ce qui est totalement une folie puisque le peuple en a ras-le-bol  et il est à bout de souffle.

Vous avez soutenu la candidature en 2015 de Mr  Alpha Condé pour sa réélection à la magistrature suprême du pays. Aujourd’hui beaucoup d’observateurs estiment que vous êtes à cheval entre l’opposition et la majorité présidentielle. Quelle est votre position réelle ?

Nous ne sommes à cheval sur des positions, nous avons toujours eu notre position. C'est-à-dire que , si le pouvoir fait prendre des actes positifs , nous sommes prêts à les soutenir et dans le cas contraire, nous sommes prêts à dénoncer les insuffisances et les manquements du pouvoir. Nous ne sommes pas dans des problèmes d’étiquettes, nous sommes dans des positions politiques  par rapport à ce système que nous dénonçons. Vous appelez ça comme vous voulez mais nous sommes opposés à ce système de condominium politico-ethnique basé sur la prédation du bien public, la corruption au profit de l’élite dirigeante des élus. Nous sommes contre cela.

Vous n’êtes pas à l’Assemblée Nationale comme parti politique et c’est évidement vous ne serez pas sauf grande surprise à la CENI. Est-ce que votre seule alternative  ne serait pas de créer une sorte d’alliance que de vouloir évoluer en solo ?

Ce sont nos instances dirigeantes qui vont le déterminer. Je dois vous rappeler qu’il y a eu une très grosse tricherie en 2013 sur laquelle nous ne revenons pas, l’on nous a empêchés de rentrer au parlement alors qu’on avait les suffrages permettant de le faire. Nous ne sommes pas les seuls, nous étions trois avoir été mis de côté au profit des gens dont certains avaient créé leur partie après quelques mois ou semaines seulement avant les élections. Ceci de façon très injuste dans la tricherie la plus ouverte pour permettre à la majorité de compléter ces rangs.  

Quelle appréciation faites-vous de l’arrivée de Kassory Fofana à la primature ?

Nous n’avons rien contre la personne du premier ministre, nous avons même eu des relations de travail à l’époque de l’élection présidentielle. Mais le problème que nous dénonçons, c’est ce retour en arrière alors qu’on attendait un véritable changement de cap. Lorsqu’on prend les mêmes hommes et femmes qui ont fait leurs preuves négativement pendant le régime du président Lansana Conté et qu’on prétend faire le changement, nous disons NON. Les mêmes causes produiront les mêmes effets et nous avons rapprochés ce fait que toutes les tares de la période la plus dramatique du régime du Général Lansana Conté sont aujourd’hui magnifiées. L’on ne peut pas nous dire qu’on va prendre les mêmes personnes qui sont originaires du système qui était si décrié et contre lequel le peuple s’est révolté pour nous dire qu’on va faire des changements positifs.

Nous sommes étonnés du moment où le chef de l’Etat avait clamé haut et fort que jamais qu’il ne travaillerait avec les gens du système Conté et aujourd’hui il a été contraint de le faire puisqu’aujourd’hui il est obligé de payer  ça  vis-à-vis du système qui l’a installé. Nous soutenons que ce n’est pas le RPG qui a donné le pouvoir au président Alpha Condé mais les caciques et l’establishment du système Conté. Nous sommes encore plus révolté , qu’on installe à des postes les plus sensibles de la sécurité des gens qui sont des idéologues du système dictatorial et sanguinaire du PDG , qui sont des revanchards et des gens qui rêvent de massacrer la population, qui rêvent de faire de la répression aveugle et à torturer  des personnes sans que rien ne se passe. Contraindre des milliers de gens à l’exil.  Ce sont ces mêmes types qu’on nous ramène aujourd’hui à des postes aussi sensibles que la sécurité. Ça c’est de se moquer du peuple de Guinée  et de nous dire que l’on veut faire un changement avec cela.

En plus je dois ajouter que nous avons un problème moral et d’éthique que nous avons dénoncé depuis longtemps. Nous avons dit que ce gouvernement comprend des délinquants que des tribunaux étrangers ont condamnés. En ce que je sache nous n’avons pas entendu une cour des droits de l’homme dire que la justice belge n’est pas indépendante ou elle n’est pas objective. Nous avons donc des ministres qui sont condamnés et d’autres qui sont cités dans des scandales de corruption. Je ne sais pas qu’elle crédibilité voulez-vous que notre justice puisse avoir vis-à-vis même de ses partenaires extérieurs (…), ceci est une véritable insulte au peuple de Guinée.

A peine installé, le gouvernement Kassory fait face à sa première crise, celle relative à l’augmentation du prix du carburant à la pompe. Quelle piste de solution préconiseriez-vous en tant qu’économiste et en tant qu’acteur politique ?

Dans cette situation les choses ont fonctionné comme le système actuel (…), vous savez ce système marche sur les rumeurs, d’abord on lance des ballons d’essais sous forme de rumeur et après on officialise. C’est comme ça que fonctionne le système qui est totalement inadmissible, ceci n’est pas une bonne façon de gouverner. Après l’on se rend compte que la mesure a été lâchée sans concertation véritable avec les acteurs intéressés. L’on n’a pas dit que le gouvernement devraient obéir à ses partenaires sociaux mais au moins que les gens soient informés. Cette mesure d’augmentation de 25% du prix du carburant a été faite sans concertation mais surtout sans aucune mesure additionnelle comme le fait de recalculer par exemple et de fixer le transport. Aujourd’hui c’est l’anarchie, les gens font ce qu’ils veulent. Je ne suis pas docteur en Economie, je ne suis qu’un pauvre comptable mais il faut savoir que le transport pèse excessivement lourd dans le coût des produits de premières nécessités que la population utilise.

Lorsque vous avez un pays sans réseau routier avec tous ces ponts qui s’effondrent partout pendant que le gouvernement est là à tourner en rond et d’envoyer des missions. Vous savez donc que le carburant a un poids énorme dans le coût du transport et le coût du transport lui-même est une fraction importante des coûts au marché. Donc quand vous augmentez le carburant, le prix au marché va augmenter. Il y a des conséquences économiques extrêmement dramatiques dues au fait que le coût du transport pèse très lourds dans le calcul des prix à la consommation. En plus on n’a rien pour penser à des gens qui produisent avec le carburant tels que les pêcheurs, l’on n’a pas détaxé le carburant de ce secteur, cela va impacté sur le prix du poisson. Le plus grave dans tout cela, c’est lorsqu’on nous annonce sous la pression de la rue évidemment qu’il y a des mesures d’accompagnement qui sont en train d’être prises. On nous brandit l’argumentaire qu‘on va remettre le Conakry-Express en route, un train que les militaires avaient mis en service et qui marchait (…), aujourd’hui on a un gouvernement civil qui est incapable de le mettre sur les rails. En plus on dit qu’on a des bus turcs qu’on va mettre en service, ceci aussi est un autre scandale (…), on a un cadeau de 50 bus qui pourri sur pieds depuis plus d’un an puisque l’Etat est incapable de s’organiser pour le mettre en route.

Tout ça parce qu’il y a une corruption ambiante, les batailles entre fonctionnaires pour contrôler ces bus qui sont très lucratifs font rage. Les bus sont là en train de pourrir pendant que la population souffre du manque de transport et on nous présente cela comme étant une mesure d’accompagnement. Au lieu de faire son devoir, l’Etat nous présente cela comme une faveur à la population (…) ; pire que cela est-ce que réellement en dehors de Conakry qui va bénéficier de leurs fameuse mesures d’accompagnement. C’est totalement inadmissible et décousu. Encore une fois nous pensons que le gouvernement est en train de se moquer de la population.

Face à ces tares du pouvoir en place, il y a quand-même cette opposition qui est complètement déconfigurée. Qu’est-ce qui pourrait expliquer selon vous ce manque d’unité de cette opposition autour de Cellou Dalein Diallo ?

Quand vous êtes dans une logique de partage de gâteau, il est tout à fait normal qu’il y ait des bagarres incessantes. C’est cela le vrai problème (…), l’opposition en ma connaissance ne propose absolument rien qui prenne le contre-pied du comportement du pouvoir. Donc il y a une complicité tacite et comme le dirait l’autre c’est ‘’ blanc bonnet, bonnet blanc’’, je suis désolé et je ne vois pas qu’est-ce qui pourrait changer. Ils adhèrent tous au même système, ils profitent du même système. C’est tout à fait normal que les gens fassent la navette l’un à l’autre selon les circonstances et les intérêts de toutes sortes. Du point de vue du changement véritable auquel les guinéens aspirent depuis les révoltes populaires de 2007, on est au point zéro si on n’est pas d’ailleurs encore plus en retard. Nous n’avons pas cessé de relever que le Général Lansana Conté qui n’avait pas un grand niveau d’instruction, dans les 15 premières années de son règne il a réalisé des choses extraordinaires avec ces collaborateurs. Aujourd’hui tout ça est réduit en ruine  et qu’ensuite, le président Conté prenait la route pour aller voir les populations, il ne se déplaçait pas en hélicoptère (…), puisque justement il avait fait des routes. Voilà la situation incroyable dans laquelle nous sommes et je le dis, on a fait une très grande marche arrière et le peuple aura certainement a en tiré les conséquences.

Que pensez-vous de la rentrée dans le gouvernement des opposants comme  Aboubacar Sylla, ancien porte-parole de l’opposition et de Mouctar Diallo ?

Il faut qu’on soit clair (…), on ne peut pas dire que c’est un acte négatif. Au sortir des forces vives en 2010, il était entendu entre nous que quel que soit le parti qui prendrait le pouvoir, il devait travailler avec les autres dans le sens de l’intérêt national. Mais au lieu de cela, l’on est tombé dans un système ethniciste avec un condominium politico-ethnique et aujourd’hui tous les politiciens face à ces deux-là, nous ne sommes que des pions que l’on pousse au gré des circonstances mais pas dans l’intérêt national mais dans l’intérêt du pouvoir établit. Donc je n’ai pas de commentaire particulier à faire ; les gens ont leurs valeurs intrinsèques mais il faut voir le cadre dans lequel ils vont pouvoir travailler.

Un dernier mot ?

De mon point de vue, la situation est extrêmement grave, la Guinée aujourd’hui est l’un des pays les plus corrompus et les plus misérables de la planète me fait penser à tout point de vue au système ‘’Moboutiste’’. Une élite complètement irresponsable qui se rempli les poches et qui écrase la population dans la misère dilapide toutes les ressources du pays et qui verrouille toutes les possibilités de changer dans une impunité totalement complète. Il faut que cela s’arrête puisque nous ne pouvons plus continuer, la population en a déjà assez. Il ne faut pas que les gens pensent puisqu’ils ont des armes et qu’ils sont puissants et qu’ils ont des forces d’Etat qu’ils sont à l’abri. Un jour, l’histoire va leur demander  des comptes (…), il n’est pas normal que la Guinée 60 ans après l’indépendance nous en soyons à ce point d’être comme un frère jumeau du régime Moboutiste.

Je vous remercie !

Interview réalisée par Souaré Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 655 311 112

Créé le Vendredi 20 juillet 2018 à 10:53

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