Réconciliation nationale en Guinée : un citoyen écrit au Président Alpha Condé…

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Libre opinion
Le Président de la République de Guinée, Alpha Condé
Le Président de la République de Guinée, Alpha Condé

Excellence Monsieur le Président de la République,

J’ai l’honneur de m’adresser à vous en ma qualité de citoyen guinéen conscient des réalités que traverse son pays et qui aimerait voir les choses évoluer dans le bon sens pour la construction d’une Guinée unie, forte et prospère.

En effet Monsieur le Président, il y a de cela sept années que vous présidez aux destinées de la République de Guinée à l’issu des premières élections largement ouvertes organisées par le pouvoir militaire de transition (CNDD) en 2010.   

Votre élection avait suscité assez d’espoir pour beaucoup de guinéens (comme moi) qui voyaient en vous l’image d’un panafricaniste convaincu et épris de patriotisme. Oui, cette image panafricaniste, vous y tenez tant et vous ne manquez jamais de le dire haut et fort. Vous y avez d’ailleurs toujours tenu comme me le témoignaient certains de vos camarades de lutte en France. Au dire du Professeur Moustapha DIABATE (Professeur Emérite d’Economie de Développement à la Sorbonne et Inventeur de l’Indicamétrie) et du Professeur Emérite Honorat AGUESSY (Doyen Honoraire de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de l’Université d’Abomey-Calavi et Fondateur de l’Institut de Développement et d’Echanges Endogènes de Ouidah), qui ont respectivement occupé les fonctions de Président et Vice-Président du Conseil Mondial du panafricanisme, votre dévouement a été sans faille dans la défense des intérêts des jeunes africains en France. Même étant privé de vos droits de bourses par le régime politique guinéen d’alors, vous avez donné le meilleur de vous-même pour encourager et soutenir moralement ceux qui étaient dans le besoin. C’était donc un espoir de vous voir élu afin de voir prospérer cette vision panafricaniste pour la Guinée et le reste de l’Afrique.

 Mais très rapidement, comme je l’exprimais dans ma précédente lettre, nos espoirs se sont envolés et nous avons compris que la conquête du pouvoir et son exercice font exactement deux écoles différentes.

Dans la nouvelle école, l’une de vos priorités était la réconciliation nationale puisque connaissant la longue et douloureuse marche du peuple vaillant de Guinée. Vous avez pris la bonne initiative de mettre en place un comité provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale. Mais après ce premier pas suivra un silence incompréhensible dans la mesure où cette trilogie de Vérité-Justice-Réconciliation est d’une importance capitale pour la Guinée. 

Monsieur le Président,

L’intérêt d’organiser ces assises nationales trouve son plein sens dans la vie quotidienne des guinéens. Car, il n’est aujourd’hui secret pour personne que même les commémorations nationales sont devenues des sujets de division ou de déversement de la haine de certains guinéens envers d’autres et vice-versa. Cette haine s’est construite au fil des années dans un pays où l’on prétend être « Une famille » comme les politiciens aiment le dire quand il s’agit de conquérir nos voix ou lorsqu’il s’agit de nous manipuler en leur faveur. 

Cette culture de la haine se développe de plus en plus et nous éloigne définitivement de l’idéal de construire une nation guinéenne où chaque citoyen se sentirait protégé par l’autre sans aucune considération socio-culturelle (ethnique). 

La seule idée qui m’anime en ce moment où je décide de partager ma réflexion avec vous et nos compatriotes, est celle d’un humble citoyen qui pense que nous pouvons mettre nos différences de côté pour nous concentrer sur la construction de notre trésor commun qu’est la GUINEE. Cette Guinée nouvelle est belle et bien possible mais elle requiert d’énormes sacrifices de tous  les fils et filles y compris vous en premier.

Ces sacrifices ne sont autres que le dépassement des intérêts individuels et communautaires au profit de l’intérêt national mais aussi et surtout la culture de la paix et le respect des uns et des autres car, dit-on, il n’y a pas d’unité sans considération de l’autre. 

D’aucuns se croient victimes des abus de pouvoir des autres mais en réalité, sans tomber dans la fibre de jugement et avec tout le respect que je dois à toutes les victimes sans exception aucune, je peux dire, en me fondant sur des articles et des livres ainsi que des témoignages de personnes ressources, que tout le peuple de Guinée dans son ensemble a été victime d’événement malheureux qui ont marqué son histoire récente de 1958 à nos jours.

Allons-nous passer toute notre existence à nourrir de la haine contre notre passé ? Ce passé n’est certes pas tout doré mais nous convenons tous qu’il a connu des moments de gloire que certains préfèrent ne pas évoquer et se rabattent uniquement sur les moments sombres qui pourtant ont touché tout le peuple de Guinée dans sa chaire. 

Excellence Monsieur le Président

À mon humble avis, il n y a pas une autre solution que de nous asseoir autour d’une table nationale pour situer les responsabilités des événements qui ont endeuillés notre peuple. Cette table aidera chacun à comprendre la réalité des événements. La majorité des témoins étant encore vivante, cette table nationale pourrait nous révéler tant de choses que beaucoup se réservent de dire. 

Oui Monsieur Le Président, il faut le reconnaître, beaucoup de nos compatriotes témoins de tant d’événements ont toujours su garder le silence dans la mesure où certains étant aussi des victimes sont accusés à tort d’être des bourreaux. Ce sera donc une manière pour nous de leur donner la parole face à notre histoire commune. 

La découverte de la vérité est indispensable à notre effort de conscientisation nationale car elle fera tomber tant de masques que les uns et les autres préfèreront se demander pardon au lieu de réclamer justice comme cela se fait sur tous les toits aujourd’hui. 

Même en approchant déjà de la fin de votre second et dernier mandat constitutionnel, on peut encore espérer que le train de la réconciliation soit reconsidéré et remis sur les rails car, comme on le dit souvent, « Il n’est jamais trop tard de bien faire ». 

Cela pourrait d’ailleurs être une mission fondamentale pour votre nouveau Premier Ministre et son Gouvernement qui vient d’être dévoilé aux guinéens qui attendent beaucoup de vous.

Que cela se fasse maintenant ou pas, j’insiste que ce moment  de vérité est crucial et doit se tenir pour nous permettre de tourner une page de notre histoire et aller de l’avant. Etre l’artisan de cette noble cause confirmera sans nul doute votre volonté d’être le « Mandela » de notre chère République de Guinée.

Mais d’ici là, donnez des signaux forts de justice et de paix pour que chaque guinéen et guinéenne s’efforce de cultiver l’amour du prochain en mettant de côté cette haine qui fragilise le tissu social et biaise  notre développement socio-économique tant souhaité.

Excellence Monsieur Le Président de la République,

En vous souhaitant excellente réussite dans votre mission, je vous prie de croire à l’expression de ma très haute considération.

 

                                             Pierre Pévé BAVOGUI

                                               Socio-Anthropologue

                                            Spécialiste en développement local et Gouvernance démocratique

                                               Consultant en Sauvegarde Sociale à CLSG

                                               Country-Expert à Varieties of Democracy

Créé le Jeudi 07 juin 2018 à 12:05

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