Soulay Thiâ’guel : « J’ai choisi de rentrer, ils ont choisi de m’exiler… » (Interview exclusive)

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Interview
Soulay Thiâ'guel
Soulay Thiâ'guel

CONAKRY- Depuis sa condamnation le 9 janvier 2018, Soulay Thiâ’guel a gardé le silence ! Pour Africaguinee.com, le Directeur de la communication de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée a accepté de parler. Dans cette interview, celui qui a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la justice guinéenne a fait plusieurs révélations. Pourquoi il a quitté la Guinée ? Soulay Thiâ’guel est-il prêt à rentrer en Guinée pour affronter la justice ? Que répond t-il aux accusations de Bah Oury ? Soulay Thiâ’guel a tenu à parler sans langue de bois, nous lui avons tendu notre micro. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Soulay Thiâguel, cela fait presque 4 mois depuis que le tribunal de première instance de Dixinn vous a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Dans quel état d’esprit avez-vous appris cette décision ?

SOULAY THIÂ’GUEL :C’est avec beaucoup de déception que j’ai appris cette condamnation. Parce qu’une fois de plus je me suis rendu à l’évidence que mon pays a encore du chemin à faire pour construire l’Etat de droit que nous ambitions. Cette justice n’est d’autant pas sérieuse que c’est un pseudonyme qu’elle condamne. Là je pense qu’on a une jurisprudence qui fera date et que nous envierons tous les pays qui respirent de convulsions despotiques. Mais passons ! Déception donc face à une justice liberticide, une justice qui foule au pied les droits des citoyens, juste pour plaire à un autocrate. En écoutant le verdict, et surtout l’argumentaire du juge, j’ai été frappé par la légèreté des justifications qui ont abouti à ma condamnation. Lorsque dans un pays un citoyen peut être condamné à la réclusion criminelle juste parce qu’il aurait interdit qu’on prenne des images d’une rencontre privée, lorsqu’on peut inculper et émettre un mandat d’arrêt contre un citoyen sans l’avoir entendu à aucun moment d’une procédure judiciaire, cela veut dire que la justice de notre pays et le pouvoir qui la cautionne ont décidé de plonger dans une fange pour s’encroter d’une saleté qu’on mettra plusieurs années encore à nettoyer. Mais il faut avouer également que j’ai aussi été soulagé par le verdict. Oui, parce que finalement il a mis à nu, s’il en était besoin, la mascarade, la parodie de justice que cette affaire a revêtue depuis le début. Tous ceux qui m’avaient soutenu depuis le commencement ont été confortés dans leur position, leur perception que tout ceci n’était qu’un montage grossier digne d’un scénariste de seconde zone et d’un metteur scène complètement à côté de ses pompes. La manipulation est tellement primitive, l’accusation cousue de tels fils blancs que même un aveugle de naissance distinguerait la supercherie. Il faut dire également qu’au-delà de la déception et du soulagement, le verdict a provoqué en moi, regret, colère, fureur. Un homme a été abattu, plus d’un an d’enquête, d’embastillement, de persécution et tout se dégonfle comme une vulgaire baudruche. Notre justice se révèle ainsi incapable de dire qui a tué notre confrère Mohamed Koula. C’est triste pour sa famille et révoltant pour ses confrères. 

La justice estime que vous avez fui, pouvez vous nous donner les raisons de votre séjour prolongé à l’extérieur ?

J’ai quitté la Guinée pour des raisons de santé. Tous ceux qui me connaissent savent que je souffre d’une épilepsie que je traîne depuis plusieurs années. Les élucubrations de personnes en mal de légitimité et qui sont littéralement traversées d’une lamentable obsession de leadership ne m’intéressent pas. Je n’écoute pas les errements de ceux qui sont rongés par l’ambition et l’esprit de vengeance, parce qu’ils croient que le monde entier s’est ligué contre eux, alors que Dieu a autre chose à faire que de s’occuper d’un chef cuisinier qui se demande comment faire cuire un œuf. Je suis mon traitement, tranquillement et sereinement. Le reste est une affaire de spéculations, de supputations, de manipulation, d’intoxication. Mais qu’ils sachent que si je ne crains pas le tétanos, ce n’est pas une langue qui picote d’aigreur qui me fera tressaillir.

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Cependant, aujourd’hui, je n’ai aucun intérêt à rentrer au pays. Cette condamnation fait de moi un homme qui se tient pour l’instant à la porte de sa maison sans y entrer, parce que des esprits maléfiques ont pris possession des lieux et ils n’attendent qu’un pas de sa part pour lui trancher la tête. On m’a inculpé sans m’écouter. On m’a condamné sans prouver que d’une façon ou d’une autre j’étais impliqué dans cette tragédie. Il me revient d’en tirer toutes les conséquences. La stupidité n’est pas le fait d’agir dans le sens contraire de ce qui est admis. C’est surtout le fait de réagir parce qu’on est saisi par l’émotion. Et moi, n’en déplaisent aux provocateurs de bas étage, je suis loin d’être con.

Au lendemain de votre condamnation, votre formation politique, l’UFDG, a dénoncé « l’instrumentalisation » de la justice par le pouvoir du Président Alpha Condé. Croyez-vous à une main noire du pouvoir de Conakry par rapport à votre condamnation ?

Il n’y a aucun doute qu’il y a une main noire. Elle est visible d’autant plus que tout le décor est blanc comme de la percale. Sinon comment explique-t-on que mon nom ne soit apparu dans cette affaire qu’au moment où le dossier est clos, au moment de sa transmission à la chambre d’accusation ? Comment peut-on m’inculper sans que cela ne me soit signifié ni oralement ni en écrit ? J’ai entendu quelqu’un dire que Cellou Dalein Diallo m’a caché que j’avais été inculpé et qu’il a fallu que lui parle pour que je sois au courant. Soit ! Mais il ne faut pas déplacer le débat, monsieur le bon samaritain. Moi je ne parle pas de mon inculpation, je parle plutôt de l’enquête. L’inculpation est au bout de la chaîne. Pourquoi a-t-on écouté tout le monde, y compris Cellou Dalein Diallo, et pas moi ? Alors que j’étais présent à Conakry pendant toute la durée de la procédure. J’étais là, mes journées partagées entre le QG de l’UFDG, la radio Lynx FM, mes cours à l’ISIC de Kountia et le Centre culturel franco-guinéen où j’étais en création de mon spectacle « Danse avec le Diable ». La main noire avait ficelé son plan, attendant le bon moment pour dégainer. Le pouvoir d’Alpha Condé, dans sa frénésie à vouloir détruire l’UFDG, a rencontré l’ambition d’un homme rempli d’aigreur et d’ambition ; je devais être le trampoline qui devait leur permettre chacun d’atteindre son étoile. Ce sont des alliés de circonstances, face à un ennemi beaucoup trop fort pour eux, qui les oblige à procéder par des voies détournées pour espérer déraciner le baobab. 

Bah Oury vous accuse d’avoir empêché les journalistes qui étaient présents ce 5 février 2016 au siège de l’UFDG de prendre des images jugées « compromettantes » pour Cellou Dalein Diallo. Qu’en dites-vous ?

C’est ridicule. On est quand même dans un pays extraordinaire. Un homme qui a été condamné pour tentative d’assassinat du Chef de l’Etat, c’est cet homme à qui on fait porter la sainte robe de procureur. L’argumentaire de cet homme souffre d’une fantaisie qu’on en viendrait à se poser des questions sur ses capacités intellectuelles. Je vous explique : d’abord, depuis quand il est répréhensible d’interdire à quelqu’un de filmer quelque chose qui est de l’ordre du privé, parce qu’il s’agit bien d’une réunion privée, réservée aux membres du bureau exécutif. Ensuite, s’il connaissait un tant soit peu le métier de journaliste, il saurait que je n’ai aucune force de coercition sur un journaliste qui n’a de compte à rendre qu’à son rédacteur en chef. Troisièmement, ce monsieur sait-il vraiment quel est le job d’un chargé de communication ? Si ce n’est de veiller à l’image de son organisation ? Quand bien même j’aurais interdit à un journaliste de filmer une activité de l’UFDG, c’est mon droit, non c’est plutôt mon devoir de le faire si j’estime que cela peut nuire au parti. Personne n’a oublié la fameuse vidéo de Cellou Dalein Diallo galvanisant des militants à son domicilie au lendemain de son retour à Conakry à la fin de sa campagne de 2015. Des paroles, ce qu’il y a de plus banales qu’on a travesties pour prêter à Cellou des intensions de préparer des affrontements. Alors, depuis ce jour en particulier je surveille, pour m’assurer qu’il n’y a qu’une source unique d’information du parti, celle qu’on maîtrise : la parole du parti. C’est mon job, monsieur. Dommage que je sois obligé d’enseigner le B A bas de la communication à quelqu’un qui prétend être leader politique. Je dois maîtriser l’image, c’est la mission dont je suis investi par les militants et le Président de l’UFDG. Ne pas le faire, ce serait de l’incompétence et moi, que cet homme sache que je n’étais pas venu en France pour me promener, mais pour étudier. Je suis chargé de communication, qu’il se le tienne pour dit ! Mon travail, ma mission, c’est de m’assurer que l’UFDG renvoie une image valorisée et valorisante au peuple de Guinée. Quatrième élément, comment pourrais-je être dans une cour fermée et interdire à des journalistes dehors de filmer un événement qui a lieu dehors. À moins que comme Dieu je n’aie un don d’ubiquité. Et si c’était le cas, je l’utiliserais pour des fins plus bénéfiques pour mes compatriotes. Enfin, cinquième raison de douter de la jugeote de l’homme, si j’ai interdit, comment se fait-il que des images aient pu être prises et circuler sur Internet ? C’est tellement risible que si on se laissait aller on tomberait de syncope à force de se tordre devant une telle clownerie. 

Pourquoi selon vous votre personne dérangerait le pouvoir d’Alpha Condé ?

Parce que je dis ce que je pense, clairement et nettement dans tous les espaces dans lesquels je suis engagé : politique, artistique, médiatique, académique. Dans ce pays, je ne vous apprends rien quand je dis qu’on aime les lèche-cul, les conformistes, les résignés. Moi, je suis dans la transgression, dans la dénonciation tranchante. Quand je ne suis pas d’accord, je prends ma plume et je le dis. Je ne prétends pas détenir la vérité, mais lorsque ça me démange, je me gratte. Or, ici, on aime ceux qui serrent les fesses pour réprimer un pet rebelle. Moi, je me lâche, je lâche, parce qu’il n’y a pas de raison que je m’inflige des troubles digestifs juste parce qu’il y en a que mes gaz indisposent. Dans ce cas, qu’ils ne me gavent pas de leur lafidi pourri. Un point, c’est tout !

Un dernier mot…

Mon dernier mot est de remercier tout le monde. Je suis fier de ces dix ans que j’ai passés dans notre pays après mes études. J’ai choisi de rentrer. Ils ont choisi de m’exiler. Mais ces dix années m’auront néanmoins permis de construire un capital de confiance très solide, en tout cas au regard des marques de sympathie que j’ai eues tant en Guinée qu’en dehors de notre pays. Parce qu’en fin de compte l’écrasante majorité des Guinéens qui me connaissent n’a pas marché dans la manipulation, y compris apparemment dans le camp de mes adversaires politiques. Cela est source de fierté pour moi ; ce que ne connaît malheureusement pas celui qui est à la tête de cette vile machination. C’est peut-être d’ailleurs parce qu’il est esseulé qu’il veut emporter avec lui des gens dans sa vertigineuse chute. Mais, on a suffisamment prié pour ne pas être ses compagnons de l’enfer. Moi je suis croyant. J’ai un père et deux mères qui m’ont inculqué la foi et la conviction que toute chose est volonté de Dieu, que dès que quelque chose a commencé elle est déjà entrain de se terminer, que les épreuves existent pour se forger. Une dame m’a écrit ceci, peut-être qu’elle se reconnaitra si elle lit cette interview. Elle m’a dit : « souviens-toi qu’on ne lapide que l’arbre qui porte des fruits ». Je n’ai pas la prétention de porter des fruits qui provoquent la haine, mais j’aime mon pays, chaque acte de ma vie n’est inspiré que dans le respect de la liberté, de la dignité et de l’opinion des autres. Alors, merci à ceux qui me soutiennent dans cette épreuve test ; à ceux qui ne me soutiennent pas parce que je respecte leurs prétextes. A ceux qui font semblant de me soutenir alors qu’ils ont fini de me haïr. À ceux qui font semblant de ne pas me soutenir, alors qu’en secret ils m’offrent leur sourire. Merci aux meilleurs et aux pires. Merci de me permettre de mieux saisir les couleurs et les nuances de l’humanité et de mettre à jour mon logiciel d’amitié.

 

Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

Créé le Jeudi 10 mai 2018 à 14:15

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