Boubacar Kasse : « Les policiers suspendus répondront… »

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Interview
Général Boubacar Kasse, Porte-Parole de la police nationale
Général Boubacar Kasse, Porte-Parole de la police nationale

CONAKRY-Que risquent les policiers suspendus suite à la mort d’un individu placé en garde à vue au commissariat spécial du stade du 28 septembre ? Le Général Boubacar Kassé, porte-parole du ministère de la sécurité et de la protection civile a donné les raisons de leur suspension. Dans cet entretien, ce haut responsable de la police évoque également certaines actions entreprises par les autorités pour élucider cette affaire. 

 

AFRICAGUINEE.COM : Le ministère de la sécurité et de la protection civile a suspendu plusieurs responsables de la police suite à la mort d’un détenu en garde à vue dans la nuit du 17 au 18 avril dernierau commissariat du stade du 28 septembre. Dites-nous qu’est-ce qui s’est réellement passé ? 

GENERAL BOUBACAR KASSE : Permettez-moi d’abord de faire la narration de l’évènement qui a abouti à une prise de sanction par rapport au commissaire spécial du stade du 28 septembre et de certains officiers. Dans la nuit du 17 au 18 avril 2018, un individu qui était gardé en vue a trouvé la mort dans les locaux du commissariat. Le défunt se nommait Abdoulaye Soumah, né le 28 décembre 1980 à Kindia. Il est de profession peintre. Il a été interpelé et gardé à vue dans ces lieux pour un cas de vol. Mais depuis, ça   a pris 3 à 4 jours. C’est suite à ça que l’autorité a appris qu’un individu à trouver la mort dans des conditions dans lesquelles je viens de dire. Tout de suite le procureur de la République a été saisi et une enquête a été ouverte. La direction nationale de police judiciaire a été commise pour essayer d’ouvrir une enquête judiciaire. Le corps qui était à la morgue d’Ignace Deen a été mis à la disposition du médecin légiste, une réquisition à médecin été délivré pour nous permettre de connaitre la nature et les causes du décès du défunt. Ce travail a été fait. 

Avant l’aboutissement de cette enquête judiciaire, (…) il est reproché au commissaire spécial des erreurs administratives dans la mesure où le délai de garde à vue avait expiré, c’est 24h maximum 72heures. S’il y a lieu de continuer à garder quelqu’un pour des besoins d’enquêtes, il faudra simplement écrire au procureur de la république et c’est son autorisation expresse qui peut vous permettre de continuer à garder à vue des individus qui sont en porte à faux avec la loi ou pour lesquels les enquêtes sont ouvertes. Donc cela n’a pas été fait. Et on a constaté que la plainte même n’a pas été enregistrée, elle n’est pas affectée. Des enquêtes à l’interne ont prouvé qu’il y a aussi beaucoup de négligence. Ce qui fait que pour ce cas express et pour d’autres, l’autorité a cru devoir donc pour un premier temps de les suspendre pour chercher à connaitre les causes réelles de la mort de cet individu.

Est-il vrai que le jeune Abdoulaye Soumah aurait été torturé à mort au commissariat ?

Une enquête est ouverte au niveau de la direction de la police judiciaire. Mais d’ores et déjà, il y a eu une sanction du commissaire, du commandant du peloton, l’officier de permanence. Tous les agents sont mis à la disposition de la direction nationale de la police judiciaire afin d’approfondir les enquêtes. Et lorsque ces enquêtes vont aboutir et en relation avec le médecin légiste, on nous déterminera les causes réelles du décès. Est-ce qu’elle est due à une pression ou à des violences corporelles ou si c’est dû à des malaises ? Nous préférons attendre que les enquêtes aboutissent que le médecin légiste aussi puisse déterminer les causes du décès.

Que risquent-ils si les faits de tortures sont avérés ? 

Personne n’est au-dessus de la loi. S’ils sont reprochés la commission d’un acte délictueux, ils vont répondre de ces actes et ils seront mis à la disposition du procureur de la république.

Beaucoup craignent que ces sanctions ne soient du tape-à-l’œil. Qu’en dites-vous ?

Je viens de dire que personne n’est au-dessus de loi. Ce n’est pas la première fois que nous interpelons des officiers de police qui sont déférés. Nous-mêmes on a eu à déférer des agents qui ont eu à  commettre des actes délictueux. Ils ont été présentés au procureur de la République. S’ils sont reprochés et rendus coupables d’actes qui ont entrainé la mort d’Abdoulaye Soumah, si les indices prouvent à suffisance que c’est eux les auteurs, ils seront traduits à la justice. C’est la loi qui le dit. Nous, nous sommes là pour faire respecter la loi. Et dans la mesure où on nous dit que personne n’est au-dessus de la loi, s’ils sont reprochés des faits délictuels qui ont entrainé la mort d’un citoyen, ils seront déférés.

S’ils sont reconnus coupables, seront-ils radiés des rangs de la police ?

Je ne saurais le dire dans la mesure où d’abord il y a une procédure. Il y a l’inspection du travail qui est en train de faire le travail, il y a le conseil de discipline qui doit aussi être saisi. Eu égard à tout ça, c’est des fonctionnaires de l’Etat, l’Etat verra, le département en relation avec la fonction publique, s’il s’avère qu’ils doivent être radiés ça se fera. Si c’est une sanction pénale, ils vont purger une peine. Peut-être administrativement d’autres sanctions vont tomber. 

Nous attendons l’aboutissement des enquêtes. Si le médecin légiste, c’est une supposition, conclut que c’est suite à des malaises ou à une maladie qu’il a trouvé la mort tant mieux, mais si le médecin légiste prouve qu’on a plutôt exercé des sévices corporelles sur la personne, ce serait extrêmement grave. Ça permettra à la justice de prendre une décision.

Ils sont combien à être suspendus ? 

Je sais qu’il y a le commissaire, le commandant de peloton, l’officier de permanence, le chef de section de la brigade du jour et les agents qui étaient de faction ce jour. C’est une dizaine des personne je crois.

 

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Dimanche 06 mai 2018 à 12:17

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