Maître Joamey Haba, avocat de Dadis Camara : « Nous avons des inquiétudes… » (Exclusif)

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Justice
Maître Jocameh Haba, avocat de Dadis Camara
Maître Jocameh Haba, avocat de Dadis Camara

CONAKRY- A la veille de l’ouverture prochaine du procès sur les massacres du 28 septembre, l’avocat de Dadis Camara, l’un des inculpés dans ce dossier, a exprimé des inquiétudes. Maître Jocamey Haba qui s’est confié en exclusivité à notre rédaction, dit craindre une influence de l’occident, notamment l’Union Européenne, dans ce procès. Dans cette interview, l’homme en robe noir nous parle également du retour de l’ancien Président du Conseil National pour la Démocratie et le Développement en Guinée. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Il nous semble que vous n’êtes pas d’accord avec la composition de la commission chargée de l’organisation du procès du 28 septembre qui a été mise en place par le Ministre de la justice. Quelles sont les raisons ? 

MAÎTRE JOCAMEY HABA :Mon inquiétude n’est pas en fait la composition de l’équipe mais l’équipe elle-même, c’est le comité de que l’on a appelé comité de pilotage. Vous comprendrez que nous sommes en matière criminelle et que tous les guinéens ont été informés qu’une ordonnance de renvoi devant le tribunal criminel avait été prise à l’encontre de certains des inculpés pour lesquels le pool des juges avait la charge d’informer (….), il vous souviendra qu’à la suite de cette information ce pool avait rendu une ordonnance de renvoi contre certains inculpés au nombre de 12 puisqu’il y avait 14 en totalité. Deux ayant bénéficié d’un non-lieu et les 12 ont donc été renvoyés. Ce procès il est particulier comme je l’ai toujours dit, et justement ce particularisme vient d’être démontré par la mise sur pied de ce comité de pilotage. En droit c’est un élément qui n’existe nulle part, nous sommes quand-même des professionnels et nous avons suivi des procès criminels, y compris les cours d’assisses même si celles-ci sont supprimées en République de Guinée. Nous avons quand-même des tribunaux de première instance qui sont compétentes en matière criminelle. En pareil cas, quand il y a une ordonnance de renvoi devant le tribunal criminel, on le signifie tout simplement à l’accusé et il y a un parquet qui a la charge d’organiser un tel procès. Quand indépendamment de ce parquet on vous dit seulement qu’on met sur pied un comité de pilotage chargé d’aider à l’organisation de cela, c’est vraiment regrettable à plusieurs niveaux. Le premier est que cela montre à suffisance qu’en réalité que notre gouvernement n’a pas les moyens de s’occuper d’un tel procès, pourtant la justice est un des pouvoirs régaliens de l’Etat, si l’Etat ne peut avoir les moyens pour lui-même ou pour sa propre justice, c’est qu’il y a problème. Voilà pourquoi il y a une première inquiétude. La seconde inquiétude, c’est que le ministre lui-même qui est de l’exécutif aura un représentant, il y a également des représentants de l’Union Européenne et de l’ONU. Comment pouvons-nous comprendre que l’on parle de l’indépendance de la justice si c’est l’union européenne qui apporte une partie du financement pour l’organisation du procès soit dans ce comité-là ? Ce qui signifie que son avis va compter parce que n’oublions pas que le nerf de la guerre c’est bien l’argent ; Et comme on dit souvent, la main qui donne, ne donne jamais gratuitement et quand elle donne c’est tout naturellement qu’elle impose un certain nombre de choses. Ce ne sont surtout pas des cadeaux (…), il y a forcément une contrepartie. Nous pensons que l’indépendance de la magistrature étant consacrée dans la constitution, dès lors qu’il y a des éléments extérieurs qui s’impliquent dans l’organisation d’une quelconque procédure, notre justice sera influencée. Moi je suis bien entrain de voir si des ONG sont représentées, si l’UE alors que cette Union Européenne a déjà un parti pris est-ce que l’on est déjà pas en train de donner la nature même de la décision qui sera rendue ? Pour moi une justice indépendante est celle qui met en œuvre ses propres moyens. Seul l’Etat devait pouvoir prendre en charge ces moyens là, et en réalité de décider des régulations de procès. Encore une fois, l’intervention de l’Union Européenne en sa qualité de membre du comité de pilotage est une violation de l’indépendance de cette justice. Moi qui suis chargé de défendre l’un des inculpés déjà renvoyé devant le tribunal criminel, je pose quand-même cette inquiétude-là. 

On sait que votre client, Monsieur Dadis Camara, a eu des relations plutôt tendues avec les occidentaux. Est-ce que c’est cela qui motive votre inquiétude en réalité ?

C’est dans ce sens-là que je vais (…), chacun sait ce que la France a fait, chacun sait ce que les occidentaux en général ont fait. Maintenant si ces mêmes occidentaux doivent faire partie d’un comité de pilotage qui aide à l’organisation de ce procès aussi sensible, il y a de bonnes raisons de penser que ce procès ne sera déjà pas juste et équitable, parce que tout simplement ces personnes donneront leurs avis. Hors, nous n’avons besoin de l’avis de quiconque, on a  juste besoin d’un procès qui se tient avec ses acteurs et au nombre de ces acteurs nous aurons des magistrats ; Et puisque c’est un procès criminel et conformément au code de procédure pénal en Guinée ; il y a un président et deux assesseurs qui sont des magistrats professionnels, il y des parties civiles qui ont quand-même des avocats qui sont professionnels  et un parquet qui poursuit et il  y a également une défense, il y aura des accusés qui seront défendus par des avocats de la défense qui constituent des acteurs de la justice. Ce procès doit se résumer à cela et au dossier. Mais s’il y a l’UE et l’ONU pour donner des avis et de l’argent, encore une fois je répète que tout porte à croire que ces occidentaux veulent déjà influencer ce procès qui devrait rester un procès entre des guinéens. Voilà d’ailleurs pourquoi il est rendu par la Guinée (…), la volonté du gouvernement à organiser ce procès m’avait plu dès le départ mais si ce même gouvernement ne peut pas financer un tel procès ou tendre la main ce qu’il sera obligé d’accepter les avis de ces personnes-là. C’est une réelle inquiétude que je pose. 

Est-ce que le retour de votre client en Guinée est à l’ordre du jour pour au moins assister au procès ?

Je n’ai jamais reçu de courrier de notification de retour de mon client. Je peux aussi vous rassurer que mon client n’a jamais reçu de courrier de notification de l’ordonnance de son renvoi devant le tribunal criminel y compris moi-même avocat chez qui il a élu domicile, cela n’a jamais été fait. Donc jusqu’à présent je peux vous confirmer que mon client n’est pas encore au courant même de l’existence de l’ordonnance de renvoi. Quant à sa venue en Guinée, vous savez il a toujours manifesté son désir de rentrer (…), vous avez d’ailleurs vu quand on a été malmené à bord de Air-Burkina, lorsque nous étions prêts à atterrir à l’aéroport d’Abidjan on nous a sommé de retourner au Burkina-Faso, c’était une volonté manifeste de son retour en Guinée. Il me semble qu’en matière criminelle et étant entendu que nous savons où il se trouve on aura quand-même pas un procès en dehors de lui et on ne prendra pas un jugement criminel par défaut alors même qu’on sait où il se trouve. Ce sont des règles élémentaires qui sont violées tous les jours et lui n’est pas au courant ; moi je n’ai jamais reçu signification de cela, on me dira peut-être qu’il a d’autres avocats mais encore que la loi dit qu’on devrait lui signifier à lui l’accusé. Ce qui n’a jamais été fait (…) donc pour son retour, il viendra le moment voulu et ne pourra jamais s’opposer à venir en Guinée dès lors que lui-même a toujours manifesté son intention de rentrer au pays. Ce procès pour moi est une chance pour lui puisqu’en réalité, malgré les influences à la fois de la part des occidentaux et même du garde des sceaux qui n’arrête jamais de parler de cette procédure alors qu’il est ministre de la justice et donc de l’exécutif, alors qu’il y a un parquet,  malgré toutes ces influences là, je trouve que ce procès est une chance pour lui parce qu’il lui permettra de s’expliquer publiquement devant l’opinion pour prouver encore une fois son innocence parce qu’il n’a rien à avoir dans cette affaire, c’est quelqu’un qui ne peut même pas faire mal à une mouche donc, c’est une raison que de tels faits aussi graves qui lui sont reprochés qu’il ne vienne pas s’expliquer pour totalement se blanchir puisque c’est son honneur qui est souillé. Donc ce procès est le bienvenu pour lui. Mais le principe du procès en lui est diffèrent de la façon dont on est en train de l’organiser. Ce pays a quand-même organisé des procès aussi importants (…), quand il y a eu l’attaque au domicile du chef de l’Etat nous avons connu un procès en Guinée, il y a eu des procès dans lesquels nous n’avons jamais vu l’Union Européenne faire des financements, on n’a jamais vu tel ou tel faire des financements. La FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme, Ndlr) qui est déjà partie civile à ce procès, c’est donc tout naturel qu’elle se félicite alors que c’est une partie civile. Par rapport à votre question je puis vous dire que mon client est prêt à revenir en Guinée à tout moment. 

Vous êtes en contact avec votre client, comment il va et quel son moral ? 

Il a le moral haut et il va bien. Il est même pressé qu’on tienne ce procès et mon client est jeune et a toute la vie devant lui. Tant que ce procès ne se tiendra pas, ce sera comme une épée de Damoclès sur sa tête. Il a le moral haut parce qu’il n’a rien à se reprocher. Au moment venu tout cela démontré à la face de la communauté nationale et internationale. 

Merci !

C’est à moi de vous remercier.

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

Créé le Mercredi 18 avril 2018 à 20:41

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