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Déguerpissement à la charge de Dar-es-salam : Une mesure du Gouvernement qui divise…

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Reportage
Laouratou Bah
Laouratou Bah

CONAKRY-Sommés de déguerpir d’ici le 30 avril 2018, les citoyens qui habitent dans les alentours de la décharge de Dar-es-Salam ont fait une demande au Gouvernement. 

La semaine dernière, le ministre de la ville et de l’aménagement du territoire Ibrahima Kourouma a pris un arrêté  demandant aux occupants de la décharge de déguerpir des lieux. Cette mesure vise selon lui, à éviter qu’un drame similaire à celui survenu en aout 2017ne se reproduise. Mais la mesure divise. Les citoyens qui  habitent cette zone posent une condition. Leur dédommagement d’abord.  Ils demandent au gouvernement des mesures d’accompagnement pour qu’ils puissent aller s’installer ailleurs. 

Laouratou Barry habite à la décharge de Dar-es-salam depuis plus de 40 ans. Cette veuve explique qu’elle a du mal à avoir le manger et qu’elle n’a nul part où aller. Elle dit être disposée à quitter les lieux, mais à condition. 

« Nous, nous sommes chez nous. On a des enfants, ça fait plus de 40 ans on est ici. Mon mari est décédé il y a longtemps, il m’a laissé avec beaucoup d’enfants. J’ai perdu certains de mes enfants et une maison ici à cause de ces ordures. Et le Ministre nous a demandé de quitter ici comme si ce n’est pas chez nous. On a peur, parce que même si tu es un locataire dans une maison, si on veut te déloger, on va d’abord te donner un préavis de 3 mois. Mais dans deux semaines, je ne peux rien faire dans ça. Et pire encore le Gouvernement n’a rien prévu pour nous, ni un autre lieu où on va habiter ni des mesures d’accompagnement. Le Gouvernement nous a simplement sommé de quitter chez nous ici comme des locataires. Et tout le monde sait comment les gens vivent actuellement. En plus de cela, le mois de Ramadan s’approche. On a rien, même la nourriture difficilement on gagne, maintenant où on va aller ?  Si le Gouvernement décide de nous chasser chez nous comme des moutons, c’est dommage. Moi personnellement je n’ai nul part où aller. J’ai des enfants, si le Gouvernement décide de nous enlever ici avec force qu’il nous tue alors », s’exclame la veuve portant un bébé au dos. 

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Les larmes aux yeux, elle assure que si le Gouvernement la dédommage aujourd’hui, elle partira demain. « Nous ce qu’on demande au Gouvernement, c’est qu’il nous dédommage. Le Gouvernement a les capacités, il n’a qu’à nous donner on va quitter ici. C’est clair, s’il nous dédommage aujourd’hui, demain on va quitter ici parce qu’en ce moment tu pourras louer quelque part tu va rester là-bas où rentrer chez toi au village. Donc on ne peut pas sortir sans avoir où aller », lance-t-elle.

Aboubacar Cissé habite aussi aux abords de la décharge. Pour lui, il est impossible de partir à la date indiquée par le ministre de l’aménagement du territoire. « C’est le Gouvernement qui décide, on attend leur décision. Mais le délai que le Gouvernement a donné, nous on n’est pas prêt à quitter ici à cette date. On ne peut pas quitter ici à la date qui a été donnée. Ça, c’est impossible. S’il nous enlève ici, où on va aller ? On ne peut pas, c’est impossible », soupire M. Cissé. 

Mamadou Samba Baldé chef de secteur Transversale dans le quartier Dar-es-salam 2 lui, demande au Gouvernement de dédommager les gens avant de les déguerpir. 

« Cette nouvelle m’a rendu triste. Parce que dire à quelqu’un de quitter un lieu où il  a fait plus de 30 ans, ce n’est pas facile. Mais je prierai le gouvernement de bien vouloir dédommager les gens avant de les faire déguerpir. Parce qu’il n’y a que des veuves qui sont là. Les 95% des personnes qui ont commencé à habiter ici sont mortes. Il n’y a que des veuves et des orphelins maintenant ici. Si au moins on donne quelque chose aux gens, ça va soulager », lance M. Baldé. 

Facély  Mara chef de secteur rue 14 dans le quartier de Dar-es-salam abonde dans le même sens en expliquant que cette zone est habitée en majorité par des veuves et des enfants.

« Aujourd’hui, il n’y a que des veuves et des enfants ici, les enfants ne travaillent pas. Si on leur dit de quitter, il y aura beaucoup plus de morts que ceux causés par ce dépotoir. Nous demandons au gouvernement de bien vouloir soulager la population. Le dépotoir c’est pour le gouvernement, la population qui est là c’est pour le gouvernement. Mais, il ne sera pas facile. Ils n’ont rien, même pour prendre leurs bagages dans un véhicule, ils n’ont pas ça. Donc ça,  ça ne peut pas aller. Le ministre n’a rien dit sur des mesures d’accompagnement. Il nous a simplement demandé de sensibiliser les gens de quitter les lieux », confie M. Mara. 

A rappelé qu’en 1997, 107 familles ont été dédommagées et ont quitté cet endroit. Le dépotoir d’ordures est aujourd’hui surchargé. En août dernier neuf personnes ont été tuées dans l’éboulement d’une partie de la décharge. Selon nos informations, la campagne de déguerpissement pourrait être lancée à partir du 3 mai prochain. 

 

Oumar Bady Diallo 

Pour africaguinee.com

Créé le Mercredi 18 avril 2018 à 10:41

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