Enquête exclusive : Immersion dans l’univers "secret" des gays à Conakry…

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Enquête
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CONAKRY-Bien qu’étant interdite et punie par la Loi guinéenne, la pratique de l’homosexualité existe en Guinée et continue de gagner du terrain. Certains homosexuels chassés dans leur pays ont trouvé refuge en Guinée et mènent tranquillement leur vie. Il n’y a pas que le droit positif guinéen qui l’interdit, même les deux religions monothéistes (l’islam et le christianisme) l’interdisent. Dans l’acte 2 de notre enquête liée aux homosexuels de Conakry, Africaguinee.com vous amène dans l’univers secret  des gays. Ceux qui ont choisi une vie de couple entre hommes. Dans notre enquête, nous découvrons qu’ils sont plus nombreux que les lesbiennes dans la capitale. Les endroits où ils se retrouvent clandestinement sont plus peuplés et très animés. Ils ont cependant un point commun avec les lesbiennes : la prudence. Ils sont très alertes face à la présence d’un visage inconnu.

Ils sont souvent victimes d’agressions, soit de la part de simples citoyens, soit des forces de l’ordre qui les traquent, car la loi guinéenne interdit l’homosexualité. Mais ils vivent avec. Quand ces gays sont charmés par un garçon, ils sont prêts presqu’à tout : corruption, échange de service…

A Gbessia, les homosexuels se retrouvent dans une maison close tenue secret loin des regards des indiscrets. La plus part se déguisent en femmes. On y voit des hommes dépigmentés, ongles bien fixés à la pédicure, perruques, portant des robes et d’autres articles féminins. Toute leur apparence  donne l’aspect d’une femme. On voit les couples marcher les bras dessus-dessous.

Nous avons rencontré Lichou. Il parle avec farce, remuant les mains comme une femme. Avec un accent bizarre, il nous lance : « bienvenue dans notre milieu, c’est ici la vraie famille, tout le monde s’aime et se respecte, le choix de chacun est respecté. On se retrouve, on se quitte avec la paix du cœur », dit-il feignant de parler comme une fille.  

Lichou est un quadra qui a changé son orientation sexuelle depuis 10 ans. Il confie qu’il n’a plus le choix que de vivre comme ça, malgré la stigmatisation.  « Nous n’avons plus le choix, nous avons décidé de vivre comme ça à l’image de tout le monde bien que la discrimination est notoire »,  indique-t-il, rapportant qu’ils peuvent se reconnaitre même dans la rue, par les mimes, les gestes et autres signes distinctifs.

MF a fui son pays le Sénégal il y a environ une décennie après avoir été traqué par les autorités à cause de son orientation sexuelle. Il a la trentaine révolue.  Depuis qu’il est là, il mène sa vie tranquillement avec ses amants. Il est en couple et joue le rôle de mari.

Lire aussi : http://www.africaguinee.com/articles/2018/03/28/enquete-exclusive-immersion-dans-le-monde-des-lesbiennes-de-conakry

« Je suis là pratiquement depuis 2010 après avoir quitté mon pays où une chasse aux sorcières avaient été organisée contre nous les gays. Je suis là maintenant, j’ai formé un couple », raconte-t-il, bracelets sur les deux poignets, foulard sur la tête.

Il prépare tranquillement son thé, croquant de l’arachide, quand il nous a reçu. MF explique que parfois, ils sont traqués, ou humiliés par des jeunes hostiles à leur orientation sexuelle. Mais il fonde l’espoir que les gens finiront par les comprendre et accepter leur choix. Car tout est une question de Liberté. « Je suis certain, les gens finiront par nous comprendre et nous laisser exercer notre liberté individuelle. Récemment certains d’entre nous ont failli se faire agresser dans un marché, heureusement il y a eu plus de peur que de mal, on vit », soupire-t-il.

Des jeunes hostiles aux homosexuels, on en rencontre. Et ils se montrent toujours menaçants à l’endroit des gays. Ibrahim Sangaré que nous avons rencontré nous raconte qu’un de ses amis a failli tomber dans les filets d’un de ses professeurs du lycée qui se trouvait être un gay. « Il y a quelques années, un enseignant homosexuel a usé de tous les moyens pour coucher avec un ami qui était son élève au lycée. Toutes ses tentatives sont restées vaines. Quand notre ami nous a expliqué ce que son professeur a voulu lui faire, nous avons voulu mettre main sur le Monsieur afin qu’il nous dise depuis quand il a vu un homme coucher avec un homme. Mais quand nous sommes allés chez lui, nous avons trouvé qu’il a quitté », nous confie Ibrahim.

Ils voulaient transformer cette zone en quartier général des homosexuels, explique-t-il, ajoutant que beaucoup ont été pris alors qu’ils étaient en pleins ébats. « Certains ont été arrêtés, humiliés, c’est pourquoi la tendance baisse un peu », témoigne ce jeune du quartier.

Nous avons contacté AT le jeune qui a échappé à son professeur alors qu’il faisait le lycée. Aujourd’hui, il fait ses études supérieures dans une Université de la place. Il nous raconte comment il a échappé de justesse à un viol de la part de son professeur.

« Quand je faisais le lycée, mon professeurs d’Anglais s’est intéressé à moi comme ça. Il était gentil en vers moi, à chaque fois il me faisait des petits cadeaux : argents, parfums et des objets divers. Un jour il me dit qu’il a un travail à me demander. Si j’accepte de le faire, il me rendra heureux. Mais il tardait à me dire c’était quoi ce travail. A chaque fois que je lui demandais, il m’invite à la patience. Un jour je suis allé chez lui à sa demande. Arrivé,  il me dit que ce travail n’est pas difficile, il suffit de l’écouter, de le laisser agir en fin je comprendrai. Pendant ce temps, il me touchait dans tous les sens. Au début, j’ai pensé à un sacrifice. Finalement il fonce sur mes fesses soulevant le cafetan qu’il portait, il reste nu. J’ai directement compris son intention. J’ai résisté pour lui donner de sévères coups de poings et de pieds. J’ai quitté. Directement, je suis allé dire à mes amis. Nous avons décidé de venir le voir, mais il n’était plus là, sa chambre était restée ouverte, depuis nous l’avons plus vu », se souvient MT.

La pratique homosexuelle est punie par le code pénal guinéen, nous explique un juriste. « Les pratiques sexuelles contre-nature sont punies par le code pénale. L’homosexualité est punie en droit guinéen pour le moment », nous a confié ce juriste. Malgré cette interdiction, certaines ONG appuient les homosexuels, notamment dans les consultations sanitaires. Les homosexuels bénéficient d’un suivi régulier, nous a confié une source travaillant pour une ONG sanitaire.

 

Une enquête réalisée par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 664 93 45 45

Créé le Jeudi 29 mars 2018 à 18:35

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