Amadou Damaro brise le silence : « j’ai averti Cellou Dalein… » (Interview)

Crise politique en Guinée
Amadou Damaro Camara, chef de la majorité présidentielle au parlement, Photo Africaguinee.com, mars 2018
Amadou Damaro Camara, chef de la majorité présidentielle au parlement, Photo Africaguinee.com, mars 2018

CONAKRY-Le RPG arc-en-ciel est-il prêt à accepter un compromis avec l’opposition pour sortir de l’impasse politique qui fragilise le pays ? Quelles pistes de solutions pour sortir de cette crise ? L’honorable Amadou Damaro Camara a tranché !

Le Président du groupe parlementaire RPG arc-en-ciel appelle Cellou Dalein Diallo et son groupe à respecter le verdict de la Loi. Dans cette interview qu’il a accordée à notre rédaction, le parlementaire accuse l’opposition de nourrir de velléités déstabilisatrices, qui, a-t-il averti ferait souffrir les populations guinéennes pendant longtemps, si cela arrivait. A Cellou Dalein Diallo, le Chef de file de l’opposition, l’honorable Damaro lui a envoyé un message d’avertissement. Dans la première partie de cet entretien à bâton rompu, le parlementaire s’exprime également sur d’autres sujets liés à l’actualité sociopolitique du pays. Lisez…

AFRICAGUINEE.COM : Honorable Amadou Damaro Camara, comment comprenez-vous les séries de manifestations que l’opposition organise depuis la fin des élections communales ?

 

 

AMADOU DAMARO CAMARA : Il y a d’abord deux sons de cloche qui nous parviennent de l’opposition. Tantôt on proteste contre des cas de tueries. Fait dans les formes, je vais vous surprendre, je serai partie prenante de ce genre de manifestations pour dire que quelque chose doit être fait pour que les guinéens cessent de mourir de cette façon surtout des jeunes. Cela suppose de la responsabilité non seulement des forces de l’ordre, mais aussi de la responsabilité de ceux qui organisent les manifestations y compris les manifestants en leur sein. On a toujours parlé de manifestations pacifiques, que chacun met aujourd’hui volontiers entre guillemets, parce qu’elles ne sont jamais pacifiques. Quand on est démocrates, les marches, les cortèges, les manifestations sont consacrés par notre constitution mais la même loi guinéenne précise les formes que ces manifestations doivent prendre, les autorisations que ces manifestations doivent revêtir. Et quand on se réclame, respectueux de la loi pour construire la démocratie, on commence par respecter la Loi, les institutions du pays. Mais je vois que l’opposition n’en a cure.

 

Deuxième son de cloche, c’est les prétendus résultats des élections. Mais ce qui est certain, c’est que l’UFDG n’est pas contente, le RPG n’est pas content, l’UFR n’est pas contente. Personne n’est content de ces résultats. Mais quand on a, sous ta pression, élaboré un code électoral bancal au départ qui était dénoncé comme tel, mais que vous avez imposé au nom des accords politiques, vous allez aux élections en y prenant toutes les conséquences. Et quand vous avez accepté des Lois électorales qui disent qu’en cas de contentieux, il y a des instances au niveau desquelles vous devez discuter les contentieux et que ces instances se prononcent et qu’on veuille aller chercher des arrêts dans la rue, qui soient en votre faveur, je trouve que ce n’est pas une lutte pour la démocratie, c’est un dessein de déstabilisation qui fera souffrir, si cela arrivait, trop longtemps la population guinéenne.

Je me suis souvent amusé à le dire, mais c’est parce que ça vient de moi que monsieur Cellou Dalein ne comprend pas. Si jamais il croit que c’est dans le chao qu’il peut prendre le Pouvoir, qu’il se détrompe. Il ne peut venir au Pouvoir en Guinée qu’à la suite d’une transition normale. Je l’ai dit, je le redis. Si on arrivait au chao lui, il peut oublier ses rêves d’être Président un jour. Ou on respecte les institutions, la loi, en ce moment on participe à la construction de l’Etat et de la démocratie, mais pour quelqu’un comme lui qui a participé au gouvernement pendant 11 ans, il connait comment l’Etat fonctionne, il fait sciemment pour empêcher celui qui a été élu d’appliquer son programme pour lequel il a été élu. Nous sommes aussi conscients de cela. Je le regrette, mais c’est son dessein, nous en prenons acte.

Vous estimez que l’opposition a des velléités de déstabilisation. Cependant jusque-là, en ce qui concerne les élections locales, on n’a pas encore entendu Cellou Dalein demander le départ d’Alpha Condé. Il exige juste la restitution des voix qui lui auraient été volées ?

On ne fait pas les lois après les élections. On les fait avant les élections. Quand on a des contentieux, on s’adresse à une instance. Quand cette dernière fait des arrêts, ces arrêts sont sans appel. C’est comme la Cour Constitutionnelle. Quand elle arrête, il n’y a plus de recours possible. Et puis quand vous dites qu’ils n’ont jamais demandé des soulèvements populaires, mais combien de fois ils l’ont fait. Mais chaque fois qu’ils le disent, il y a qu’une ville qui les suit. C’est Labé. C’est de cela qu’il s’agit quand on parle de manifestations. Encore même pas lui, mais ses lieutenants ont demandé combien de fois, y compris des candidats comme celui de Matam. Ce que Cellou Dalein accepte, moi je ne peux accepter ça. Dire que si on ne me donne pas mes résultats, je vais demander le départ de Alpha, ça paraît ridicule. A la place du Procureur Général, je le ferai arrêter. Parce que ça c’est contre la Loi. C’est ce qu’ils ont toujours demandé, on n’a même pas besoin de mettre ça dans les discours.

Mais quand les enfants ont fait un mois sans aller à l’école, ils ont apporté leur soutien aux syndicats, ils ont alterné les marches syndicales avec les marches politiques pour déstabiliser. Vous croyez qu’aujourd’hui sur l’axe, les enfants vont à l’école ? Non. Vous croyez qu’on est en train d’aider ces enfants ? Eux (les opposants, ndlr) et nous, nous avons nos enfants où ? Aux Etats-Unis, en Europe. Les enfants qu’on met dans la rue, c’est des élèves, c’est des étudiants qui ne vont pas à l’école. Est-ce une façon de servir la population ? Je dirai non. C’est déstabiliser et compromettre même l’avenir de cette jeunesse.

Est-ce que le RPG arc-en-ciel est prêt à faire un compromis avec l’opposition ?

Absolument non ! Le RPG ne donne pas les voix, ce n’est pas le Gouvernement qui donne les voix, non plus la CENI. Quand ils réclament des voix, ils les réclament à qui ? Qui leur a pris leurs voix ? Il y a eu combien d’accords ? Les accords politiques sont de nature à contourner la Loi au nom de la stabilité et de la paix. Mais aujourd’hui on n'a ni paix, ni stabilité. Donc, vaut mieux qu’on arrête ces fameuses négociations qui n’aboutissent à rien et qu’on commence à respecter nos Lois et à les appliquer surtout.

On est face à une impasse finalement. Quelle piste de solutions préconiseriez-vous ?

Je n’en ai pas. Il n’y a pas de solutions. Qu’ils arrêtent et qu’ils respectent la LOI. C’est tout. C’est eux. On n’est pas en train de se tirailler sur quoi que ce soit. Pourquoi on essaie de présidentialiser les élections locales ? C’est parce que M. Cellou Dalein croit que c’est un prélude pour lui pour 2020. Avoir tous les maires pour préparer cette échéance. Mais Alpha Condé est venu au Pouvoir, il n’avait aucun chef de quartier RPG, ça veut dire qu’on peut arriver au pouvoir sans les mairies. Et la loi électorale même ne fait jouer aucun rôle à ces fameux maires. Et puis quand je vois, au-delà des manifestations cette propagande insalubre, quand des cellules de communication de l’UFDG croient que Damaro, Alpha Condé, et un certains nombre des gens dont les têtes ne leur plaisent pas, se réunissent pour demander à ce qu’on tue, quand même !  C’est un peu trop ça ! Ce fameux propagandiste qu’on a arrêté.

Mais à ce niveau, il faut voir le problème dans les deux camps. Parce qu’au niveau du RPG aussi, on voit des messages peu orthodoxes venant de ses communicants…

Non non, il y a la cellule de communication, il y a la cellule de propagande, il y a la cellule de désinformation et de mensonges…

Au niveau du RPG aussi…

On n’a jamais dit que Cellou s’est réuni et a tué quelqu’un. Pour annoncer ça et signer, il faut avoir du courage. J’ai toujours dit que la rhétorique politique peut-être plus dangereuse que les armes de destruction massive. Nous sommes à ce point aujourd’hui. Mais il faut qu’ils se ravisent. Je n’ai pas encore entendu M. Cellou Dalein Diallo mettre un de ses lieutenants au pas. Le ridicule ne tue, j’ai même entendu la dernière fois Gaoual citer mes biens comme si j’étais Directeur d’une régie nationale. J’ai quitté l’administration depuis 36 ans. Si j’ai des buildings partout, mais où est le problème ? Où est son problème ? Où est le problème de l’UFDG ? Je ne gère pas un seul rond de l’Etat guinéen. Je n’en ai pas géré depuis plus de 30 ans.

Vous dénoncez la présidentialisation des élections locales, mais est-ce que ce n’est pas la faute au Gouvernement qui s’est impliqué dans la campagne ?

Je suis d’accord avec vous. Les élections locales sont des élections entre voisins et cousins. La communauté petite ou grande devait se reconnaître dans son gestionnaire. Celui qui va s’occuper de leurs problèmes domaniaux, de mariage, d’acte de naissance etc. C’est ça le gestionnaire d’une commune. Mais qu’on en fasse des tremplins pour être Président de la République, c’est autre chose. Et c’est ce qu’on a fait. Là je reproche à toutes les parties. On a présidentialisé des élections qui sont totalement locales. Et aussi on a voulu faire une élection pour des raisons politiques. Ce mode de scrutin n’a jamais été organisé nulle part dans la sous-région, comme nulle part ailleurs. 

Les dernières élections locales de 2005 en Guinée, c’est M. Cellou Dalein qui les a organisé, on lui dit nous ne voulons pas de l’opposition ici. Le Président avait dit qu’il ne voulait pas d’opposition dans la capitale. M. Cellou Dalein a été tellement zélé qu’il a donné 30 préfectures sur 33 au PUP (rires). Il nous fait aujourd’hui des leçons de morales sur l’organisation d’élections. C’est l’héritage qu’ils ont laissé ici aux guinéens. Les dernières élections sont passées comme ça. Pourquoi voulez-vous que la prochaine soit si-différente. C’est eux qui ont appris les guinéens à bourrer les urnes, à avoir des résultats avant le décompte.

Ne pensez-vous pas qu’une rencontre entre le Président Alpha et Cellou pourrait contribuer à décrisper la situation ?

On a donné 5 milliards à Cellou, c’était pour préparer ce genre de rencontres. Qu’il fasse des études pour faire des propositions de suggestions sur le développement de la Guinée. De ces cinq milliards, qu’est-ce qu’il en a fait ? Il n’a même pas rencontré le Président une seule fois pendant cette année budgétaire. L’argent est parti où ? Il n’a même pas servi aussi à aider au moins ses candidats à payer leur caution. A Mamou, la tête de liste dit qu’il a payé la caution, les frais de campagne. M. Cellou a été incapable de payer ça. Qu’est-ce qu’il a fait de cet argent ? Puisque ça aussi ce sont des fonds publics. Est-ce qu’il peut le justifier ? NON.

Pensez-vous qu’une telle rencontre n’est pas opportune aujourd’hui ?

Je ne sais pas ! La loi dit que le Président peut inviter Cellou comme Cellou peut demander à le rencontrer. Cellou ne l’a pas fait. Le Président aussi apparemment jusque-là ne l’a pas demandé. Je ne suis pas décideur de ça. On va me traiter peut-être d’extrémistes, mais je ne vois pas qu’est-ce qu’ils vont discuter en dehors de la LOI.

Que pensez-vous des consultations entamées par le Chef de l’Etat en vue de remanier le Gouvernement ?

Un système de gouvernement est dynamique. Il faut par nécessité l’adapter à des situations données. A des situations exceptionnelles, il faut peut-être une équipe exceptionnelle. Cela relève du pouvoir discrétionnaire du Chef de l’Etat. Il est libre de changer de Gouvernement quand il veut, mettre et enlever qui il veut. Qu’il consulte pour former ce gouvernement, c’est peut-être nécessaire, c’est lui qui sait quelles sont les leçons qu’il apprend des uns et des autres pour pouvoir former son gouvernement, mais à mon sens, je crois que je n’ai pas besoin de rencontrer les opérateurs économiques pour trouver 30 bons guinéens pour diriger la Guinée.

Si on vous demandait d’évaluer l’équipe de Mamady Youla quelle note lui attribueriez-vous ?

Ce n’est pas mon rôle. Je suis d’un autre pouvoir. Je suis président de groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale. Mon rôle c’est de légiférer et de contrôler l’action du gouvernement. Le seul qui doit apprécier l’efficacité d’un gouvernement, c’est le Président de la République et son premier ministre. C’est eux qui signent la lettre de mission des ministres. Je n’ai vu aucune. Est-ce qu’ils sont en train de remplir leur lettre de mission ou pas ? Je ne participe pas à l’élaboration de ces lettres.

Vous pourriez quand même juger ?

Ce serait un jugement de valeurs. Mais je n’ai pas les données pour apprécier si tel ministre a accompli sa lettre de mission ou pas.

La signature des accords entre le Gouvernement et les syndicats créera sans doute un énorme choc sur le budget de 2018. Selon vous où est-ce que le Gouvernement pourrait trouver tout cet argent par satisfaire la demande sociale ?

Ecoutez ! C’est un problème. L’effectif des enseignants sont entre 40.000 à 55.000 sur 12 millions de guinéens. Il y a combien de guinéens qui prennent des salaires ? C’est 120.000, 150.000 sur 12 millions. C’est vrai que nos enfants à nous tous sont concernés, mais il y a le reste des guinéens. Il y a des besoins urgents de routes, d’hôpitaux, d’écoles. Malheureusement dans le réaménagement budgétaire, il y aura des coupes, il y aura des non réalisations dans certains secteurs. On ne prend pas le chapelet pour que l’argent tombe du ciel. Il est créé par l’économie. Mais avec ces manifestations faites à desseins, vous croyez que des investisseurs en apprenant tous les jours des programmes de manifestations sont enclins à venir ? NON. Même si c’était des projets annoncés qui pouvaient créer de l’emploi.

Quand j’ai entendu Cellou Dalein dire : Alpha Condé veut le chao, on va l’aider à avoir le chao. Ça veut dire tout simplement, au lieu d’aider à empêcher ce chao, il est prêt à faire le chao. On ne peut pas dire mieux que ça pour décrire cette intention de déstabilisation.

Est-ce que ces coupes budgétaires vont être suffisantes ?

Le budget quand même c’est treize mille milliards. Alors pour trouver six cent milliards supplémentaires, on va couper 600 milliards ailleurs ou on va mobiliser par des taxes et d’autres ressources.

Seriez-vous favorables à une augmentation du prix du carburant par exemple ?

Pas spécifiquement le prix du carburant parce que c’est encore plus sensible. On a d’autres choses, il faut que nos opérateurs économiques paient normalement les taxes, déclarent les factures normales et que les sources financières qui ne sont pas mobilisées vers le trésor soient mobilisées.

Mais quand on parle du problème des enseignants, le syndicat a le souci certainement de l’amélioration des conditions de vie des enseignants. Est-ce que vous savez qu’il y a des enseignants qui bénéficient des avantages financiers de l’enseignant mais qui évoluent tranquillement dans le secteur privé. Je connais deux avocats qui sont inscrits au barreau mais qui ont le statut d’enseignants et qui ont le salaire d’enseignant. Est-ce que vous savez qu’il y a des milliers d’enseignants qui bénéficient du statut, mais qui ne sont pas en situation de classe.

Mais c’est de la responsabilité de l’Etat de corriger ces anomalies ?

Croyez-moi c’est ce qui va se passer. On va croire peut-être après que c’est pour leur faire payer leur grève. NON. Ces messieurs doivent arrêter de prendre l’argent des enseignants alors qu’ils n’enseignent pas. Est-ce que vous savez qu’au moins 1/3 de ceux qui enseignent au primaire n’ont pas le Bac ?

Au-delà de ça est-ce qu’on ne pourrait pas penser à diminuer le train de vie de l’Etat ?

Attendez ! Le train de vie d’un ministre guinéen est très réduit. C’est parce qu’ils ont un véhicule de 300 à 400 millions, c’est-à-dire 40.000 dollars ? Combien ont un cabinet ? Ce n’est pas parce qu’on s’appelle ministre conseiller à la présidence qu’on a un coût. Certains n’ont même pas de bureau. De quel train de vie on parle ? Ils sont payés à sept millions cinq cents. Je suis plus payé que les ministres.

Il y a d’autres avantages qui viennent derrière…

Lesquels qui ne soient pas acceptables ? Ils ont un véhicule. Généralement beaucoup d’entre eux avant d’être ministre avaient des véhicules. Ce n’est pas un problème de train de vie de l’Etat. Au contraire, Alpha Condé a un train de vie extrêmement modeste et très humble. On voit des pays à côté dans la sous-région. Le Burkina, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, ça n’a pas de commune mesure. Un ministre ivoirien, sénégalais, malien par rapport à un ministre il n’y pas de commune mesure.

Alors est-ce que cela ne favorise pas aussi les détournements des deniers publics chez nous ?

Mais là je ne vous comprends plus…

Oui il faut voir  le problème dans un cadre général parce qu’on a l’impression que ces détournements ne coûtent beaucoup plus chers à l’Etat.

La corruption n’a rien à voir avec ce qu’on gagne. C’est un état d’esprit. On peut gagner moins et ne pas être corrompu. On peut gagner plus et vouloir beaucoup plus. Quand la corruption atteint des millions de dollars, ce n’est pas parce que tu es dans le besoin. C’est parce que tu as un état d’esprit de corrompus.

 A suivre…

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

 

Créé le Samedi 24 mars 2018 à 16:40