Immersion à la morgue d’Ignace Deen : un monde où se côtoient les morts et les vivants… (Reportage)

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Reportage

CONAKRY- A la morgue de l’hôpital Ignace Deen de Conakry, on est souvent partagé entre colère et tristesse. Ce plus grand centre hospitalier du pays manque de place pour les morts. La chambre froide ne dispose que de 18 places alors que la demande augmente tous les jours. Dans ce petit monde où on ne rencontre généralement que des personnes atristées, il y en a pourtant qui y trouve leur compte. Ceux qui gagnent leur vie en faisant la toilette funèbre des corps.

« Nous aussi, notre vie, notre survie dépend des travaux que nous menons dans cette morgue afin de bouillir la marmite à la maison. J’avoue que certaines familles ne savent pas que leurs parents font ce boulot. Mais c’est la vie, ce travail que beaucoup ont peur de faire est un travail béni. Préparer un homme qui doit rejoindre son créateur qui le rappelle est une bonne chose. Ici les femmes s’occupent des femmes, les hommes gèrent les hommes », a confié à Africaguinee.com un travailleur de la morgue.

A combien s’élève cette prestation ? Notre interlocuteur n’a pas voulu donné un montant exact. Il révèle cependant que le tarif dépend de l’état du corps qu’ils reçoivent.

Pour Docteur Seydouba Bangoura, pour travailler dans une morgue, il faut être psychologiquement bien préparé. Puis que dit-il, c’est un monde différent des autres.

« À la morgue, tu reçois toute sorte de corps et pour les préparer il y a beaucoup de difficultés. D’abord c’est un lieu pathétique. Tu observes les parents du défunt, tu les soulages avant de commencer de travailler pour eux. Tu dois te dire que derrière le corps que tu prépares il y a des milliers de personnes qui sont ses parents, donc il faut être psychologiquement prêt, il faut savoir gérer toutes ces personnes avec ton humeur. Nous recevons les corps de toutes les nationalités que ça soit un rapatriement vers l’étranger, que ça soit vers l’intérieur du pays ou un enterrement local. Mais les parents qui suivent sont souvent en état de détresse complète ou énervés, l’essentiel est que tous rentrent satisfaits », a expliqué Dr Bangoura, responsable de la morgue d’Ignace Deen.

Malgré l’apport de quelques personnes de bonne volonté, le problème de place se pose toujours avec acuité.

« Il fut un moment, la chambre froide était en panne. On avait une capacité de 10 places ; Certains corps pourrissaient ici pendant deux semaines, on avait de sérieux problèmes. Pendant deux semaines, c’était des problèmes. Nous avons informé la direction, le lendemain on nous a doté de deux chambres d’une capacité de 3 places chacune, ce qui fait 18 places. Cela a été rendu possible suite à une négociation entre le professeur Hassane, Dr Awada et KPC. Malgré tout nous sommes débordés parfois avec des corps, c’est Ignace Deen qui accueille le plus grand nombre par rapport aux autres hôpitaux, les 18 places sont insuffisantes » a révélé l’administrateur principal de la morgue d’Ignace Deen.

 

Dr Tolno Fara George, administrateur adjoint de la morgue énumère des problèmes rencontrés dans la gestion des corps reçus avec certains parents de défunts qui voient mal le paiement des prestations.

« Pour la gestion des corps, c’est un véritable problème avec certains parents. Pour eux c’est un hôpital public, donc tout est gratuit. Pourtant ceux qui veulent rendre honneur à leur parent, la déclaration de décès c’est à 3 000 GNF. Même ceux qui veulent laver ici nous leur demandons s’ils ont quelqu’un pour faire la toilette funèbre sur place, à défaut nous proposons nos hommes, ils négocient avec eux pour exécuter le travail. Nous sommes obligés de demander quelque chose, le linceul est à acheter, le parfum et d’autres choses et surtout les vieux ou les vieilles qui lavent les corps doivent être payés. Il y a des gens qui disent partout un corps dans une chambre froide pour une nuit c’est des millions que nous réclamons pour nuit, c’est des personnes qui cherchent à désinformer, sinon tout le monde sait un corps c’est 50000gnf la nuit , le tarif est affiché partout » a-t-il répliqué.

Avec peu d’équipements de protection, ces travailleurs sont souvent exposés à des maladies.

 « Nous savons il y a des gens qui n’osent même pas voir un cadavre à plus forte raison de le toucher. Mais ceux qui viennent purifier ces corps, faire le nécessaire, méritent un bon traitement de la part des parents du défunt. Ces personnes sont exposées, ils contractent des infections graves, ils ne sont pas salariés, donc il faut accepter de donner le minimum à ces personnes qui ont des familles, ils vivent du jour le jour » a plaidé Dr Bangoura.

 

Un reportage réalisé par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. (00224) 664 93 45 45

Créé le Mercredi 14 Février 2018 à 10:07

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