L’imam Saliou Camara prévient : "Nous préférons la Guinée à un Président ou à un opposant…" (interview)

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Crise post-électorale en Guinée

CONAKRY-Alors que la Guinée est plongée dans une crise post-électorale qui a fait sept morts depuis le lendemain des élections communales, le grand imam de Conakry, Elhadj Mamadou Saliou Camara vient de lancer un message à l’endroit de ses compatriotes et surtout des acteurs politiques. Après son sermon ce vendredi 9 février 2018, le religieux s’est confié à un pool de journalistes. Lisez...

Africaguinee.com : Elhadj Mamadou Saliou Camara bonjour ! Dites-nous quel a été le message clé que vous avez adressé au peuple de Guinée ce vendredi dans votre sermon ?

 

ELHADJ MAMADOU SALIOU CAMARA : Ce que j’ai dit c’est à l’intention de tous les guinéens qui aspirent à vivre dans la paix et la quiétude. Le bonheur et le développement de ce pays vont dans la paix et la quiétude, ce qui est du reste les vœux de tous les fils de ce pays. Nous avons la Guinée comme un bien commun, à sa tête le président Alpha Condé, sur lequel nous devons porter toutes nos attentes. Je lui dirais tout de même y compris toutes les mouvances  politiques du pays que  nous sommes dans une barque et il n’y a pas d’intérêt à l’abîmer, car quand la barque chavire c’est tous les passagers qui périront. Nous sommes des croyants et gardiens de la foi islamique, notre manière de concevoir la démocratie et la vôtre, il y a certainement une différence. Nous dirons néanmoins au pouvoir en place et à l’opposition, même si ce que nous disons importent peu à leurs yeux, qu’ils doivent respecter les accords et engagements qu’ils avaient pris avant  de venir à ce scrutin, donc il est l’heure qu’ils respectent la parole donnée. Chacun d’eux sait ce qu’il doit faire, nous leur exhortons de s’entendre et d’avoir pitié des citoyens.

 

Si un imam ne dit pas cela, il aura menti. Un chef n’a pas le droit de mentir puisqu’il est de facto un juge. Je vous dirais que cette République de Guinée est au-dessus du président Alpha Condé, elle a été au-dessus de ses prédécesseurs. Préférons et gardons jalousement notre pays face aux difficultés. Personne n’a le droit de dire que c’est son émanation qui prime. Quand on parle de patriote, l’on parle de quelqu’un qui défend son pays. On ne peut pas rassasier tous ceux qui veulent le pouvoir, mais gardons entre nous citoyens l’unité nationale et luttons ensemble pour la Guinée et pas pour un individu ou une personne. Nous préférons la Guinée au Président, on préfère la Guinée à un opposant, on préfère la Guinée à un Imam et on préfère la Guinée à un homme riche. Nous devons tous être au service de ce pays.

Selon vous quel est le devoir d’un citoyen vis-à-vis de son pays ?

Le citoyen a droit de défendre sa nation, ceci n’est  pas seulement l’apanage des hommes en uniforme. Face à certaines contraintes tout le monde a le droit de défendre sa patrie. Il faut que le territoire national soit défendu. La seconde chose, l’on doit contribuer au développement et à l’édification de ce pays.  Nous avons assez de ressources naturelles qui nous permettent de le faire, mais à condition de chasser tout d’abord l’ethnocentrisme et d’arrêter les querelles de politique politicienne. On se bat pour que sa nation émerge et non pour la détruire. Actuellement nous remarquons que le combat des gens c’est pour le détruire et pas pour l’aider. Pourquoi ? Le sens du patriotisme a disparu du comportement des guinéens, on le remarque à travers les actes des citoyens même dans la rue. Des ordures et des détritus sont laissés partout, ça ne regarde personne.

A votre avis est le devoir qui incombe au chef vis-à-vis de son peuple ?

Il y en a assez, mais nous allons parler des principaux, qui sont au nombre de trois. Le premier consiste d’abord à plaire à son peuple et vice-versa. Si tu toi citoyen tu agis ainsi, tu permets au chef de travailler pour toi-même. Puisque c’est ce que toi tu lui as confié comme mission. C’est un grand défaut du guinéen, l’on ne déteste le chef que lorsqu’on lui donne le pouvoir, ce n’est pas bon. On a le droit et le devoir de conseiller son chef et de lui dire ce qui est bon pour le pays. Cela permettra de corriger assez de tares pour permettre le développement du pays.

La seconde chose, quand le chef exhorte son concitoyen à faire une chose pour le développement du pays, même si tu ne l’aime pas, quand c’est dans l’intérêt du peuple tu dois le faire.  La troisième disposition est celle de respecter la parole et la décision du chef. Quand il dit ça suffit, qu’on s’arrête.  C’est d’ailleurs cette relation qu’il y a entre l’être humain et son créateur qui est Dieu, il a créé le paradis pour ceux qui respectent ses préceptes. Ceux qui font le contraire, c’est l’enfer comme  à l’image de la prison de la sureté de Conakry. Autre chose que le chef doit incarner c’est d’être au-dessus de la mêlée et de toutes les ethnies. En exemple, moi je suis de l’ethnie soussou, Imam de la République, avec ce titre, je ne suis pas que l’imam de ma communauté ou d’une autre ethnie (…), je suis devenu l’imam national pour tous ceux qui sont des musulmans guinéens et par ricochet je les considère comme mes enfants, même ceux qui sont plus âgés que moi.

Le chef ne doit pas tout simplement se tourner vers son appartenance ethnique mais qu’il défende tout le monde face aux imposteurs. Sa préoccupation doit être la satisfaction des besoins de son peuple, il doit se tourner vers le développement pour empêcher la faim,  la pauvreté, bouter hors de sa nations les épidémies et pandémies hors de son pays. Prévenir les enfants du pays à sortir et mourir dans des barques de fortune vers un eldorado incertain.

Quel est votre  dernier message à l’endroit des guinéens ?

J’ai déjà tout dis, mais j’ajouterais  une chose et vous dire que la Guinée n’est pas seulement la terre des peulhs, Soussous, malinkés ou forestiers. Cette nation appartient à tous ceux qui se réclament d’être guinéens. Nous devons partager joie et souffrance ensemble, si tu as envie d’être respecté, commence d’abord par respecter ton prochain. Quand tu cherches le pouvoir et tu ne veux pas qu’après l’on te désavoue et que l’on ne t’accorde aucun respect, commence par respecter celui qui est au commande. Ce n’est ni ton ethnie qui fait de toi une personne valeureuse ni ta langue mais plutôt ton utilité sociale.  Ce que tu as apporté au peuple, c’est cela ta valeur.

Propos recueillis et transcris par Diallo Boubacar&

Bah Boubacar Loudah pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112 

Créé le Samedi 10 Février 2018 à 12:38

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