Guinée : Les confidences ‘’poignantes’’ de Cherif Souleymane !

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Interview
Chérif Souleymane
Chérif Souleymane

CONAKRY-Unique footballeur guinéen sacré Ballon d’or Africain, Elhadj Cherif Souleymane la ‘’mort dans l’âme’’ se souvient de son ancien coéquipier Papa Camara décédé la semaine dernière dans la capitale guinéenne. Ce costaud défenseur émérite, au micro d’Africaguinee.com nous a parlé de la maladie et de la fin de son ex coéquipier. Le ballon d’or est aussi revenu sur les moments forts qu’il a passés en compagnie du ‘’génie’’ Naby Laye Camara, qu’il qualifie de courtois et de sobre. Cherif Souleymane a aussi tiré la sonnette d’alarme sur le cas de certains de ces coéquipiers malades et de la ‘’maigre’’ assistance des autorités sportives à l’égard de ces porte-drapeaux.

AFRICAGUINEE.COM : La Guinée vient de perdre une icône en la personne de Papa Camara. En tant que coéquipier de ce géant du foot Africain quel souvenir gardez-vous de l’Homme ?

CHERIF SOULEYMANE : Il y a assez de bons souvenirs ! Si l’on commence depuis son arrivée au Hafia et à la sélection nationale l’on peut même écrire des livres sur ça.  Sur le plan du football, je retiens de lui un joueur très technique, très humble et sobre. Il était beaucoup entreprenant et était vraiment l’incarnation de la technique pure, certes physiquement il ne répondait pas mais techniquement il était au-dessus de la mêlée. Papa avait le sens de l’anticipation, il pouvait prévoir des choses et d’inventer un jeu dans le match. Ce que je retiens de lui aussi, à chaque fois que nous étions en difficulté il faisait appel à son génie (…), vous savez il est très rare d’avoir des génies comme lui. Dans une équipe de football, il y a ceux qu’on appelle les travailleurs, les ingénieurs et les génies, dans la nôtre, Papa Camara était notre génie, c’est ce que je retiens de lui dans le football. Sur le plan humain et relationnel, il a été aussi un exemple (…), très sincèrement il respectait tout le monde et tout e monde le lui rendait. C’est quelqu’un qui était très respectueux des vertues, en exemple il m’a toujours appelé ‘’Doyen’’ et m’a aussi admiré. Il est fidèle à ses amitiés et persévérant dans le travail. Quand nous étions à deux partout ici contre les Simbas de Kampala en 1972, il est rentré et a fait la différence. Le second exemple et non des moindres, il a été l’artisan du sacre contre le Ghana au stade du 28 Septembre avec le but de la victoire. Il a décanté la situation en marquant ce but libérateur. Une de ces  qualités aussi, il ne s’est jamais plaint sur le terrain ou exigé des choses sauf le travail bien fait.

Il a été dit que Papa Camara est resté longtemps malade alité, l’avez-vous rencontré avant son décès ?

Bien-sûr que oui je l’ai rencontré à maintes reprises. A chaque fois qu’un parmi nous se sent mentalement faible ou malade l’on intervient. Nous venons auprès de sa personne pour le remonter le moral et lui prodiguer des conseils. Comme on dit la vie est un perpétuel combat on l’encourage. Mais quand le verdict final est tombé, là on ne peut rien puisqu’entant que croyant chaque mortel est appelé à répondre à l’appel de Dieu. Mais tant que la personne a un souffle dans le corps, nous sommes à côté de lui pour le remonter le moral. Il y a eu des témoignages comme quoi le jour des obsèques le ministère des Sports lui était venu en aide, la fédération Guinéenne de Football aussi et le Port Autonome de Conakry où il travaillait. On parle peut-être d’une évacuation mais sachez que quand l’ange de la mort apparait même les médicaments vont manquer. Je sais tout de même qu’il a bénéficié de cette assistance, peut-être pas au bon moment mais je crois qu’elle a été apportée.

Justement parlant de cas de maladie et d’abandon, un de vos coéquipiers en la personne de l’ancien gardien de But, Abdoulaye Banks est gravement malade alité à Ignace-Deen. Est-ce que les autorités sportives lui sont venues au secours ?

Ce n’est pas BANKS seulement qui est malade ! Nous avons assez d’anciens footballeurs qui sont malades, tels que le capitaine Aboubacar Baratt Camara, qui est d’ailleurs atteint d’Alzaimer. Il y a aussi Soumah Seny Blinki, nous avons le vieux Camara Morlaye qui ne reconnait plus les gens. Donc ce n’est pas Banks seulement qui est malade.

Est-ce que les autorités sportives ont réagi pour son cas puisqu’il est dans un état critique ?

Certes, il est dans un état critique et que nous de notre côté nous n’avons pas les moyens de l’aider mais j’avoue que les bonnes volontés ne manquent pas et l’assistance est apportée à tout moment.

Parlez-nous des moments forts de la génération 70 que vous incarnez avec Papa Camara et tant d’autres ?

Après la première coupe que nous avons obtenue en 1972, nous avons été sollicités pour les éliminatoires des Jeux Africains de Lagos en 1973. Donc des jeunes venaient de faire leur apparition au sein de la sélection nationale, ils étaient nombreux et ils formaient une belle génération. A leur sein il y avait Papa Camara bien-sûr, Maneh Garrincha, petit Bangaly, Ismaël Sylla Eusobio, Aliou Jolea Keita. Lorsque nous sommes arrivés à Dakar pour ce match, nous avons tenu une réunion au cours de laquelle nous les cadres de l’équipe du Syli National comme moi, petit Sory et Maxime Camara avions dit ceci (…), la majorité d’entre nous sont sous le feu des projecteurs et médiatisés, donc nous avons ciblé parmi eux certains jeunes qui pouvaient jouer leur partition parce qu’ils ne sont pas connus. Malheureusement le jour du match, Papa Camara a piqué une crise de paludisme et a été remplacé par Jolea, c’est d’ailleurs à partir de Dakar qu’il a inscri lui aussi son nom dans les annales du football guinéen. Sur les quatorze buts que la Guinée a marqués contre la Mauritanie lors de ce match, les neufs ont été inscrits par Aliou Keita Jolea et a été le meilleur buteur du tournoi. C’est dire tout simplement que si Papa avait participé à ce match, je ne dirais pas qu’il aurait marqué autant de buts mais il serait certainement cité comme une nouvelle pièce maitresse du Syli National de Guinée.

Depuis la nuit des temps vous êtes le seul footballeur guinéen à être sacré ballon d’or Africain. Quel est votre secret pour permettre aux nouvelles générations d’emboiter votre pas ?

Il n’y a pas de potion miracle ou secret personnel. L’un des secrets dans ce métier est d’être discipliné et d’aimer ce que l’on fait. On ne peut pas être champion deux fois, soit on est dans les boites de nuit soit sur le terrain. Je n’avais pas d’autres préoccupations que de jouer au Football, certes il y avait les études mais comme je vous l’ai dit ma préoccupation première était le football.  Quand on connait sa mission on ne badine pas là-dessus. Il faut aussi s’entrainer et ne pas tricher afin d’écrire sa propre histoire. Quand tu dois écrire cette page il faut toujours être à la pointe du combat.

Vous êtes depuis un certain moment membre de la nouvelle Fédération Guinéenne de Football (Féguifoot). Comment entrevoyez-vous l’avenir de ce Sport d’autant plus que nos équipes nationales sont à la traine depuis un certain moment ?

Vous voulez m’amener dans la critique mais pour le moment je ne fais pas de critique parce que le nouveau bureau de la Féguifoot a mis un plan de développement en place. Vous savez, l’on n’improvise pas les résultats mais ils se préparent. Les résultats se programment dans une planification bien définie. Attendez que le nouveau plan de développement mis en place par la Fédération arrive à terme, si on ne fait pas de résultat en ce moment la critique adviendra. Ce n’est pas avec une baguette magique qu’on ira en Coupe du Monde ou prendre la Coupe d’Afrique. Il s’agit de tout un processus. Le football évolue au même critère que l’éducation, c’est-à-dire il faut le pratiquer à bas âge, c’est-à-dire le commencé par le plus bas de l’échelle pour arriver au sommet. La fédération donc dans sa vision va mettre l’accent surtout sur la base, ensuite nous allons continuer à sélectionner pour atteindre l’excellence. Quand on arrive à ce stade, c’est-à-dire au niveau de l’équipe nationale Sénior’’ nous dirons au moins qu’il y a un génie et cinq autres l’accompagnent. Vous voyez dans les grandes équipes de football à l’image du FC Barcelone ou du Réal Madrid, il y a toujours un génie mais autour de lui il y a des travailleurs qui lui permettent de s’exprimer. C’est ce que la Fédération veut mettre en place pour les années à venir.

Votre mot de la fin ?

Je souhaite que le football guinéen reprenne son élan d’antan. Vous n’êtes pas sans savoir que nous avons plané au-dessus du Football africain et nous pensons qu’avec la vision de la nouvelle Fédération, la Guinée va reprendre son envol.

 

Entretien réalisé par

BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 13 

Créé le Vendredi 12 janvier 2018 à 11:57

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