Conakry: Immersion à la décharge de Darès-Salam 5 mois après le drame….

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Reportage

CONAKRY- Cinq mois après le drame qui a coûté la vie à neuf (9) personnes à la décharge de Dares-Salam, les familles dont les habitations sont contiguës à la montagne d’ordures vivent dans la hantise. Chaque jour qui se lève, elles s’attendent à une mission qui les ferait quitter les lieux en vue d’un recasement dans un nouvel endroit salubre.

Après le drame, beaucoup de familles avaient quitté la zone pour se réfugier ailleurs. Mais certaines familles commencent à revenir tandis que d’autres n’ont pas encore trouvé ce courage. Sur les lieux, la misère se lit sur les yeux des habitants de Dares-Salam 2, un quartier populaire et insalubre qui compte beaucoup plus de femmes et d’enfants. Un environnement sain fait défaut. L’on note également l’absence des besoins sociaux de base : pas d’écoles, ni de centre de santé. Les risques d’attraper des maladies pulmonaires ou hydriques sont énormes. Des mouches sont visibles partout avec une boue noirâtre qui coule sur les ruelles non bitumées de la zone. C’est dans cette atmosphère insalubre que des femmes entourées d’enfants préparent à manger. De loin l’on pense à une montagne naturelle, de près l’on constate qu’il s’agit des tonnes d’ordures qui s’enchevêtrent jusqu’à former une montagne. Une épaisse couche de fumée qui s‘y dégage à tout moment.

Ramatoulaye Diallo, la quarantaine, mère de 4 enfants, se rappelle encore du drame 22 Aout 2017. Mais estime que rien n’est toujours fait de façon significative à leur endroit en vue de les sauver : « Depuis le drame survenu au mois d’Aout, nous sommes hantés par une peur qui ne dit pas son nom. A chaque fois on se rappelle tard la nuit que cette montagne peut tomber encore. Après le drame beaucoup sont partis trouver refuge ailleurs, certains reviennent depuis l’arrivée de la saison sèche, par contre d’autres ne sont plus revenus notamment certains de nos enfants. Nous nous sommes là parce que nous savons que l’être humain finira par mourir, donc il n’est pas nécessaire de fuir la mort. Notre souhait est que l’Etat nous trouve une zone de recasement ailleurs parce qu’ici iles ordures ont fini de nous envahir », a souhaité la quadragénaire. 

Nene Fatoumata Sow a sa maison qui a échappé de justesse lorsque la décharge a englouti les habitations. Deux bâtiments voisins à sa maison ont payé les frais.

« Depuis que la montagne d’ordures est tombée sur les habitations tuant 9 personnes dont une  femme enceinte, nous avons reçu toutes sortes de visite ici, des autorités, des institutions, des hautes personnalités parfois avec des enveloppes pour partager notre douleur. Finalement une autre mission est venue mettre des croix sur nos maisons, ils ont écrit tout ce qui est là, mais ils ne nous ont pas dit si un remboursement est prévu pour nous faire quitter ou autre chose. Quelqu’un nous avait dit  après le recensement, ils allaient fournir des reçus ou des coupons, mais  rien de tout ça. Au-delà de tout ça on nous nourrit de peur avec l’argument que la roche qui constitue une montagne naturelle ici s’est également fissurée. Diverses personnes viennent souvent nous poser des questions, mais ceux ou celui qui viendra avec une bonne nouvelle pour nous est toujours attendue, donc nous sommes là en attendant. Nous donnons tout à Dieu », fulmine Madame Sow.

Mohamed Soumah 62 ans habite également le quartier. Il explique avoir vu le quartier « naitre ». Selon lui, c’est plutôt eux qui sont envahis par les ordures et non le contraire.

« Si les services qui s’occupent des ordures dépassent la limite pour envoyer les ordures vers nos concessions, qu’ils arrêtent au moins de nous accuser d’avoir campé ici. Nous sommes abandonnés à nous-mêmes. Certains parlent un peu partout en se demandant pourquoi nous sommes ici.  Ces gens doivent savoir que ce sont les ordures qui nous ont trouvé ici. Au début il y avait une clôture grillagé, située à près de deux kilomètres de chez nous pour le dépôt des ordures. C’est récemmentt qu’ils ont commencé à pousser les ordures vers nos habitations. Même la veille du drame, nous avions attiré l’attention de ceux qui détiennent les machines de faire attention. Ce qui fait que le 22 Aout vers 11 heures, la montagne est tombée sur les habitations ici. Ils sont largement allés au-delà de la partie qui est attribué au dépôt des ordures. Notre santé est fortement menacée » a déclaré ce citoyen plein de rage.

Au-delà de ces problèmes d’ordures, l’accès à l’eau potable dans ce secteur Dares-Salam est un véritable casse-tête. Plusieurs habitant affirment que depuis plusieurs années aucune goutte d’eau ne suinte à leur robinet, tout le monde fait recours à un forage doté par le CNDD, l’ancienne junte au pouvoir, en 2009. En attendant qu’une solution ne soit trouvée, les populations de ce quartier vivent encore dans la hantise de la peur. Craignant à tout moment que la décharge ne vienne les engloutir.

 

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 664 93 45 45

Créé le Mardi 09 janvier 2018 à 11:57

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