Enquête exclusive : comment des carnets de vaccination sont vendus de façon illicite...

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Enquête

CONAKRY-A la gare routière de Bambeto, des passagers à destination des pays voisins n’ont aucun mal à se doter d’un carnet de vaccination pour franchir tranquillement les frontières. Ce document qui est exigé au niveau des frontières de beaucoup de pays est délivré à tout demandeur sans qu’aucune dose de vaccin ne lui soit administrée. Ce carnet de vaccination de couleur jaune s’obtient sans encombre en déboursant seulement un montant forfaitaire qui varie entre 25000 et 30000 francs guinéens, soit environ 2.5 euros. Pourtant c’est un seul service qui est habilité exclusivement à établir ce document après que le demandeur soit vacciné. C’est le centre national de vaccination sis auprès du pont 8 novembre. Ceci est une obligation avant d’acquérir le carnet.

A la gare routière de Bambeto l’une des plus grandes de Conakry, sise dans la commune Ratoma, ces carnets de vaccination sont vendus à ciel ouvert par des personnes qui ignorent toute notion en matière médicale. Ce document vendu comporte bien des éléments qui prouvent que la chaine va au plus haut niveau. Des pré-signatures et des cachets avant même le remplissage des coordonnées du demandeur. Sur ce carnet de 12 pages vous retrouvez au moins 4 cachets rectangulaires de la division prévention, estampillé LE CHEF DE DIVISION d’une part, et d’autre part vous trouvez DIVISION PRENVENTION VACCINATION INTERNATIONALE. Ce qui ouvre une question de complicité des chefs de gare avec les agents du service de vaccination.

« Vous cherchez une chose qui est facile à obtenir au niveau de la gare routière de Bambeto et dans les autres gares de Conakry voire même à l’intérieur du pays », a confié un responsable du syndicat des transporteurs à Bambéto, avant d’expliquer la procédure d’obtention de ce sésame dans les différentes gares routières.

« Présentez-vous juste devant les lignes qui sortent du pays comme la Sierra Léone, le Liberia, le Sénégal. Les syndicalistes vont vous donner mais je ne connais pas le prix actuel. J’avais l’habitude de chercher pour des voyageurs c’est entre 20000 et 25000 francs guinéens. Mais à ce jour j’ignore le prix, ils collaborent avec le service médical qui fournit ça, c’est valable pour les vignettes aussi » a déclaré ce chauffeur.

Dès notre arrivée à la gare routière de Bambéto, nous rencontrâmes un chauffeur qui nous a conduit à la ligne d’embarquement pour la Sierra Leone. Il nous réclame 10.000 GNF (1 euro) pour la contrepartie de sa démarche. A ce niveau un responsable de la ligne nous fait savoir ce n’est pas utile de prendre un carnet de vaccination, car selon lui, les agents léonais ne considèrent pas ce document.

« C’est de l’argent qu’ils exigent aux passagers à la place du carnet », a-t-il confié indiquant tout de même qu’il est prêt à remplir le carnet si l’on est prêt à payer.

Il nous indique le coin du livreur. Arrivé, ce dernier demande 25.000 et la pièce d’identité avec lequel le demandeur voyage, il prend le passeport et sort un carnet jaune des tiroirs avec des cachets et des pré-signatures. Il s’éclipse pendant un moment, le temps pour lui de remplir le formulaire. Bien que nous sommes le 2 janvier 2018, il met sur le carnet 25 décembre 2017 et nous le rend.

Face à notre insistance de se vacciner, le fournisseur réplique en nous demander de lui restituer le carnet. Peine perdue : « c’est un papier que tu as demandé tu l’as eu, si tu parles de piqures ou autre rends le nous et va te vacciner. C’est les médecins qui ont envoyé ces documents pour aider tout le monde. Donc c’est légal, à vous entendre vous faites un doute. Mais c’est légal ce document, partout où vous passez, c’est le même qu’on vous donnera, ce n’est pas Bambeto seulement c’est dans toutes les gares, quand c’est fini, les médecins vont envoyer encore, voyez les cachets on les fait avant de les envoyer, ici on ne fait que remplir juste l’identité de la personne », révèle-t-il.

Au Centre National de Prévention et Lutte contre les maladies infectieuses au sein duquel se trouve le service de vaccination, des agents du service administrent des vaccins à des citoyens qui apparemment sont en instance de voyage. L’une des agents nous montre le bureau des responsables.

Dedans nous rencontrons l’un des responsables que nous avons interpelé nous explique que le chef de service est en déplacement pour répondre à des telles questions. Néanmoins il a donné certaines explications hors micros annonçant des dispositions.

« Si d’autres entités se livrent à donner des carnets hors d’ici c’est tout simplement la fraude, nous sommes en train de lutter. Des dispositions sont en train d’être prises par le ministère de la santé. Les populations aiment la facilité sinon tout le monde sait que ce n’est pas dans les gares qu’on délivre ce document, le service national est le seul exclusivement habilité à fournir ce document et c’est après la vaccination. Mais si les gens vont là-bas c’est à leur risque et péril. Les mesures ne tarderont pas à tomber avec l’inspection générale du ministère de la santé. Vous étant intellectuels jamais vous allez acheter un carnet sans vaccin, comme vous le constatez toutes les personnes sérieuses viennent ici pour le vaccin pour avoir ce document. Je pense qu’il faut accentuer le niveau d’information et de sensibilisation » a-t-il formulé.

A la question de savoir comment le cachet  de leur service se retrouve sur les carnets vendus à la gare routière il répond : « Nous sommes victimes de nous-mêmes dans ce pays, les choses ne sont jamais faites par le service habilité » a déploré notre interlocuteur.

Nous nous sommes également approchés d’un habitué de l’axe Labé-Sénégal qui nous fait savoir que les carnets de vaccination guinéens sont décriés.  « Les carnets de vaccination guinéens ne valent rien à la frontière sénégalaise, si vous présentez un, on vous le retire pour le mettre à la poubelle. On vous demande de l’argent c’est tout, on vous dira qu’ils n’ont point besoin d’un carnet de vaccination de la Guinée parce que à leurs yeux c’est faux. Envoyez un enfant ou une femme à la gare routière de Daka, Kouroula ou Doghora, il va acheter sans problème. Dans certains pays anglophones comme la Gambie on verbalise même le possesseur, c’est fréquent » a confié ce chauffeur résident à Labé sous-anonymat

En Guinée, l’obtention des documents dans l’illégalité est monnaie courante. Des permis de conduire, des certificats de visites et contre visite, des passeports trafiqués, des faux avis de recherche livrés par certains tribunaux du pays pour des gens en quête d’asile à l’étranger, sont entre autres des problèmes fréquents dans le pays.

 

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 664 93 45 45

Créé le Jeudi 04 janvier 2018 à 14:15

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