Mohamed Touré : « Nous sommes extrêmement déçus… » (Interview)

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Interview
Mohamed Touré, Secrétaire Général du parti "PDG-RDA"
Mohamed Touré, Secrétaire Général du parti "PDG-RDA"

CONAKRY-A quelques jours des élections locales prévues le 04 février 2018, les états-majors des partis politiques affutent leurs armes. Mohamed Touré, secrétaire général du Parti Démocratique de Guinée (PDG), crée par le premier président guinéen Sékou Touré n’est pas en reste. Au cours d’un entretien qu’il nous accordé, le leader de cette formation politique s’est attaqué à la gestion actuelle du pays par le Président Alpha Condé. Dans cette interview à bâton rompu avec notre rédaction,  Mohamed Touré s’est aussi exprimé sur les stratégies mises en place par son parti pour gagner quelques circonscriptions en Guinée. Il donne également sa position sur la candidature de sa sœur ainée qui souhaite briguer la commune de Kaloum.

AFRICAGUINEE.COM: Nous sommes à pratiquement un mois des élections locales prévues le 04 février 2018. On entend peu le PDG-RDA. Quand on connait ce qu’a représenté cette formation politique dans ce pays, l’on se demande pourquoi ?

MOHAMED TOURE : Je vous remercie d’être venu vous enquérir de ce qui se passe dans notre parti surtout à l’orée d’élections aussi importantes que celles des communales qui nous rapprochent de plus des populations. Dans la configuration actuelle de la démocratie, les institutions ou les instances qui portent cette démocratie, il est évident que les communales sont celles qui sont à la limite inferieures, qui rapprochent de plus les populations qui selon notre principe idéologique d’abord et politique constituent le creuset même du pouvoir. Au PDG, il n’est un secret pour personne, le pouvoir et tous les pouvoirs doivent revenir totalement au peuple et c’est par  cette expression  au niveau de la base que le peuple peut exprimer et prendre ce pouvoir en main. Nous sommes extrêmement déçus du fait que ça se limite au niveau des communales parce que nous estimons que la première configuration géopolitique, c’est au niveau des villages, du secteur et des quartiers. Déjà là l’expression doit être libérée pour que les citoyens désignent eux-mêmes leurs candidats (…), mais  par un mécanisme sorcier, il faudra faire les communales et au prorata des votes qu’on obtient aux communales, des chefs de quartiers, de villages ou de districts, seront désignés au lieu d’être élus. C’est un recul fantastique mais nous faisons avec ce que nous avons.

Vous dites que vous n’entendez pas le PDG, c’est peut-être vrai mais c’est aussi faux. C’est vrai pourquoi, parce que le PDG choisit délibérément de ne pas être dans le tohu-bohu dans lequel aujourd’hui nous sommes. La vie politique guinéenne se caractérise par des mensonges après des mensonges et qui sont programmés. La différence c’est au décibel. Celui qui crie le plus est entendu le plus ou qui scandalise le plus est celui qui fait apparemment de la politique aujourd’hui. Nous ne pouvons pas suivre ce chemin parce que nous sommes conscients que ce chemin est une dérive totale par rapport à la sauvegarde de notre dignité. Le mot fétiche d’ailleurs du PDG, c’est justement cela et tout le combat de notre parti s’est articulé autour de l’acquisition et de la sauvegarde de la dignité du peuple de Guinée et de la dignité de l’homme guinéen dans le cadre de la société guinéenne, évidemment si vous n’entendez pas le PDG dans ce vacarme, c’est normal. Sinon notre parti s’exprime et il est écouté là où c’est essentiel.

Aujourd’hui nous voulons communiquer avec la base, nous voulons communiquer avec les citoyens, justement nous voulons communiquer dans les communes, dans les quartiers, dans les secteurs et dans les concessions. Nous sommes confiants que c’est lorsque le pouvoir sera transféré à ce niveau que la démocratie se fera vraiment en Guinée et qu’elle vivra dans ce pays. Nous avons eu la chance en Guinée en tant que parti au pouvoir en Guinée de gouverner cette nation, de la créer et de la façonner. Nous avons créé un Etat qui en 1984 avant un coup d’Etat militaire illégal et illégitime, était fort à l’intérieur du pays mais qui était respecté et respectable aussi à l’extérieur. Il s’est fondé sur une  pratique de démocratie effective directe et participative  où tous les citoyens avaient la voix au chapitre. Nous faisons notre travail méthodiquement avec la conviction  que le peuple de Guinée reviendra toujours à ses repères premiers et fondamentaux. Ceci c’est le PDG.

A vous entendre Mr Touré c’est comme si le PDG ne participe pas à ces élections ?

Ah bon !!!

On ne vous sent réellement pas sur l’échiquier politique à travers ces élections du 04 Février ?

Vous ne nous sentez pas comment, alors que nous avons des listes partout dans le pays.

Justement parlant de ces listes quelles sont ces circonscriptions que vous ciblez ?

Peut-être que vous ne les connaissez pas mais c’est un choix tactique délibéré de la part de la direction du PDG de ne pas livrer de façon anticipée nos positions puisque nous sommes dans un système qui nous violente.

Ah Bon ? Comment ?

Bien-sûr ! Comment vous pouvez accepter qu’il y ait eu des présidentielles et que la candidature du PDG ait été éliminée de façon très bizarre. Que lors des législatives qu’on ait gagné des voix et que ces voix ont été supprimées pour que nous n’ayons pas de place (…), il y a des partis aujourd’hui qui ont été représentés au parlement (…), bon je ne rentre pas dans ces détails mais ce qui est sûre nous avons été trichés aux législatives, c’est le mot qui convient. Donc c’est une répétition.

Où est-ce que vous avez été triché ? Dans votre fief en Haute-Guinée ?

Vous savez, il est difficile de parler de fief en ce qui concerne le PDG. Nous sommes partout (…) l’histoire récente des élections et particulièrement durant la deuxième République a révélé par exemple que le PDG a toujours eu plus de voix à Labé qu’à Faranah. Donc les notions qui naissent maintenant là et qui ont en tendance à créer tous les troubles que nous vivons puisque divisant la Nation sur des bases ethniques et régionales, le PDG n’en veut pas, notre parti les combat en réalité. Donc quand vous parlez de fief, c’est vrai que nous avions des zones de prédilections. Guéckédou a toujours été considéré comme la fédération pilote du PDG, Macenta c’était très claire, ils ont dû arracher des bureaux de vote pendant les législatives, les premiers résultats, pour que la comparaison ne soit pas faite. Mais nos militants les avaient déjà récupérés et avaient les procès-verbaux des élections.

Qui vous pointez du doigt alors ?

Nous pointons du doigt le système.

Vous avez soutenu le président Alpha Condé en 2010, en 2015 on ne vous a pas entendu. Aujourd’hui exprimez-vous un regret de l’avoir soutenu quand on sait que tous ces maux que vous avez dénoncés se passent sous son règne ?

Nous ne regrettons rien. Nous ne pouvons pas regretter des positions qui sont prises dans des contextes donnés. Je vous ai dit, quand il y a des évènements conjoncturels nous les analysons sur la base des principes que nous avons. A l’époque, l’analyse de la situation voulait que nous soutenions cette candidature. A l’époque, l’analyse de la situation était claire puisque le peuple de Guinée à  majorité soutenait la position ; donc nous n’avons rien à regretter. Mais nous voyons l’évolution des choses et nous critiquons l’évolution des choses. Aujourd’hui on reste toujours de la mouvance puisque nous avons signé un accord.

N’êtes-vous pas alors complice ou comptable de ce que vous dénoncez ?

Pas du tout !

Alors pourquoi vous tenez à rester dans cette alliance ?

Parce qu’il ne sert à rien de vagabonder, je vais quitter cette alliance pour aller où ?

Pour être peut être indépendant ?

Je suis indépendant et même si je suis dans l’alliance, je suis dans une alliance critique ; la preuve, c’est ce que je vous dis. Cela ne veut pas dire que je  suis sujet parce que je suis dans l’alliance. Je considère que nous sommes en démocratie et même ayant signé avec le RPG-Arc-en Ciel, je conserve cette signature mais cela ne veut pas dire que je ne pourrais pas dire du milieu duquel je suis, voilà ce que le PDG pense ou ce que le PDG sait.

Est-ce que vous irez en alliance avec le RPG-Arc-en-Ciel lors des élections locales ?

Non ! Parce qu’il n’y a pas eu d’entente possible pour le moment en tout cas. Qui sait, c’est vrai que les élections se feront le 04 février. Bon je ne nierais pas qu’une délégation du RPG soit venue nous rendre visite et que cette délégation du RPG nous ait proposé d’aller chacun au premier tour puisque ce sont des élections de deux tours, et qu’au second tour nous nous rencontrerions, là, nous aurions eu cette entente.

Envisagez-vous de faire un premier pas envers le RPG ?

Nous n’avons pas de pas à faire, nous sommes membre de l’alliance. Nous ferons un pas pour quoi ?

Dans la perspective d’un partenariat ?

Non, nous n’envisageons pas ça franchement. Le RPG est venu et nous leur avons dit que ces négociations au second tour peuvent mieux commencer au premier tour. S’il y a des négociations au premier tour, les négociations du second tour se justifient. Vous, vous êtes l’Etat, nous de notre côté nous ne sommes pas l’Etat, nous ne sommes pas le chef de file de l‘opposition et nous n’avons pas les mêmes ressources, alors ne nous fatiguez pas. Si vous  voulez, allons-y au premier tour et discutons des ressources que vous êtes abusivement en train de distribuer partout, peut-être dans ces conditions également on irait au deuxième tour en  négociant. Mais ce n’est pas le cas pour le moment et on attend le retour de l’ascenseur parce qu’on leur a dit ceci. Donc s’ils viennent avec des conditions claires qui sont aussi avantageuses pour le PDG, il n’y a aucun problème, nous sommes prêts à nous associer à tout le monde pourvu que les positions du PDG soient favorisées. Nous n’avons aucun problème.

Où en êtes-vous avec la liste de candidature de votre parti ?

Nous attendons quelques circonscriptions (…), mais la plupart des circonscriptions que nous avons retenues ont déposé leurs listes de candidature depuis.

C’est où par exemple ?

Nous avons dans Boké il y a  Bintimodia, kamsar, Forécariah, Boffa, Siguiri, et d’autres sous-préfectures, il y a aussi dans  Mandiana, il y a Macenta, Beyla Faranah. Nous avons aussi dans Mali-Yembering. La liste du PDG sera défendue à Matoto où nous avons un jeune étudiant diplômé qui est tête de liste. Mais nous ne croyons pas en mettant une tête de proue au niveau de la tête, nous constituons notre liste en fonction de personnes ressources et en connaissance parce que nous y sommes structurés comme à Matoto où nous avons trois fédérations. Ces fédérations sont reparties dans tous les quartiers de Matoto, donc là nous tirons les meilleures personnes ressources pour constituer cette liste-là et elle n’est pas faite tant pour la fanfaronnade, mais elle est faite surtout pour faciliter la gestion de la commune de Matoto après par des personnes qui connaissent et qui vivent les problèmes de cette  commune. Des gens qui sont responsables de marchés qui sont des leaders de jeunesse même si on ne les connait pas par la presse puisque leur travail est plutôt  un  travail de proximité. C’est une élection de proximité et c’est pour cela que vous ne nous entendez pas tintamarrer à travers le pays pour vous dire ce que nous faisons ou pas. Nous faisons le travail pour le peuple de Guinée et ce peuple le reconnaitra pour le PDG.

Votre grande-sœur est candidate indépendante pour Kaloum. Une réaction ?

C’est une réalité et c’est une très bonne chose. Le PDG-RDA favorise et encourage les candidatures indépendantes, cela ouvre la brèche. Puisqu’il y a eu une omerta(…), je vous parlais d’ailleurs d’un système que nous combattons. Dire que ces politiques-là sont venus s’abattre par un mécanisme extrêmement savant qu’ils ont mis en place, une constitution qui ne permet l’expression politique qu’aux partis politiques. La plupart du temps ce sont des partis politiques qui ne sont pas nécessairement dans la voie d’aider les populations.

Est-ce qu’elle vous a consulté avant de poser cette candidature ?

Vous avez dit qu’elle est ma sœur, je suis le frère cadet de Hadja Aminata Touré, candidate indépendante à Kaloum.

Pourquoi elle n’a pas porté les couleurs du parti fondé par votre père ?

Parce qu’elle a estimé qu’elle pouvait mieux rendre en tant qu’indépendante, ceci ne se discute pas et c’est une décision tactique. Cela n’empêche qu’elle soit membre du Bureau politique National du PDG jusqu’à présent.

C’est quand même paradoxal et gênant ?

Gênant pour qui ?

Que l’on dise qu’un membre du bureau exécutif du PDG est candidat indépendant dans une circonscription alors que le parti est là normalement pour présenter des candidats ?

Ce n’est pas gênant et c’est une démarche politique. Cela ne nous gêne à rien  (…), elle a présenté sa candidature avec la liste qu’elle a établie et elle va se battre en tant que citoyenne de Kaloum comme elle le mérite. Son frère que je suis la soutiendrait, on dirait peut-être que le PDG ne la soutiendrait pas mais le secrétaire général du PDG, oui. Les militants du PDG sont des citoyens  et s’ils veulent la soutenir à Kaloum comme son frère la soutient, ils sont libres de le faire. Je ne vois pas pourquoi cela devrait être quelque chose de si grave, il n’y a rien de grave à cela, bien au contraire nous avons foi et nous savons que la gestion de toutes les façons sous elle se fera de manière saine puisqu’elle a un héritage qu’elle préservera là-bas. Donc cette gestion se fera de façon plus ouverte et nous avons foi à ça et cela nous suffit pour avoir confiance. Nous ne nous opposons pas aux candidatures indépendantes alors pourquoi voulez-vous que nous nous opposions  à ça  parce que celui qui la porte est du PDG.

Peut-être qu’il n’y a pas eu d’accord entre vous ?

Puisque vous dites peut-être !

Qui sait ?

Alors je vous dis NON.

Merci Mr Touré !

C’est à moi de vous remercier !

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1 et

BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

Tél.: (+224) 655 31 11 13

Créé le Mercredi 27 décembre 2017 à 18:12

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