Sékou Souapé : « Il faut revisiter la Constitution… »

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Interview
Sékou Souapé Kourouma
Sékou Souapé Kourouma

CONAKRY- Les intentions du camp présidentiel sont désormais connues ! Sékou Souapé, membre du Bureau Politique national du RPG Arc-en-ciel vient encore de réitérer leur intention de revisiter la Constitution. Il s’est confié cette semaine en exclusivité à un journaliste de notre rédaction…

 

AFRICAGUINEE.COM : Pourquoi souhaitez-vous que le Président Alpha Condé aille au-delà de 2020 ?

SEKOU SOUAPE KOUROUMA : Nous sommes un parti, on a conquis le Pouvoir, nous sommes des légalistes, nous ne voulons pas aller à l’encontre de ce que le Peuple décide. Mais les gens s’aventurent dans des débats inutiles en parlant de 2020. Ceux qui parlent aujourd’hui sont ceux-là même qui étaient avec Lansana Conté lorsque la même Constitution a été modifiée. Ils ont fait un référendum, la suite on la connait. Pourquoi ceux qui se disent aujourd’hui champion de la démocratie n’ont pas levé le petit doigt à l’époque pour s’opposer.

Avec le Président Alpha Condé c’est différent parce qu’il a hérité d’une Constitution. S’il estime qu’il y a des choses au sein de la Constitution qui ne collent pas avec la réalité actuelle, il a toute la latitude de proposer une nouvelle loi. Mais le fait de proposer est une chose, adopter en est une autre. C’est pourquoi je dis seul le peuple est juge. Nous sommes des démocrates convaincus, mais personne ne nous imposera sa vue. Parce que la démocratie aussi demande la différence, il faut que les gens nous respectent dans ce pays, qu’on apprenne que si nous respectons l’opposition dans son droit, de son côté, elle doit savoir que nous avons aussi des droits. C’est leur droit de dire non, ils ne veulent pas que la Constitution soit remaniée, mais c’est notre droit aussi de penser qu’on peut apporter des amendements à la Constitution.

Apporter des amendements permettant au Président Alpha Condé de s’éterniser au Pouvoir ?

Ce n’est pas ça qui est important. Nous sommes au Pouvoir, nous souhaitons continuer à gouverner le pays. Il ne faut pas personnaliser la question Alpha Condé à vie.

Mais quand vous dites qu’en 2020 nous aurons le Pr Alpha Condé à Sékhoutouréa, n’est-ce pas que vous vous inscrivez dans la même logique que l’ancien Directeur Général de la police Nationale qui demande une Présidence à vie ?

L’ancien DG de la police nationale est un policier, moi je suis un homme politique. Je m’exprime en tant que politique. J’assume ! Je n’ai consulté personne, le Président ne m’a pas demandé de parler en son nom, depuis qu’il est sorti d’ailleurs, on n’a pas parlé. Moi je sais ce que je fais et j’assume, il faut que ça soit clair pour tout le monde.

Êtes-vous favorables à ce que le Président continue au-delà de 2020 ?

Ce que vous dites c’est du fixisme. On ne peut pas en faire une fixation. J’estime que le Président fait du bon travail dans l’intérêt du pays et de nos populations. Pour moi, il doit continuer. Pour l’instant c’est lui qui est là, il faut le laisser continuer à faire son travail.

Il y a tout de même des limites fixées par la Constitution dont il faut respecter…

Les limites ne sont pas divines. Ce sont les Hommes qui ont créé ces limites. Si on a créé ces limites, on peut les remodeler. Ce ne sont pas des limites naturelles, ce n’est pas comme la forêt et le Foutah, ce n’est pas comme la bassecôté et la haute Guinée. Les limites constitutionnelles dont vous parlez ce sont les gens qui les ont fabriquées. Et puis les circonstances dans lesquelles ces limites-là ont été fabriquées, vous le savez plus que moi. C’est une junte venue par effraction au Pouvoir qui n’a pas organiser des élections pour avoir une Assemblée Constituante. Les gens ont été triés par des critères qui sont très discutables. Cette Constitution a été promulguée par quelqu’un qui n’a jamais été élu par aucune fraction de notre peuple.

Il a des souvenirs douloureux dans les pays où les Présidents en exercice ont voulu modifier la Constitution pour briguer d’autres mandats. N’avez-vous pas des craintes d’une contagion ?

Il n’y a pas de souvenir douloureux. L’exemple à date c’est la Côte d’Ivoire. Il y a une Constitution sur laquelle Alassane a été élu, mais Alassane a proposé une nouvelle Constitution. S’il veut, il se présente, s’il ne veut pas il s’en va. Mais aucune contrainte constitutionnelle ne lui est posée pour qu’il ne puisse pas se représenter. Alors où est le souvenir douloureux ?

Au Burkina Faso à côté, au Burundi plus loin…

Non, au Burkina il y a eu plusieurs modifications, c’était le quinquennat, ensuite le septennat… Je suis mieux placé pour parler de ce pays pour avoir vécu là-bas très longtemps. Il y a eu plusieurs remaniements. C’est peut-être la tentative de la troisième réforme qui a créé des problèmes (…). Il faut revisiter la Constitution, je ne personnalise pas le débat. Même aux Etats-Unis, il y a eu combien d’amendements de la Constitution. Est-ce que cela a été considéré comme un acte antidémocratique ? Donc on n’a pas à nous dicter ce que nous devons faire dans ce pays.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 21 décembre 2017 à 8:41

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