Mamadi Touré : « Si les guinéens sont maltraités aux Etats-Unis, on élèvera le ton… » (Interview)

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Interview
Mamadi Touré, Ministre guinéen des Affaires Etrangères
Mamadi Touré, Ministre guinéen des Affaires Etrangères

CONAKRY- Qu’envisage le Gouvernement guinéen pour mettre fin aux expulsions massives de guinéens vivants aux Etats-Unis ? Le nouveau Chef de la Diplomatie guinéenne vient de clarifier la position de Conakry dans ses relations avec Washington. Mamadi Touré a prévenu que la Guinée ne tolérera pas la violation des droits de ses concitoyens. Le Ministre des Affaires Etrangères s’est confié cette semaine en exclusivité à notre rédaction…

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez présidé le mercredi 29 novembre dernier la réunion des Ministres des Affaires Etrangères de l’UA et de l’UE. Sur quoi ont porté essentiellement les discussions ?

MAMADI TOURE : Comme vous le savez, le thème de ce 5è sommet Union Africaine-Union Européenne porte sur l’investissement dans la jeunesse. Ce qui est similaire au thème que l’Union Africaine a choisi cette année. Je viens de présider la réunion ministérielle Union africaine union européenne en préparation du sommet. Là nous avons fait valoir que les défis auxquels la jeunesse africaine est confrontée aujourd’hui ne peuvent ` être relevés que s’il y a des investissements concrets, conséquents dans l’éducation, la santé, la création d’emplois et d’opportunités économiques.

D’après les échanges que nous avons eus, nous sommes confiants qu’il y aura des engagements forts substantiels dans ce domaine pour que la jeunesse africaine puisse réaliser son potentiel. Le thème de l’union africaine pour l’année 2017 porte sur le dividende démographique c’est-à-dire investir dans la jeunesse et faire en sorte que les jeunes soient en meilleure santé, mieux éduqués et qu’il y ait plus d’opportunités d’emplois. Ceci nous permettra de les garder chez nous, de ne pas les laisser aller mourir dans la méditerranée ou dans le désert en Afrique du nord. Donc, nous comptons beaucoup sur ça ; Et le message depuis le sommet dernier est très fort. Nous y travaillons dessus. En Guinée par exemple, avec le ministère de la jeunesse, nous sommes en train de travailler étroitement pour obtenir le dividende démographique.

Ce sommet suscite assez d’engouements. Des engagements forts ont été pris. Selon vous qu’est-ce qu’il faut pour que ces engagements-là soient respectés ?

Exactement, vous verrez dans la déclaration qu’on a mis l’accent sur le suivi et la mise en œuvre de cette déclaration. Parce qu’il ne suffit pas de prendre des engagements. La jeunesse africaine est en train de voir ce qui se passe, ce qu’on promet pour eux. Il faut qu’on soit capable de remplir cette mission. C’est pourquoi nous avons dit aux européens que c’est vrai que la migration illégale chez eux est un problème, mais c’est aussi un problème chez nous. Parce que nous perdons notre jeunesse.

C’est pourquoi nous avons insisté aujourd’hui, contrairement à ce que la Libye qui a voulu faire taire cette question, pour qu’il y ait une déclaration sur la situation des migrants africains en Libye. Il y a eu des tentatives de décourager ou de passer sous silence, mais nous avons tenu et insisté pour qu’il y ait une déclaration dans la mesure où les nations-Unies, l’union africaine, le Président Alpha Condé lui-même en tant que président en exercice de l’UA ont fait des déclarations demandant qu’il y ait des enquêtes pour qu’on fasse la lumière sur qui est derrière ce trafic. On ne peut pas soutenir l’impunité sur des actions horribles d’un autre âge. Nous sommes en train de travailler sur le texte et la déclaration sera publiée.

Les enjeux de ce sommet c’est aussi la sécurité, la paix et les migrations illégales. Qu’est-ce que les deux continents entendent faire pour les surmonter ?

Il faut créer les conditions pour que nos jeunes restent en Afrique. C’est ça le point fondamental. Parce que ce n’est pas avec la joie du cœur qu’ils prennent ces risques pour aller en occident. C’est parce qu’ils n’ont pas d’opportunités. Donc, c’est sur ça que nous devons travailler, leur créer des opportunités pour que eux-mêmes se disent qu’ils restent chez eux.

La Guinée préside la conférence des présidents de l’UA. Ce matin vous avez déclaré qu’il faut se départir de ces relations anachroniques et s’investir dans des partenariats gagnant-gagnant. Qu’est-ce qu’il faut à votre avis pour réussir ce pari ?

Ce qu’il faut pour ça c’est ce qu’on est en train de chercher. Nous cherchons des investissements gagnant-gagnant parce que quand les européens viennent investir chez nous, ils gagnent, nous aussi devons gagner. Il faut dépasser cette question d’assistance, d’aide. L’aide est bien mais c’est jusqu’à un point. On ne peut pas vivre éternellement d’aides. Il faut qu’il y ait des investissements dans le pays. C’est ce qui va créer des opportunités d’emplois. C’est ce message que nous avons véhiculé. Et j’ai martelé aujourd’hui qu’on ne veut plus de cette relation anachronique. On ne peut pas continuer à tendre la main, nous voulons que les européens, secteur privé comme le secteur public viennent investir puisqu’il y a des opportunités d’investissement en Afrique. Ils gagneront, nous aussi nous gagnerons.

Vous avez tantôt évoqué la situation des migrants africains en Libye, aujourd’hui beaucoup de nos compatriotes sont bloqués dans ce pays où ils attendent d’être rapatriés. Qu’est-ce qui est envisagé par le Gouvernement pour faciliter leur retour rapide au bercail ?

Le ministère des affaires étrangères a fait une déclaration. On s’en tient à cette déclaration. Vous la lirez et vous la comprendrez. La position guinéenne est très claire. Nous sommes très conscients des problèmes que nos compatriotes ont, mais nous allons tout faire en coopération avec l’OIM (organisation internationale pour les migrations) pour leur retour dans de meilleures conditions. Chaque fois que l’occasion se présentera, nous réitérerons cela aux autorités de ces pays.

Les relations entre la Guinée et les Etats-Unis se sont beaucoup refroidies ces derniers temps. Où est-ce qu’on en est dans la résolution de cette crise ?

Si vous vous souvenez, j’avais été au Département d’Etat à Washington, nous avons eu des discussions franches. Nous étions accusés de ne pas coopérer avec leur politique d’immigration. Je les ai rassurés, j’ai proposé un nouveau départ. Ils en étaient très heureux parce que je les ai rassurés en leur disant que nous allons respecter la loi d’immigration des Etats-Unis. Nous ne pouvons pas nous opposer à une loi qu’ils ont votée, mais nous allons à notre niveau créer toutes les conditions possibles pour un retour de nos compatriotes dans la dignité.

Quand vous dites un retour dans la dignité cela inclus quoi ?

Si les guinéens sont maltraités, on élèvera le ton. Mais on ne peut s’opposer à leur expulsion. On veut que les expulsions soient faites dignement.  

Est-ce qu’il y a une politique envisagée par le Gouvernement pour faciliter leur réintégration dans notre pays une fois leur rapatriement ?

Dans le domaine de la réintégration, nous n’avons pas encore les moyens de cette politique. Mais nous en sommes conscients, avec les moyens, il y a aucun doute que le gouvernement essaiera d’apporter son assistance.

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Envoyé spécial Africaguinee.com à Abidjan

Tél. : (00225) 88 94 05 28

Créé le Dimanche 03 décembre 2017 à 16:35

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