Le Canada prévoit un afflux de demandeurs d'asile fuyant les Etats-Unis

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Amérique du Nord
Demandeurs d'asile rentrés illégalement au Québec-Crédit AFP
Demandeurs d'asile rentrés illégalement au Québec-Crédit AFP

Le Canada se prépare à accueillir des dizaines de milliers de demandeurs d'asile fuyant les Etats-Unis où leur statut spécial va disparaitre d'ici mi-2019, après l'arrivée d'une première vague plus tôt cette année.

"Nous nous sommes préparés pour tous les scénarios imaginables", a assuré mardi Ralph Goodale, ministre canadien de la Sécurité publique, après la décision de l'administration américaine de résilier à compter du 22 juillet 2019, le statut de protection temporaire (TPS) octroyé après le tremblement de terre de 2010 à quelque 58.700 Haïtiens.

L'évocation d'une telle suppression au début de l'été avait suffi à jeter sur les routes, en direction du Canada, des milliers de Haïtiens vivant aux Etats-Unis sous ce statut.

Depuis le début de l'année, près de 17.000 personnes vivant aux Etats-Unis ont franchi de façon irrégulière la frontière canadienne pour y demander l'asile, selon les données des services de l'immigration.

Au plus fort de la vague, en juillet et en août, des centaines de personnes ont traversé quotidiennement la frontière à travers des zones boisées pour éviter les points de contrôle officiels.

Au total, quelque 321.000 Haïtiens, Nicaraguayens, Honduriens et Salvadoriens bénéficient actuellement du TPS mais l'administration américaine a tranché: Haïtiens et Nicaraguayens vont le perdre courant 2019 tandis que le sort des Honduriens et des Salvadoriens est encore dans la balance.

Outre tenter d'obtenir un statut de résident permanent aux Etats-Unis ou de rentrer dans leur pays d'origine, ils peuvent essayer d'ici la date butoir de trouver une autre terre d'accueil. Pour la majorité, le Canada représente cet eldorado.

Avec l'afflux cet été, le gouvernement fédéral canadien avait renforcé ses effectifs aux frontières et construit des refuges temporaires pour avoir le temps nécessaire de monter les dossiers de demandes d'asile et désengorger les centres d'hébergement.

- 'On gère encore la crise' -

Mais cela n'a pas suffi, a assuré à l'AFP Jean-Pierre Fortin, président du syndicat canadien des douanes et de l'immigration, déplorant un manque d'effectifs pour traiter les demandes. "A l'heure actuelle, le système, au niveau de l'immigration, est engorgé. Donc, on gère encore la crise" de la vague estivale.

La Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) a repoussé l'examen de tous les nouveaux dossiers au 1er juin 2018 alors qu'elle met habituellement 60 jours pour juger de la recevabilité des demandes, a-t-il expliqué.

Et, malgré la "période hivernale", de 60 à 70 demandeurs d'asile arrivent encore chaque jour en provenance des Etats-Unis.

Pour M. Fortin, l'espoir et "la bonne nouvelle" pour le Canada viennent du délai accordé aux populations concernées (janvier 2019 pour les Nicaraguayens, juillet 2019 pour les Haïtiens), ce qui devrait laisser l'opportunité aux autorités canadiennes "d'augmenter les ressources de façon significative".

Avis partagé par Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d'Haïti, organisme de la diaspora de Montréal venant en aide aux nouveaux arrivants.

"La seule chose que je puisse espérer" est que les responsables politiques ont tiré les conséquences "de ce qu'il s'est passé cet été" et qu'ils mettront en place "les choses nécessaires" pour éviter un engorgement des centres d'hébergement d'urgence, a-t-elle confié à l'AFP.

"La quantité de Haïtiens, et pas seulement de Haïtiens, qui vont vouloir venir au Canada va augmenter, c'est sûr", a-t-elle relevé.

Le gouvernement fédéral canadien ne veut pas céder à la panique et le ministre de la Sécurité publique espère un coup de pouce de l'administration du président Donald Trump.

"Les Américains nous ont indiqué (...) qu'ils feraient tout pour nous prévenir. Et ils semblent, d'après l'annonce (de lundi), vouloir prendre une approche graduelle et accorder des sursis (...). C'est donc très apprécié", a souligné M. Goodale.

"Nous serons évidemment prêts à faire face aux circonstances. Nous mettons en place depuis un certain temps, de concert avec les provinces et les municipalités, un plan d'urgence pour nous assurer (...) que nous appliquons toutes les lois canadiennes et (...) respectons les obligations internationales du Canada en vertu des conventions internationales", a-t-il assuré.

AFP

Créé le Mercredi 22 novembre 2017 à 6:20

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