Aissata Barry raconte : "comment j’ai été violée par un groupe de militaires… "(vidéo)

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Affaire 28 septembre 2009

CONAKRY- C’est un témoignage choc à vous couper le souffle ! Aissata Barry, la trentaine, victime du 28 septembre 2009 nous a livré son histoire ! Celle d’une femme séquestrée, violée, bastonnée, humiliée le 28 septembre 2009 par des militaires. Son récit témoigne de la barbarie qui s’est produite le 28 septembre, jour où des milliers de personnes se sont rassemblées au stade du même nom pour exprimer leur opposition à une éventuelle candidature de Moussa Dadis Camara, à l’élection présidentielle. Lisez son témoignage…

« A ma connaissance, trois militaires m’ont violé à la tribune du stade jusqu’à 19 heures. Je me souviens c’est à l’appel du muezzin pour la prière de 19 heures que je suis sortie. Un autre militaire m’a sauvé. Il m’a trouvé nue, il a enlevé son t-shirt civil pour me le donner à porter. Il m’a relevé, il y avait un pantalon qui traînait à côté, et me l’a donné. J’ai porté ça. Il a promis de nous aider à quitter le stade. Il nous a regroupé dans un coin isolé je crois que nous étions au nombre sept dont deux hommes. Il est parti.

Mais des militaires nous ont trouvé là-bas. Ils ont pris les deux jeunes adolescents qui étaient parmi, ils les ont fusillés sous nos yeux. L’un d’entre eux est tombé sur moi. Après ils nous ont ordonné de rire. On a ri. Ils ont tiré sur un troisième. Ils nous ont enjoints à nouveau de rire. Les autres ont ri. Moi j’ai refusé. L’un des militaires, a pris son arme et l’a braqué contre moi sur la tempe. Ils nous insultaient en nous traitant de putes de Hamdallaye-Bambéto. Quand j’ai refusé de me soumettre à leur injonction, il a tiré au-dessus de mon oreille. La balle est allée écraser le mur derrière moi. La déflagration a déchiré les habits que je portais. J’ai eu des blessures un peu partout sur le corps. Ce groupe de militaires nous a laissé là-bas avec les corps des personnes qu’ils ont tués.

Quelque temps après, celui qui nous aidait est venu nous chercher. On est sorti. Quand il apercevait ses collègues, il faisait semblant de tirer  en braquant son arme contre nous. Quand ce groupe-là passe, on continue. Arrivée à la sortie du stade, on a croisé un autre groupe de militaires qui nous ordonné de ramasser les corps qui jonchaient çà et là pour leur permettre de passer. On a ramassé ces corps. Après ils m’ont pris et m’ont mise de côté en me donnait une grenade. Mais je ne savais c’était quoi. Quand le militaire qui nous aidait à sortir est venu me trouver, il m’a demandé qui m’a donné cet objet. Je lui ai répondu que ce sont les militaires qui nous ont séquestrés pour ramasser les corps. C’est ainsi qu’il m’a dit de lui donner la grenade doucement. Après il est allé la déposer dans un fossé. On a transporté beaucoup de corps, j’étais très épuisée. Mais il fallait continuer pour sortir du stade.

En sortant, d’autres militaires qui nous ont aperçus ont tiré entre nous. Je suis tombée. Un d’entre eux est venu dire qu’il m’a reconnu et a menacé de me tuer. Mais heureusement, il n’avait plus de munitions. On est sorti. Vers Dixinn, ils avaient installé un haut-parleur, ils faisaient jouer de la musique. Ils avaient déshabillé des hommes et femmes et leur demandait de danser, leurs armes braqués sur eux. On s’est faufilé, ils ne nous ont pas aperçus. Mais une fois dans le quartier, j’étais avec un jeune, on a croisé un militaire cagoulé. Il nous a intimé de se coucher par terre. Il a pris son arme et l’a braqué sur nous. Il m’a donné un coup de cross. Il s’est arrêté sur nous en menaçant de nous tuer. Le jeune avec lequel j’étais, avait beaucoup de cartes d’identités qu’il avait pris dans les poches des gens tués lorsqu’on ramassait leurs corps. Il nous a fouillé et retirer tout ce qu’on avait, y compris les cartes, il est parti.

Depuis ce jour, je suis restée alitée pendant un an huit mois à l’hôpital Mère et enfants. On m’a évacué à Dakar. De Dakar, on m’a amené en Mauritanie. Un jour, j’étais couchée, des militaires sont venus entrer avec leur tenu. Quand je les ai vu, j’ai cru c’est le 28 septembre. Je suis tombée mon pied s’est fracturé. J’ai appelé Mouctar Diallo (opposant), il m’a envoyé de l’argent pour mes soins. Mais ça n’a pas suffi. Quand ça s’est amélioré, je l’ai rappelé pour le supplier de m’envoyer de l’argent pour rentrer. Mais depuis mon retour, à AVIPA, on me dit qu’ils vont envoyer un médecin psychologue alors que mon mal se trouve au pied. Les fers qui se trouvent dans mon pied me fatiguent alors que le délai qu’on m’avait donné a expiré. Il y a des boutons qui apparaissent à chaque moment sur mon pied et ça pue. Actuellement je ne peux pas me mouvoir de ce côté depuis que la date qu’on m’a donné a expiré. Je suis en train de devenir myope, je ne vois plus clairement. Je lance un appel aux bonnes volontés de nous venir en aide. Nous demandons justice.

Moi j’ai perdu mon avenir. J’ai perdu mon premier foyer. Après le 28 septembre, quand mon mari a su que j’ai été violée le 28 septembre, il a divorcé ».

Propos recueillis par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 28 septembre 2017 à 18:19

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