Grande Interview : retour sur le destin de Mme Hassanatou Diallo, conductrice de taxi interurbain…

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Interview
Madame Hassantatou Diallo
Madame Hassantatou Diallo

LABE- Née dans le district de Gaya, sous-préfecture de Dara-Labé, Mme Hassatou Diallo 48 ans est cette dame au destin unique en Guinée. Conductrice de véhicule de transport en commun interurbain depuis près d’une décennie, cette veuve et mère d’une fille nous a ouvert ses portes à son domicile privé situé à Garambè à 12km du centre-ville de Labé. Dans cet entretien à bâton rompu, madame Diallo est revenue sur son histoire et ses ambitions. Son histoire est unique, Hassanatou Diallo l’a partagée avec nous… Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes l’une des rares conductrices de taxi interurbain en Guinée. Qu’est-ce qui vous motivé à faire ce choix ?

HASSATOU DIALLO : Tout est parti d’un fait, quand un chauffeur que j’avais employé dans l’unique taxi que j’avais à l’époque voulait me dicter sa loi, en s’imposant sur moi et faire ce que bon lui semble jusqu’à même me refuser l’utilisation personnelle du véhicule dans mes courses. Le véhicule roulait sur l’axe Labé-Conakry. Quand j’ai commencé le chantier de mon domicile actuel, j’avais dit au chauffeur de renoncer à ses voyages sur Conakry pour une semaine afin qu’il m’aide à transporter le ciment, il m’a dit qu’il n’est pas disposé à faire ce travail. Ce jour même il a donné le prétexte qu’il voyageait sur Conakry. J’étais obligée de trouver un autre taxi pour convoyer les ciments, ce qui fut fait. C’était un mois d’Août, au chantier, les maçons ont travaillé jusqu’à 15heures il n’y avait aucun abri pour le matériel, une forte pluie s’est abattue ce jour, j’ai perdu 3 sacs de ciment. Moi-même suis tombée malade sous l’effet de la pluie. J’ai cherché quelqu’un qui m’a ramené en ville, de passage devant la gare routière j’aperçois mon taxi garé, j’ai compris que le chauffeur m’a menti, il n’avait pas voyagé, je m’approche, je trouve qu’il écoute la musique à fond avec des jeunes filles. Je lui ai juste dis de passer me voir à la maison le lendemain. C’est ce jour et c’est à cause de tout ce que j’ai subi de la part de mon chauffeur que j’ai décidé de conduire mon taxi moi-même.

Le chauffeur est venu le lendemain, je lui ai dis de me rendre la clé du vehicule pour quelques jours, il a demandé la période je lui ai dis jusqu’à ce que je finisse mon chantier, le matériel sera convoyé dans le véhicule. C’est comme ça que je me suis séparé du chauffeur, parce que ça ne sert a à rien d’avoir un bien qui ne servira à rien.

Vous n’aviez jamais conduit auparavant ?

La décision était prise, je m’étais dit soit je conduis le vehicule, soit je meurs dedans. Un bon matin j’ai eu besoin d’aller à Timbi madina à 35 km de Labé. J’ai dis à un autre chauffeur de m’accompagner. Quand nous sommes sortis de la ville, j’ai demandé à ce qu’il me montre comment bouger, il m’a expliqué, du coup j’ai réussi à faire bouger le vehicule sans problème, nous sommes allés jusqu’à Timbi, j’ai traité mon programme, j’ai repris la direction pour le retour jusqu’à mon domicile. Il m’a expliqué tous les détails, c’est la vitesse arrière qui me fatiguait mais finalement je me suis habituée. Je me suis dis tout s’apprend. Le lendemain j’ai pris le vehicule direction le grand marché de Labé pour acheter les ciments encore. Arrivée au carrefour GTZ , vous savez où l’occupation anarchique ne dit pas son nom dans le marché de Labé, à ce niveau j’ai enlevé la vitesse, laissant le moteur en marche, mon pied sur le frein j’ai traversé le marché par la descente avec beaucoup de klaxon jusque devant le magasin où j’ai pris le ciment. J’ai chargé tout ce dont j’avais besoin pour le chantier, je suis partie sans problème au chantier, les ouvriers étaient impressionnés de me voir venir avec la voiture. Finalement le vehicule restait là quand il pleut je monte avec les ouvriers nous abriter dedans, au bout de quelques jours j’étais vraiment habituée.

Vous aviez en projet de faire le transport inter urbain ? 

Il n’y a pas mieux que de conduire pour soi, je me suis sentie à l’aise quand j’ai compris que la vraie indépendance c’est de se conduire. Je bouge quand je veux, je gare là où bon me semble, je traite mes affaires sans me heurter à quelqu’un, mes programmes se déroulent normalement. La paix du cœur je l’ai trouvé ainsi.

Avant quand je voyageais avec de la marchandise à Boké et ses environs, les chauffeurs qui m’accompagnaient me mettaient la pression alors que je suis en train de faire mon commerce, ils m’obligeaient à revenir sans que je ne finisse mes programmes, ils me demandaient des frais d’hôtel, tout ça j’ai compris c’est parce que ce n’est pas moi qui conduit. C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de quitter Labé dans le véhicule aller à Boké et partout dans le pays sans l’aide de quelqu’un. Je prends des passagers qui me paient les frais de transport, parallèlement à mon commerce. J’envoie souvent des habits traditionnels à Boké, à Sagarédji, Kamsar partout en basse côte et je rachète de l’huile de palme ou des chèvres que je revends à Labé ici. Maintenant comme je suis devenue indépendante dans la conduite je vais partout sans problème d’où ma carrière de conductrice de transport en commun. Partout où je veux aller maintenant je pars au syndicat charger et prendre des passagers pour aller tranquillement.  Quand j’arrive à destination je prends tout mon temps, je vends ce que j’ai à vendre, je reprends la route quand je suis prête, aucun chauffeur ne me fera la pression ou me menace.

Le véhicule que je détiens aujourd’hui a 5 ans déjà, c’est mon deuxième dans le transport en commun. Lorsque je terminais mon chantier, j’avais déjà finis de maitriser le véhicule et la conduite. Je suis dans le transport en commun depuis bientôt 10 ans. C’est comme ça que c’est venu mon initiative. J’ai construis grâce à ce métier, j’ai déjà un champ ici également, vraiment je rends grâce au bon Dieu, depuis que j’ai commencé à traverser le pays au volant je n’ai jamais fais eu de problèmes graves que je ne peux régler, et Dieu me sauve des accidents de la circulation avec la prudence.

Vous ne rencontrez pas des passagers qui vous sous estiment à la gare routière quand ils se rendent compte que c’est une femme qui doit les conduire ?

(Éclats de rire). C’est vraiment fréquent cette appréhension des uns et des autres. Beaucoup le disent dans les gares, chez d’autres aussi je le vois à travers leur visage qu’ils me sous estiment. Mais je leur dis toujours de rester sereins et voir si ma conduite convient à défaut ils peuvent changer.

Au fur et à mesure que nous avançons ils se rendent compte que je suis très prudente dans la circulation. Beaucoup me disent vous êtes une femme mais nous vous préférons par rapport aux jeunes chauffeurs qui prennent des stupéfiants avant de démarrer leur véhicule. Vous savez que c’est rare que les femmes forcent la situation dans la conduite.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le transport en commun ? 

Des difficultés arrivent partout mais avec mon véhicule je planifie presque tout avant de voyager. Des multiples pannes surviennent suite à des négligences, moi je ne badine pas à remplacer mes roues, je ne badine pas avec le carburant, je règle tout. Un autre angle très important, contrairement à beaucoup de chauffeurs, je n’utilise pas l’argent des passagers tant que nous n’arrivons pas à destination, quand le syndicat fini de charger mon véhicule, je mets le transport des passagers de côté, je carbure mon véhicule la plupart du temps la veille de mon départ, les droits du syndicat aussi. Je ne touche à leur argent que quand nous arrivons à destination. Si vous utilisez l’argent des passagers en cas de panne vous ne serez pas en mesure de rembourser le transport, finalement vous fatiguez tout le monde. Ce qui oppose beaucoup de chauffeurs à leurs passagers. De mon côté quand je tombe en panne, je trouve que l’argent des passagers est encore disponible, je calcule le transport entre le lieu de panne et la destination. Je donne à chaque passager le montant requis, il continue, je cherche à arranger tranquillement mon véhicule pour continuer.

C’est un péché d’utiliser l’argent des passagers avant d’arriver à leur destination, en cas de problème en cours de route vous leur causez des préjudices énormes. C’est inadmissible pour moi. Je ne vois pas un travail aussi difficile que celui de conduire un taxi, tu vas rencontrer des personnes venues de tous les horizons, chacun vient avec son éducation, il faut avoir un moral d’acier pour gérer le tempérament de chaque passager jusqu’à destination. Mon rêve aujourd’hui c’est d’avoir un véhicule Toyota 4*4 tout terrain avec lequel je pourrais aller partout sans difficulté

Les transporteurs se plaignent souvent de la tracasserie policière, êtes vous aussi souvent victime ?

Bon à ce niveau aussi, je suis sauvée, je ne me rappelle pas d’un cas où un policier m’a empêché de passer à cause de l’argent. A tous les barrages, dès que j’arrive, les agents me voient, ils m’enlèvent la corde, ensuite je mets toujours en règle tous les papiers nécessaires (assurance, permis, vignette y compris l’extincteur à gaz, les triangles rouges). Il y  a suffisamment de respect entre nous

Dans votre famille, est-ce que tout le monde est d’accord que vous conduisiez  un taxi ?

Ce n’est pas le souhait de mes parents, mais comme je vous ai expliqué au début, je n’avais pas le choix, il fallait que j’apprenne à conduire pour être plus libre et être maîtresse de moi-même sur le terrain. Même si vous avez mille véhicules, si vous ne savez pas conduire dites vous que vous ne serez jamais libres, ils vont vous trainer partout alors que vous êtes le propriétaire de véhicule.

Je n’avais pas demandé l’avis de quelqu’un, mais aujourd’hui  je pense que tout le monde accepte. Je suis issue d’une vaste famille, je suis l’ainée, notre père est décédé tôt, il fallait que je prenne le  destin de la famille en main, des jeunes élèves, des sœurs chacun avait un besoin, tout le monde se tourne vers la grande sœur, pour demander tout, j’étais obligée d’assumer. J’ai eu la chance d’être mariée tôt mais j’avais dis à mon mari qu’il fallait qu’il me permette de faire mes activités habituelles, il m’a compris dans ce sens et on s’est marié.

Quel âge avez-vous et vous avez combien d’enfants ?

Cette année j’ai mes 48 ans, j’ai une seule et unique fille dans ma vie, je me suis battue pour qu’elle fasse de bonnes études, elle est partie mémoriser le coran dans un centre islamique à Dakar, elle a été diplômée en 2016, je suis fière d’elle, parce qu’elle m’a écouté comme moi je n’ai pas eu la chance d’étudier, j’ai demandé à ce qu’elle étudie. Actuellement elle est en phase d’être mariée. Tout le nécessaire est fait, c’est l’annonce du jour du mariage que nous attendons. Un enfant unique surtout une fille doit recevoir une bonne éducation sinon c’est une chute libre dans la vie. Si j’avais dis qu’elle est unique et qu’il faut la traiter comme l’enfant chérie, j’aurais contribué à détruire sa vie.

C’est quoi votre rêve ?

La dernière chose que je tiens à avoir dans ma vie, c’est d’aller à la Mecque, je prie Dieu d’exaucer ce vœu. Quand mon pèlerinage aura lieu et que ma fille sera mariée, je resterais tranquille à la maison pour attendre ma mort.

Vous êtes devenue une star, partout où vous passez à travers la ville de Labé, les gens vous indexent, certains vous serrent la main. Ça vous quoi tout ça ?

(Éclats de rire). Oui c’est une réalité, quand je passe quelque part, les gens disent voilà la femme qui fait le transport en commun. Je suis devenue comme vous les journalistes (éclats de rire), on me salue, on m’offre des cadeaux que je ne veux pas prendre mais je suis tenue obligée  de prendre de peur d’être traitée d’arrogante. Des personnes qui avaient entendu parler de moi, me voient et me disent Mme vraiment c’est une fierté de vous voir, vous êtes brave, en vous seule il y a 15 hommes réunis. Donc je suis flattée et honorée par tout le monde. D’autres me demandent pourquoi je suis armée de courage jusqu’à faire le transport en commun.

Généralement vous conduisez la journée, la nuit ou bien c’est le terrain qui commande ?

Je conduis la journée et quelques fois la nuit mais c’est rare. Le plus souvent quand la nuit tombe je cherche à bien garer et dormir jusqu’au lendemain. Je préviens régulièrement mes passagers que je ne roule pas la nuit. Parce que je ne suis pas comme les hommes qui ont des vices qui leur permettent de garder les yeux ouverts. Avec l’état de nos routes le mieux est de dormir ou bien si vous êtes emportés par le sommeil alors que vous avez plusieurs âmes dans votre véhicule, vous serez responsables de ce qui arrive. Ce qui fait que je sors tôt le matin et je gare à partir de 19h ou 20heures plus tard. A bien d’endroits j’ai un frère ou une sœur quand la nuit tombe je passe la nuit chez eux avec mes passagers, le matin nous continuons

Votre dernier mot ?

Le message c’est d’abord à l’endroit des femmes. Chères femmes levez-vous pour accompagner vos maris, aujourd’hui la vie est dure, si vous attendez tout des hommes vous ne serez pas d’accord, apportez votre contribution à la vie familiale, les hommes ne peuvent pas tout. Bien que certains hommes ne veulent pas que leurs femmes travaillent alors qu’ils ne peuvent pas tout faire. Je prie Dieu qu’il nous change ce temps dur que nous traversons dans ce pays, qu’il donne l’occasion de voir un lendemain meilleur et que l’unité soit l’arme du peuple. Je prie Dieu de nous donner des chefs qui aiment le peuple de Guinée, qui aiment le bonheur, des dirigeants honnêtes, des citoyens tolérants qui s’aiment aussi

Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions Mme Hassatou Diallo…

Je vous en prie, j’avoue que vous utilisez un secret pour me faire parler sinon je suis très discrète, j’évite partout où on parle (éclats de rire). Merci pour tout aussi, que Dieu vous bénisse.

 

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 657 41 09 69

Créé le Mercredi 27 septembre 2017 à 9:29

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