Exclusif : Kassory Fofana dit tout sur l’accord signé entre la Guinée et la Chine… (Interview)

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Interview
Dr Ibrahima Kassory Fofana, Ministre d'Etat guinéen chargé des partenariats publics-privés
Dr Ibrahima Kassory Fofana, Ministre d'Etat guinéen chargé des partenariats publics-privés

CONAKRY- Que prévoit l’accord cadre signé le mardi 5 septembre dernier entre la Guinée et la Chine ? Qu’est-ce que la Guinée pourrait tirer de cet accord qui porte sur un montant de 20 milliards de dollars ? Le Dr Ibrahima Kassory Fofana, Ministre d’Etat en charge des Partenariats Publics-Privés, un des artisans de cet accord, a bien voulu se prêter aux questions de notre rédaction. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : La Guinée a signé ce mardi 5 septembre 2017 un accord cadre de 20 milliards de dollars. Que prévoit concrètement cet accord ?

IBRAHIMA KASSORY FOFANA : L’accord prévoit la mise à disposition de la Guinée de manière progressive sur 20 ans 20 milliards de dollars dont la première tranche est un milliard quatre cents millions, immédiatement mobilisable entre 2017-2018. Ce milliard quatre cent s’adresse au projet d’extension du port de Conakry, la route Coyah Mamou-Dabola, l’une des quatre universités régionales et les voiries de Conakry. C’est la première tranche de l’accord. Nous comptons d’année en année mobiliser au minimum un milliard de dollars. Ça c’est du point de vue des financements.

Le deuxième aspect de l’accord concerne la mise à disposition des entreprises chinoises des ressources minières sur lesquelles on va pouvoir recueillir en termes de revenu l’emprunt contracté. Il y a trois entreprises minières : Chinalco sur les bauxites de Boffa, Henan Chine dans la même zone, la troisième entreprise je ne me souviens pas de son nom. Donc ces entreprises-là vont travailler, elles vont payer les taxes de redevance dues à la Guinée. Sur ces taxes et redevances, la Guinée va progressivement payer la dette qu’elle contracte. L’intérêt de l’accord c’est qu’il permet à la Guinée de disposer dès maintenant des financements pour faire face à ses besoins d’infrastructures.

Que répondez-vous à ceux qui craignent que les mines guinéennes ne soient bradées par la Chine ?

Les mines ne sont pas bradées parce que ce n’est pas en termes de tonnage des mines de bauxite, de fer, d’or ou de carats de diamant, c’est en termes de revenus fiscaux. Car toutes les entreprises qui travaillent, qu’il s’agisse de la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée, Ndlr), de la CBK (Compagnie des Bauxites de Kindia, Ndlr) ou toutes les entreprises que vous voyez paient les droits et taxes à la Guinée. L’accord prévoit que les entreprises chinoises, une partie des revenus que l’Etat va générer en taxe auprès des entreprises, qu’elle soit allouée au remboursement de la dette. L’avantage, c’est qu’il ne s’agit pas de l’argent frais qu’on donne à la Guinée. Ce dont les guinéens auraient pu douter pour dire que la Guinée va gaspiller, il s’agit des projets physiques.

(…) Donc, il n’y a pas de gaspillage là-dans d’un côté, et de l’autre, ce ne sont pas les ressources minières qui sont hypothéquées. Rien n’est hypothéqué ! On n’a pas dit qu’on donne telle mine ou telle autre. Ce n’est pas cela. On donne les concessions dans les règles conformes à notre législation notamment le code minier, au code fiscal guinéen où les taux sont donnés et les gens paient les droits et taxes. C’est sur ces droits et taxes que les banques chinoises seront remboursées des emprunts pour réaliser nos infrastructures.

Quel va être le taux d’intérêt de ces prêts ?

Le taux d’intérêt est un taux commercial mais bonifié puisque l’Etat Chinois est derrière. Le ministre des finances vous parlera ultérieurement des conditions générales de financement en termes de taux. Mais tout ce que je puis vous dire, c’est que nous avons des taux en deçà des conditions du marché.

Quelles ont été les conditions et exigences de l’Etat chinois ?

Les conditions c’est de faciliter l’accès en termes de convention aux entreprises chinoises désireuses de travailler dans nos mines. Vous voulez qu’on vous donne le permis de prospection, vous financez la prospection, la recherche. Et lorsque les résultats de la prospection sont positifs, vous revenez au ministère, négocier une convention de concession. Le Gouvernement retient une partie du périmètre qui a fait l’objet de recherche, il vous donne l’autre partie, vous constituez la société, vous exploitez, vous payez les droits et taxes. C’est la seule contrepartie que le Gouvernement chinois réclame et demande qu’il y ait une sorte de garantie pour le remboursement de nos emprunts et la cession aux entreprises chinoises des permis de recherche et des conventions de concession qui remplissent nos conditions réglementaires.

A partir de quelle année la Guinée va commencer à éponger sa dette ?

Ça va être sur 15 ans parce que c’est une série de dettes. Ce n’est pas 20 milliards qu’on donne aujourd’hui. Je viens de vous dire que la première tranche c’est 1 milliard quatre cent millions de dollars. Chaque projet aura un accord de financement. Le jour qu’on signe l’accord de financement, l’argent commence à être déboursé, c’est à partir de ce moment-là que la pendule commencera à tourner en terme de délais. Mais globalement, je puis vous parler que nous parlons d’une période de 15 ans par crédit dont cinq années de différé.

Cet accord avec la Chine ne mettrait-il pas la Guinée avec le Club de Paris ou celui de Londres ?

Non pas du tout ! Au moment où je vous parle, la mission du Fonds Monétaire qui est passé à Conakry le mois dernier, a été mise au courant de ce qu’on était en train de faire, notamment le financement au titre de la première tranche. Tous les projets que je viens de citer ont été exposés devant la mission du Fonds et intégrés au niveau des opérations financières de l’Etat. Les projections au titre de l’année 2018 sur l’investissement public comportent ces projets-là.

Au titre de la Banque Mondiale d’ici la fin d’année, vers novembre-décembre, il y aura le groupe consultatif de la Banque Mondiale pour la Guinée à Paris. Ce groupe consultatif conviera également les partenaires chinois, le Gouvernement chinois à travers ses institutions notamment Exim Bank, le syndicat des banques qui prêtent à la Guinée y seront. La représentation du comité de réforme de la Chine sera au même titre que les autres bailleurs de fonds au groupe consultatif pour la Guinée. Ils assumeront leurs engagements sur ces financements-là, il n’y a pas de contradiction.

Peut-on dire que la Guinée se tourne désormais vers la Chine pour son développement ?

Il faut qu’on soit décomplexé. Il n’y pas plus de pays aujourd’hui dans le monde, y compris les plus développés, qui ne se finance pas en Chine. Quand nous prenons les Etats-Unis, les bons du trésor américain pour l’essentiel sont souscrits par la Chine. Ça veut dire que l’endettement des Etats-Unis comporte en grande partie les créances chinoises. Alors ce n’est pas une honte, tous les pays se financent là.

Nous pouvons dire que nous avons une chance et cela grâce à la qualité des relations entre le Président chinois et notre Président. Nous avons de la chance d’avoir eu une oreille attentive du Gouvernement chinois pour accéder à cette demande et pouvoir conclure cet accord important pour la Guinée.

On reproche souvent à la Guinée sa faible capacité d’absorption des fonds. Quel mécanisme comptez-vous mettre en place pour que cet accord profite à la Guinée et aux guinéens ?

Je ne donne pas de garantie étant donné l’état de notre administration publique marquée par l’inefficience, la corruption, la lenteur et tout ce que vous pouvez imaginer. Mais j’ai des instructions du Président de travailler pour un système organisationnel et procédural tel que ces financements puissent être mobilisés dans des conditions optimales d’efficacité. On s’y emploiera.  Je ne suis pas en train de dire que je sois sûr. Mais je suis en train de dire que tout sera fait avec la volonté politique du Chef de l’Etat, l’engagement de l’équipe technique du Gouvernement, l’équipe technique du pool économique, je suis confiant qu’on pourrait arriver à tirer le maximum. Déjà pour les premières tranches, tous les dossiers ont fait l’objet d’étude de faisabilité, ils ont été présentés.

Quel sentiment aviez-vous lors de la signature de cet accord ?

C’est un sentiment de satisfaction et d’espoir. Satisfait parce que la Guinée a désormais les moyens de son développement rapide. Parce que dans le programme du Président sur lequel nous travaillons activement, il veut amener la Guinée à une croissance à deux chiffres. C’est-à-dire à partir de 2020. Je suis fier parce que je suis son principal conseiller économique en ma qualité de Président du pool économique ; Je suis fier de pouvoir dire que nous sommes dans la bonne trajectoire pour atteindre cet objectif important pour la Guinée. Sur la base des résultats de 2016, on était confiant. On a fini l’année avec 6% de taux de croissance, on a fini 2015 avec 6.5% de croissance malgré Ebola. Et on est projeté selon les projections du Fonds Monétaire à terminer l’année à 6.7%. Moi j’ai plutôt l’espoir que la Guinée finira en décembre à un taux de croissance à 7% dans une situation régionale et mondiale plutôt morose. Donc, qu’on soit à 7% pour2017 dans un contexte mondial morose et qu’on ait ce financement pour les années à venir, laisse espérer que la Guinée peut arriver à un taux de croissance appréciable à deux chiffres dès 2020, sinon un peu plutôt. C’est un sentiment d’espoir et de satisfaction.

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 111

Créé le Samedi 09 septembre 2017 à 14:26

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