Washington se fâche contre Conakry : : « 2 140 guinéens ont été notifiés à la déportation… » (Mamady Condé)

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Interview
Mamady Condé, Ambassadeur de la Guinée aux Etats-Unis
Mamady Condé, Ambassadeur de la Guinée aux Etats-Unis

CONAKRY- Le rêve de nombreux guinéens vivants aux Etats-Unis est entrain de se transformer en cauchemar. L’ambassadeur de la Guinée aux Etats-Unis vient de donner le nombre de guinéens prêts à être rapatriés. Mamady Condé revient ici sur les dispositions que ses services sont entrain de prendre pour éviter un bras de fer entre Conakry et Washington. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Excellence Monsieur l’ambassadeur Les Etats-Unis veulent restreindre l’octroi de visas aux guinéens. Comment en est-on arrivé là quand on sait que de nombreux guinéens ont été rapatriés vers Conakry depuis le début de l’année ?

MAMADY CONDE : Chaque pays est responsable de sa politique d’immigration. Les Etats-Unis après qu’on ait accepté de rapatrier les 50 guinéens qui étaient considérés comme criminels ont évolué dans leur politique d’immigration. Ils sont passés à la vitesse en élargissant leur mesure de rapatriement à l’ensemble des immigrés sans papiers. Tous ceux qui ont été notifiés au service d’immigration comme des sans-papiers sont considérés criminels. Ce qui est quand même grave dans la mesure où nous avons beaucoup de nos compatriotes dans cette catégorie.

Home land Security, (le ministère de la sécurité chargé de l’immigration aux Etats-Unis) a dans son collimateur 2140 guinéens notifiés selon eux à la déportation. Ce sont des gens qui n’ont pas été éligibles à la carte verte (green card), qui sont rentrés illégalement par les frontières américaines. Moi je n’étais pas là. J’étais au Mexique où j’ai présenté mes lettres de créances au Président Enrique Peña Nieto. C’est à Mexico que j’ai appris par voie de presse l’intention de Home Land Sécurity à propos des restrictions d’octroi des visas visant notre pays en nous mettant sur une short list de pays non coopératifs pour le rapatriement de leurs citoyens. Très honnêtement j’ai été surpris par cette réaction car à ce jour, notre pays a accueilli 75 personnes rapatriées des Etats-Unis. Ce qui en soit n’est pas rien.

Nous n’avons jamais refusé de recevoir nos citoyens notifiés à la déportation. Sauf que le ministère des affaires étrangères à l’époque avait sollicité que désormais avant tout renvoi, qu’on nous permette d’identifier les personnes concernées pour savoir qui est guinéen et qui ne l’est pas. Mais jamais il n’a été question qu’on refuse de recevoir nos compatriotes. Ce sont nos concitoyens bien que le sujet soit très délicat car ils sont renvoyés sans aucune dimension humanitaire.

Le nombre a grossi aujourd’hui. Et même ceux qui étaient détenteurs de permis temporaire à cause d’Ebola, ce privilège a été supprimé par les américains. Voilà un peu la complication de la situation à notre niveau. Mais il n’a jamais été question de refuser de  recevoir nos citoyens. D’ailleurs de Mexico où j’étais, j’ai travaillé avec le nouveau ministre des affaires étrangères, je crois dans les meilleurs délais des initiatives seront prises pour rétablir l’ordre des choses et faire en sorte que la situation redevienne comme avant. Mais il n’a jamais été dans l’intention de la Guinée de refuser de recevoir nos citoyens. Nous avons un contingent dont la liste a été remise à l’ambassade pour des titres de voyage, après la prise de fonction du ministre, nous allons procéder à l’examen rapide des cas soumis à la partie guinéenne par la partie américaine.

Les autorités américaines reprochent à la Guinée de ne pas coopérer alors que vous nous dites le contraire. Comment expliquez-vous cela ?

On trouve que sommes lents dans l’exercice. Parce qu’en fait, le désir de la partie américaine est qu’à chaque mois, il faut qu’il y ait un convoi de rapatriés. Or il y a un chevauchement dans l’examen des dossiers. Il arrive par exemple qu’on nous dépose 34 dossiers, mais il faut l’autorisation de Conakry, faire l’examen de chaque cas avant de donner le quitus à l’ambassade pour délivrer les titres de voyage. Au moment où je vous parle il y a déjà un nombre pour lequel nous avons délivré des titres de voyage avant même qu’ils ne prennent cette décision. Ceci prouve encore une fois la bonne volonté du Gouvernement guinéen. C’est pourquoi je vous disais que j’ai été surpris. La Guinée n’a jamais hésité un seul instant pour l’examen objectif des dossiers. Nous le ferons parce que ce sont nos citoyens et c’est aussi la décision des Etats-Unis. Quand ils disent qu’ils ne veulent pas d’un citoyen chez eux, ils sont libres dans leur choix.

Quad vous dites qu’il faut vérifier avant de délivrer les titres de voyage, voulez-vous dire que parfois vous rencontrez des cas où des personnes s’identifient comme étant des guinéens alors qu’ils ne sont pas ?

Vous savez il y a des homonymies dans la sous-région ouest-africaine. Un Koné peut être guinéen, malien, ivoirien comme un Barry peut être du Sénégal, du Mali, du Libéria ou de la Guinée etc. Les Diallo, les Condé, les Traoré, Koulibaly on rencontre tous ces noms dans la sous-région. C’est vous dire combien de fois la situation est complexe. Et il faut faire très attention dans l’examen de ces dossiers dans la mesure où beaucoup de choses sont arrivées dans notre sous-région. La Guinée par exemple a accueilli des milliers de réfugiés à un moment. (…). Et avant la biométrie tous nos documents de voyage ont été exposés à la falsification. Il ne faut pas avoir peur de le dire. Maintenant que la biométrie est là, ça nous permet de discipliner les choses et sortir de ces embarras. Nous sommes en train de vérifier au fur et à mesure. Le Gouvernement a envoyé une équipe d’enrôlement de tous les guinéens pour les passeports biométriques. Ce qui va permettre d’éclaircir complètement ce dossier. Après cette opération, tout guinéen détenteur d’un passeport non biométrique ne sera pas reconnu comme étant un guinéen. C’est clair.

Qu’est-ce qui est train d’être fait du côté de Washington pour éviter que la sanction ne soit exécutée ?

Pour le moment c’est une menace que nous sommes en train de gérer. J’ai travaillé sur la question avec le nouveau ministre ainsi que le département. Donc, dès après son installation on va prendre des initiatives pour que tout rentre dans l’ordre. Mais je ne peux pas vous décliner ça tout de suite.

Si la menace de sanction arrivait à prendre effet, quelles vont être les personnes concernées ?

Ecoutez ! Il ne faut pas s’alarmer outre mesure. Il est évident que nous allons prendre des mesures pour circonscrire tout ça. C’est évident que le Gouvernement est conscient de l’enjeu. Nos autorités prendront des mesures adéquates et opportunes en la matière. Mais pour le moment, je ne peux pas vous en dire plus. Etant donné que moi-même j’ai pris le train en marche, je n’ai pas été officiellement notifié, j’ai tout appris par voie de presse.

Mais nos compatriotes doivent désormais être prudents pour l’aventure aux Etats-Unis. Aujourd’hui la donne est devenue très périeuse. Il faut qu’ils comprennent que le rêve américain est en train de devenir un cauchemar. Il faut absolument faire attention. Ceux qui veulent venir doivent prendre toutes les précautions avant de fouler le sol américain. Ceux qui tentent du côté des frontières terrestres doivent arrêter parce que pour moi c’est un suicide et même s’ils arrivaient à rentrer, ils finiront par être arrêtés. C’est inutile.

Pour finir, je voudrai dire que la Guinée et les Etats-Unis sont deux pays amis depuis toujours. Notre pays respectera la décision des nouvelles autorités. On leur demande de préserver l’excellence de notre amitié et de coopération. Les Etats-Unis sont un partenaire important pour la Guinée depuis toujours. Et la volonté du Président de la République est de qualifier ces relations dans l’intérêt de nos deux pays. Parallèlement nous prendrons des initiatives pour rétablir l’ordre des choses.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112 

Créé le Mardi 29 août 2017 à 16:13

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