Conakry : l’enfer des candidats pour le Hajj 2017…

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Reportage

CONAKRY-En Guinée, « les erreurs passées ne servent pas de leçons pour préparer le futur » ! Tout comme les années précédentes, les candidats au pèlerinage à la Mecque traversent un véritable enfer au Centre Islamique de Donka où l’essentiel des travaux liés aux préparatifs est centralisé. Alors que le premier convoi doit bouger ce mercredi 09 août 2017, de nombreux candidats n’ont pas encore été vaccinés. D’autres ont du mal à trouver la tenue retenue pour distinguer les pèlerins guinéens de ceux venus d’autres pays. Désorganisation, confusion, cafouillage, petit business, bienvenu dans l’enfer de certains candidats guinéens au pèlerinage à la Mecque.

Venus d'un peu partout dans le pays, les candidats au pèlerinage 2017 sont confrontés à toutes sortes de difficultés au centre islamique de Donka. Dans ce centre, certains candidats sont massés çà et là, attendant hypothétiquement d'être vaccinés pour certains et d'autres pour l'achat de la tenue. Au même moment vendeurs ambulants circulent même dans les bureaux. Le spectacle est saisissant.

Pénurie de vaccins ?

Selon des informations recueillies sur place, le stock de vaccins emmenés par les autorités de la santé s'est épuisé. Conséquence, des centaines de pèlerins trainent dans les couloirs de ce centre durant des jours sans être vaccinés. Certains y passent la nuit tandis que d’autres se lèvent chaque jour à 4 heures du matin pour espérer arriver à l’heure pour bénéficier du vaccin.

Des candidats au hajj abandonnés à eux-mêmes, dénoncent le manque d'organisation des autorités en charge du pèlerinage. Mamadou Aliou Bah, à la traine dans ce centre depuis des jours, quitte chaque matin Dubréka pour se rendre à Donka juste pour la vaccination. Il exprime son ras-le-bol.

"Chaque fois qu'on vient ici, on nous dit de revenir demain. Chaque jour on quitte à Dubréka KM5 en payant 53.000 francs guinéens pour le transport sans compter ce que nous mangeons, et cela depuis neuf jours. Aujourd'hui encore nous sommes venus, on a trouvé que toutes les portes sont fermées, ils nous ont dit de revenir demain et nous ne savons pas encore ce qui va se passer. En attendant les agences de voyages se préparent, on ne sait pas quand on va nous dire d'aller pour le voyage à la Mecque. Quand on vient, on ne nous dit pas que les vaccins sont finis, on nous dit chaque fois de revenir demain. Nous demandons aux autorités de faire tout pour envoyer des vaccins parce qu'on est tous là à cause de Dieu'', a dénoncé M. Bah interrogé par Africaguinee.com.

« Payer plus de 40 millions de francs guinéens et se retrouver face à de telles difficultés est intolérable », s’essouffle un quinquagénaire venu de l’intérieur du pays aider sa maman qui doit aller à la Mecque pour accomplir le cinquième pilier de l’Islam. Il galère depuis cinq jours au centre islamique de Donka sans obtenir la dose de vaccin.

Souleymane Sow venu de Porédaka dans Mamou a les mêmes difficultés depuis trois jours avec sa pauvre maman. Pour ne rien arranger son cas, son téléphone a été volé dans le cafouillage. Mais jusqu’à présent, sa maman qu’il accompagne n’a pas été vaccinée.

M’Mah Binty Camara, très âgée, traine depuis des jours au centre Islamique. Elle explique qu’un pauvre monsieur a eu le pied fracturé avant-hier dans les bousculades.

« Hier on a attendu jusqu'à 12 heures, ils nous ont dit que les vaccins son finis, on est resté jusqu'à 18 heures, et nous sommes rentrés. Aujourd'hui on s'est levé à 4 heures pour venir ici, ils nous ont encore dit qu'il n'y a pas de vaccins d'attendre demain. Mais le problème s'ils viennent demain, ils travailleront que jusqu'à midi pour raconter autre chose. Certains passent la nuit ici. Hier la pluie nous a trouvé ici, on a attendu sous cette pluie et à midi ils ont arrêté le travail. Ça fait deux semaines que nous venons pour être vaccinés. Hier il n’y a une personne dont le pied s’est fracturé suites aux bousculades des gens qui voulaient être vaccinés. Les gens sont tombés sur lui et son pied a été fracturé. Les autorités doivent nous aider pour qu'on quitte ici dans des bonnes conditions si non ce n'est bon », crie-t-elle. .

Autre problème signalé, c'est la variété des ténues envoyées pour distinguer les pèlerins guinéens de ceux venus d’autres pays. Là aussi quatre variétés de couleurs différentes sont vendues aux candidats sans aucune indication identique. Cette tenue est vendue à 110.000 GNF à chaque pèlerin. Un prix jugé exorbitant par certains pèlerins, qui explique la même qualité est vendue sur le marché à 70.000 Gnf. « Il y a tout un problème autour de l'achat de la ténue. Les gens font la queue pour l'avoir et c'est cher. Hier on l'a acheté à cent vingt mille et aujourd'hui ils ont augmenté dix mille. Ce sont les problèmes que nous rencontrons ici'', raconte une candidate pour le Hajj.

Mais pour d’autres le problème est ailleurs : « Si un pèlerin guinéen se perd là-bas, il n’y a aucun signe indicatif. C’est un véritable problème », s’inquiète un candidat.

Interrogé sur cet état de fait un responsable du secrétariat général aux affaires religieuses a confié qu’un appel d’offres a été lancé pour la fourniture de ces tenues. Et que l’opérateur qui a été retenu aurait accusé un retard. Interpelé par Africaguinee.com, ce dernier n’a pas daigné faire de commentaires.

Les couturiers font leur business en spéculant sur les prix au grand dam des pèlerins abandonnés à eux-mêmes. Les tailleurs n’ont pas de prix fixe. Ils regardent les yeux du client, nous a confié un d’entre eux. Certains d'entre eux expliquent qu’ils ont payé aux organisateurs du pèlerinage la somme de 300.000 GNF pour obtenir le droit de coudre les tenues pour les pèlerins.

Les autorités en charge de l’organisation du pèlerinage n’ont pas accepté de se prêter à nos questions. Concernant l’interruption des opérations de vaccination, on nous a fait savoir que c’est le ministère de la santé qui gère ce volet. Interrogé sur la question, le Dr Sakoba Keita n’a pas fait de commentaires et nous a ramené vers le secrétariat général aux affaires religieuses.

 

Reportage réalisé par Diallo Boubacar &

Thierno Sadou Diallo pour africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 11 12

Créé le Mercredi 09 août 2017 à 11:03

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