Les clés de la victoire pour l’opposition guinéenne

Facebook icon Twitter icon
Libre opinion

Bien que je ne dispose pas suffisamment de temps, vous me permettrez de dire quelques mots sur l'opposition guinéenne. Je le ferai sur deux points essentiels : d'abord sur les raisons des échecs qui la ligotent. Ensuite, sur la manière de trouver le talon d'Achille de ses adversaires.

À vrai dire et il faut vraiment oser le dire, l'opposition guinéenne a un péché mignon : celui de miser sa victoire sur des alliances politiques ou électorales. Oubliant une chose qui me paraît être la plus importante : même si elle n’a pas encore le pouvoir, néanmoins, l’opposition a les moyens de l’avoir et les Guinéens en sont tous conscients. À cet égard, la réussite de la manifestation de ce 02 août est une confirmation assez éclatante.

Tant mieux d’ailleurs pour les organisateurs de cette marche pacifique qui a permis de montrer les "justes parmi les justes". Parce que beaucoup sont opposants en Guinée, mais rares sont ceux qui savent « qu'une vie ne prend (réellement) sens que si elle transcende notre égoïsme par la grandeur morale des causes que l'on sert ». L'inspiration me vient de Robert Badinter.

C’est une précision qui, à mes yeux, est très riche d’intérêts, car le problème de l'opposition guinéenne, c'est le fait d'oublier qu'elle ne doit pas attendre de recevoir son pouvoir des mains de ses adversaires, encore moins de ses alliés politiques. C’est un fait connu, et c’est pourquoi, l'opposition doit être royale et surtout savoir que, comme l’écrit un penseur : « Les bons Rois se couronnent eux-mêmes ».

Ne suis-je pas en train de dire de refuser toute collaboration utile. Simplement, je voudrais relever qu’avant de signer des alliances politiques ou électorales, l’opposition doit être en mesure de discerner les esprits des uns et entrer dans l’humeur des autres. Non. Bien au contraire, l'opposition doit faire des alliances mais en les signant elle doit garder à l’esprit qu’elle doit être selon les termes justes d’un auteur que j’aimerais garder le nom : « Saint avec les saints, doctes avec les doctes, sérieux avec les sérieux, jovial avec les enjoués ».

Ceci est indispensable pour s’assurer de la victoire dans les prochaines années, car dans un monde où tout tourne autour de jeu et d’alliance ; dans une Guinée où les faiseurs de rois hier sont des hauts représentants de tout et de rien aujourd'hui, il faut nécessairement apprendre et connaître les lois de la cour, si l’on veut éviter à son ascension politique des limites supplémentaires.

L'autre problème majeur de cette opposition ce qu'elle n'est pas complexe. Or en politique la contradiction et le secret sont absolument nécessaires. Un leader doit être à la fois quelqu’un qui habite des logiques, mais parfois également des contradictions. Je m'explique et cela avec les termes de l'un des plus grands biographes de Nelson Mandela, Richard Stengel qui disait à ce propos que :

« Nelson Mandela est un homme complexe (…) Il n’est pas avare de son argent mais compte soigneusement sa monnaie avant de laisser un pourboire. Vous ne le verrez jamais au volant d’une voiture de course, mais il a été le commandant de l’aile militaire de l’ANC. Il est proche du peuple, mais apprécie la compagnie des stars. Il est soucieux de plaire, mais n’a pas peur de dire non. Il n’aime pas les honneurs (mais il adore les hommages quand cela est nécessaire). Il va dans la cuisine pour serrer la main à tout le monde mais ne connaît pas le nom de ses gardes corps ».

Concernant le second point de mon analyse que j'ai annoncé tout au début de mon introduction, je tiens à dire que je serai un peu bref, ceci pour plusieurs raisons : d'une part, pour éviter la longueur du texte et des répétitions redondantes. D'autre part, pour ne pas donner toutes les clés de la victoire, sinon nous perdons les moyens de notre combat et de notre protection.

Pour commencer, je tiens à souligner la vive émotion que cette manifestation a éveillé en moi. Sans doute, elle montre la force politique et la domination charismatique de certains leaders. Cependant, rien n'indique que cette mobilisation mène vers la victoire. Certes, j'en conviens avec Jean Lévi que pour bousculer l'adversaire, « Il faut lui manifester sa forme pour qu'il s'y conforme ». Cependant, l’appel du Président pour la mise en œuvre des accords n’est pas signe de progrès. C’est juste une façon de capituler à temps pour se faire une nouvelle santé politique. N’oubliez pas que la capitulation est un moyen et un outil du pouvoir. Alors ne donnez pas encore de satisfaction au Président.

De mon point de vue, triompher dans les manifestations et mériter l'applaudissement des foules n'est pas « l'art suprême ». Le parfait chef de guerre doit surgir là où ne l'attendent point ses adversaires. Pour preuve, depuis longtemps, l’opposition guinéenne a les moyens de la victoire sans pourtant nécessairement l'obtenir. Elle n'a pas la victoire parce comme disait quelqu'un « Qui voit le Soleil et la Lune n'a pas nécessairement la vue perçante ». Autrement dit qui a le bain de foule n'est pas nécessairement le victorieux dans un combat.

C’est la raison pour laquelle, pour espérer la victoire en 2020, l'opposition doit absolument trouver le fin du fin de son combat. Pour cela, il faut qu'elle sache jouer au plus fin pour soumettre ses adversaires sans forcément croiser le fer. En ce sens, pour venir à bout de ses desseins, l’opposition guinéenne doit rivaliser d'adresse et de ruse.

Même si l’opposition doit continuer ses marches pacifiques, cependant, elle doit aller plus loin que ces manifestations de rue. Elle doit obligatoirement « Viser là où ça fait mal ». Ce faisant, elle doit connaître son adversaire, elle doit savoir d'où vient la source du pouvoir de ce dernier. Pour cela, elle doit se poser des questions : est-ce à l'étranger ou si c'est au niveau de l'armée ? Ou bien ce sont les deux à la fois ?

Quant à moi, je n'ai aucune piste à ces égards. Mais le Président Alpha semble apporter un début de réponse lorsqu'il disait dans une de ses sorties que : « L'armée et les sages m'ont demandé de prendre le pouvoir… ». Il parlait des élections de 1993 si mes souvenirs sont bons. C’est une phrase qui mérite une médiation continuelle, car à mon avis, ceux qui l’ont demandé de prendre le pouvoir en 1993 ne sont pas complètement étrangers à sa victoire en 2010. Assurément, ce ne sont pas ses 18 % du premier tour qui l’ont mis au pouvoir en 2010, loin de là.

Partant de ces observations, l'opposition doit "gratter la surface pour dénicher cette source, ce pivot, ce centre de gravité qui fait tenir toute la structure". Si elle arrive à toucher ce point central, j'en suis sûr, elle pourra frapper fort et renverser la tendance. Sinon, il sera très difficile pour elle de forger la victoire à la pointe des échéances futures parce qu’il y a beaucoup de monstres froids qui ne veulent pas que ce pays change. Il y a plus d’adversaires déguisés que d’alliés sincères.

Toutefois, je termine sur deux notes positives : d’abord, en félicitant l’opposition guinéenne pour son combat et son courage. Ensuite, en disant que la victoire est à fait possible. Il suffit juste que l’opposition se rappelle de l’image du mur décrite par un éminent penseur : « Vos adversaires sont derrière un mur qui les protège des étrangers et des intrus. Inutile de foncer tête baissée contre le mur, ni de tenir un siège. Vous devez trouver les bases qui le soutiennent et qui le font tenir. Pour qu'il s'effondre, il vous faut creuser en dessous et en saper les fondations ».

Enfin, puisse cette modeste contribution servir leurs destinataires en vue d’une meilleure alternance dans notre beau pays et dans l’optique d’une Guinée de paix et de lumière.

En Avant la Guinée ! La lutte continue, la victoire est juste au bout du chemin.

 

Par Abdoulaye Sow,

Doctorant en droit international, européen et comparé à l'Université Jean Moulin Lyon 3.

Créé le Jeudi 03 août 2017 à 14:59

Facebook icon
Twitter icon
Google icon

Nous vous proposons aussi