Rapt, séquestration, trafic humain, rançonnage en Algérie : les révélations d’un immigré guinéen…

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Diaspora guinéenne

ALGER- Ce sont des révélations à vous couper le souffle. Les candidats à l’immigration clandestine sont confrontés à un véritable trafic humain. Des groupes bien organisés se livrent à des pratiques de séquestration et de « vente » d’être humains. Un guinéen a bien voulu se confier à notre rédaction. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Un vaste réseau de trafic qui s’organise depuis la Guinée serait en train de sévir en Algérie en séquestrant leurs compatriotes en transit pour l’Europe en leur exigeant des rançons pour leur libration. Racontez-nous…

MT : C’est une situation qui se passe depuis quelques temps dans certaines villes du pays notamment à Timiyawi, et à Tamanrasset. Les ressortissants de plusieurs pays subsahariens se livrent à cette pratique ici. En ce qui concerne les guinéens qui font ça,  le réseau commence en Guinée où il y a des correspondants. Toute personne qu’ils séquestrent ici, ils passent par leur système mis en place pour demander des rançons contre la liberté. Les autres pays  aussi sont organisés de la même façon. Leur objectif c’est de séquestrer leurs compatriotes de passage ici pour atteindre l’Europe ou  qui sont venus chercher du travail ici.

Ce sont des réseaux bien organisés et se connaissent entre eux selon les pays. Si par exemple un sénégalais arrive nouvellement sur le territoire algérien et qu’un réseau de guinéens mettent main sur lui, il recherche le réseau sénégalais qui fait la même chose qu’eux pour livrer le colis avec un tarif forfaitaire fixé entre eux les réseaux. Et vice-versa. Ce trafic humain est fait par des ressortissants de tous les pays qui ont mis un système ici qui séquestrent des personnes venues de chez eux qui sont le plus souvent libérés contre le paiement des rançons.

A ma connaissance un guinéen n’est jamais rançonné par un réseau camerounais, aucun camerounais par des gabonais, aucun sénégalais par des maliens. Ils échangent entre eux dans leurs  réseaux respectifs. Un guinéen qui est livré à un réseau guinéen par un autre réseau avec tarif forfaitaire, ce réseau guinéen va doubler le prix de la rançon sur son coli avant de communiquer avec la famille du séquestré s’il donne le contact de sa famille. C’est-à-dire ils tiennent compte du tarif avec lequel ils l’ont récupéré avec le réseau livreur. Si un guinéen est repris dans les mains d’un autre réseau avec un montant équivalent à 100 000 gnf ou 500 000 gnf, ces derniers le libéreront avec un montant deux ou trois fois plus élevé.

Je pense que beaucoup de familles qui sont en Guinée peuvent témoigner aujourd’hui sur ce qui se passe ici avec les rançons. Certains membres de familles ont été contactés par des réseaux qui annoncent que leur parent est détention et ils disent le montant à payer pour obtenir leur liberté et à qui payer  et comment payer.

Comment ils rentrent en contact avec les familles des personnes qu’ils séquestrent ?

C’est simple. Comme ils ont sous la main un parent en détention ce dernier fournira le contact de la famille pour expliquer ce qui prévaut. Soit ils appellent eux-mêmes quelques fois aussi ils passent le téléphone à la personne séquestrée. Le paiement au plus vite serait mieux pour votre parent. Parce que plus vous retardez à verser le montant exigé, plus votre parent subit des tortures avec des sévices corporelles. Parfois même c’est quand les séquestrés sont bastonnés pendant plusieurs jours qu’on informe la famille avec des voix tremblantes des détenus. Les  réseaux appellent les familles pour annoncer la mauvaise nouvelle. Ils torturent avec des sachets plastiques qu’ils brulent en laissant les des gouttes de feu  sur le corps des personnes séquestrées c’est comme si vous allumez le charbon. Ils crient au secours de toute leur force sans secours. Si les ravisseurs ne demandent pas le numéro des parents au pays, ils permettent à la personne elle-même de joindre ses parents à travers un téléphone qu’ils mettront à sa disposition  pour les circonstances

Par rapport a ces agissements que vpus dites connus, quelle est la réaction de la communauté guinéenne dans ce pays ou le personnel du consulat d’Alger ?

Bon c’est difficile pour eux d’agir parce que les séquestrations dont je vous parle sont dans des lieux très isolés. J’ai essayé de mobiliser certains compatriotes autour de cette affaire pour la bonne cause, mais les gens ont peur de ces réseaux surtout à cause de leur caractère imprévisible. Moi-même qui essaye de dénoncer à tout moment certaines figures qui sont impliqués je suis menacé mais je ne recule pas. Le phénomène est plus fréquent à  Timiyawi et Tamarasset. 

Quel est le quotidien réel de ces personnes séquestrées ?

Une voisine en Guinée nous a fait savoir que son grand-frère a quitté le pays en direction de l’Algerie sans que la famille ne soit informée. Il y a juste quelques jours depuis que la famille a été informée que leur parent est détenu quelque part en Algérie. C’est aujourd’hui qu’ils ont envoyé l’argent que moi-même j’ai versé par un canal dans les mains de ses ravisseurs à Timiyawi . le montant exigé équivaut à 2 millions de francs guinéens, 200 euros qui avoisinent les 40.000 dinars (monnaie locale algérienne), parce que 100 euros donnent 19.600 dinars. Il a été libéré pour venir se refugier chez des amis dans une autre localité qu’on appelle Porge où il suit ses traitements suite aux tortures infligées sur sa personne. Selon son témoignage un autre guinéen presque à l’agonie est détenu là-bas sans aucun espoir de se faire libérer.

Est-ce qu’il y a des jeunes filles qui sont victimes de cette pratique ?

Si c’est une femme qu’ils séquestrent, on la frappe si elle n’a pas d’argent, on l’installe dans une chambre et l’oblige à se livrer à tout individu qui viendrait pour se satisfaire sexuellement sur elle. Là aussi ils ont fixé un nombre d’hommes qui doivent coucher avec la femme avant de la libérer. C’est un abus sexuel  ils font payer les gens qui viennent, ils ont fixé à 2000 dinars le pas, équivalents à 150 000gnf, s’ils ont un montant un peu élevé, ils livrent la fille à un autre guinéen qui va l’exploiter de la même façon.

J’ai vu 13 filles qui sont venues de la Guinée avec lesquelles j’ai parlé, elles ont expliqué ce qu’elles ont subis. Elles ont toutes expliqué leur souhait d’être libéré mais les moyens ne sont pas là. Ça c’est dans la ville d’Oran à peu près 500km d’Alger. Elles ont même demandé s’il y a des moyens pour s’enfuir. Mais c’est des plans très grave, quand vous tentez de fuir et que vous échouez, on vous tue, donc ce qui fait que les séquestrés s’en méfient beaucoup bien que certains trouvent les occasions de s’enfuir

Avez-vous une idée sur le nombre exact de guinéens qui sont dans cette situation ?

Bon je ne connais pas le nombre exact parce que le pays est vaste. Mais les personnes séquestrées avec lesquelles je suis entré en contact sont au nombre de 26 du côté de Tamarasset, Timiyawi y compris les filles à Oran. Mais ce qui est marrant dans cette affaire, ce ne sont pas les citoyens du pays d’accueil qui le font. Les algériens eux-mêmes parfois viennent au secours aux noirs qu’ils voient en difficulté, ils peuvent les conduire où il y a une forte communauté noire. Pour ce qui est des séquestrations les Algériens ne sont pas informés.

C’est grave ce qui se passe ici, ce n’est pas les algériens qui font souffrir les guinéens, c’est des guinéens qui maltraitent leurs frères guinéens sortis du pays à la quête du bonheur. Les Algériens ne s’associent pas avec un étranger pour faire du mal  à quelqu’un sur leur territoire. Ils peuvent régler des comptes pour eux -mêmes s’il y a eu un problème entre eux mais eux seuls.

Les guinéens  qui sont nouvellement venus ne connaissent pas la réalité, c’est comme vous, si vous venez dans un pays loin de chez vous, vous rencontrez quelqu’un qui vous parle pular, soussou ou maninka, vous serez très content pour dire vous avez vu votre parent, c’est comme ça qu’on les amène dans les ghettos pour exiger le paiement de rançons qui s’élèvent à des millions de francs guinéens.

Qu’est-ce qui vous certifie que ce sont des guinéens qui se traitent comme ça leurs compatriotes ?

C’est des vrais  guinéens, voyez seulement les images qui circulent sur les réseaux sociaux les concernant, ils sont bien connus aujourd’hui. Même à travers les commentaires des uns et des autres, des jeunes guinéens qui sont passés par l’Algérie avant d’atteindre l’Europe sont en train de faire des commentaires et des témoignages parce qu’ils auraient reconnus certains qui les avaient créé des difficultés en cours de route. Tous ceux qui sont passés par l’Algérie presque les connaissent.

Comment faites-vous pour échapper à ces réseaux ?

Je n’ai aucune garantie, mon sort est dans les mains de Dieu. Aujourd’hui je suis menacé par ces réseaux que je dénonce. Même des africains originaires des pays d’AFRIQUE CENTRALE  m’ont appelé pour me dire qu’ils sont payés pour m’arrêter.   Même des parents au pays m’ont dit rentrer en Guinée, ils ont peur pour moi, mais je leur ai dit que c’est en Guinée où il y a plus le danger parce que les réseaux sont bien implantés au pays.

Avez-vous un appel à lancer aux autorités ?

Je demande aux dirigeants des pays subsahariens de se lever pour lutter et démanteler ces réseaux dans les pays d’origine et mettre main sur eux. C’est des malfrats qu’il faut neutraliser. Parce que récemment le ministre des affaires étrangères a dit que les subsahariens vivant Algérie est une menace pour la sécurité nationale. Il a en partie raison si on pense à ces gens qui prennent leurs compatriotes pour les revendre à quelqu’un d’autres. On peut considérer ces gens comme des terroristes. Ce qui fait que les noirs sont accusés de tout pourtant ce n’est pas tout le monde qui est mauvais. Mais à cause de ses mauvaises graines on ne peut rien.

 En Guinée je lance un appel à la jeunesse et aux parents de tout faire pour que les enfants restent au pays. Les 10 ou 20 millions qu’ils dépensent pour venir ici peuvent servir à autre chose au pays. Et s’ils doivent sortir, ils n’ont qu’à  trouver un bon correspondant avant de sortir pour ne pas tomber dans les mains des bandits qui gagnent de l’argent par le mal ici pour envoyer ça à leurs familles en Guinée qui ne savent pas le travail de leurs fils par ici.

 

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 657 41 09 69

 

Créé le Dimanche 23 juillet 2017 à 15:39

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