Conakry : immersion dans l’enfer des victimes de Démoudoula…

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Dmémoudoula
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CONAKRY-A Démoudoula, alors que bulldozers, Caterpillars et d’autres engins lourds pilotés par des agents du génie militaire se rivalisent d’ardeurs dans la démolition des bâtiments qui s’écroulent comme des châteaux de cartes dans un bruit assourdissant, les victimes se plaignent de leur triste sort. Chacune d’entre elle a une histoire particulière.

L’Etat actionne ses forces dans cette zone placée dans l’escarcelle du patrimoine forestier mais vendue par des cadres véreux à de pauvres citoyens. Depuis une semaine, les agents démolisseurs passe à l’action, laissant derrière de vaste champs de ruine et des dizaines de familles à l’abandon, sans aide ni soutien, en pleine période hivernale, sans aucune mesure de recasement des victimes. La scène est saisissante. Reportage…

Enveloppée dans un voile bleu-ciel, Mariama Dalan Bah veuve a observé, comme dans un rêve, la démolition de sa maisonnée, construite des années de dur labeur. La pauvre ne sait plus où mettre la tête. Elle dit avoir construit sa maison après avoir vendu à la sauvette de l’eau minérale durant des années à la gare-voiture de Bambéto. Malade et sans soutien aucun, elle a vu son effort de toute une vie presque ruiné.

« Je n’ai plus rien. Je suis malade alitée à la maison. Mes enfants n’ont pas les moyens de me soutenir. Mon époux est décédé ça fait des années. J’ai vendu de l’eau de Coyah à la gare voiture de Bambéto pendant des années. Je portais ce fardeau sur ma tête  toute la journée en train de circuler. Un enfant peut m’appeler de loin, je cours pour venir lui vendre. J’ai fait ça des années. Il y a encore  les traces sur ma tête qui chauffe et me fait mal presqu’à tout moment. C’est ce qui a fait que j’ai arrêté. Je suis obligée d’acheter de l’huile de karité masser la tête pour que je sente mieux.  J’ai accumulé petit à petit le peu de bénéfice que je gagnais. Je suis venue construire ici. C’est ce bâtiment qu’ils sont venus détruire. Depuis, je ne mange pas, je ne sais plus quoi faire. Ça me rend folle », témoigne la veuve, que nous avons croisée sur un vaste terrain de ruine. 

Elle supplie le Gouvernement de la venir en aide. « Je supplie le gouvernement d’avoir pitié de nous et de nous venir en aide pour qu’on sorte de cette pénible situation en vie. Je vous prie de transmettre ce message aux autorités », nous a-t-elle prié presqu’en larmes.

Marié à deux femmes et père de huit enfants, M.D, frappé par l’âge vit dans ce quartier depuis plus d’une décennie. Tout comme Dalan Bah, cet octogénaire a vu ses efforts anéantis. Sa famille, ses bagages sont éparpillés un peu partout, tandis que lui est accueilli par ses voisins.

« Ils venus nous dire sortez, on va démolir », raconte le vieux dans une voix qui cache à peine sa maladie. Il était alité sur une natte étalée à la véranda mesurant moins d’un mètre carré.

Depuis, la démolition de sa maison, il est accueilli par ses voisins. « tous les jours les militaires sont là en train de sévir. Je n’étais pas du tout proche du marigot. Mais par malchance, ceux qui sont de l’autre côté du marigot ont corrompu les militaires qui ont orienté le lit du marigot vers chez nous. Et voilà qu’on est tous victimes. Personne n’est épargné. Voyez là où je suis alité. On n’a pas eu là où aller. Nos bagages sont éparpillés un peu partout chez les voisins. Je suis malade, mes enfants sont à la recherche d’un logement pour nous, mais ils n’ont pas trouvé pour le moment », nous explique-t-il, priant le « Gouvernement propriétaire de ces domaines, de nous aider à avoir un endroit où nous recaser ».

Assis sur les détruits, Mamadou Bailo Diallo, père d'une fratrie de 16 enfants, la désolation mêlée de désespoir se lie sur son visage.

Interrogé, M Diallo ne s’est pas montré  avare en mots. « Comme c’est le gouvernement qui a fait ces destructions, on s’en remet au même gouvernement qui doit nous protéger. Je suis père de 15 enfants, nous dormons à la belle étoile et vivons de l’aide des bonnes volontés », raconte-t-il, tandis que Nasroulaye Diallo quinquagénaire explique qu’elle n’a eu aucun avertissement de la part des autorités.

« Nous n’avons pas où aller. Nous vivons de l’aide des voisins qui nous apporte quelques fois à manger », nous dit-elle.

Reportage réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 20 juillet 2017 à 10:52

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