Modèle de réussite : à la rencontre des femmes de Fello-Sorè… (Reportage)

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Reportage

FOUTAH-DJALON-Dans la région de la moyenne Guinée, des femmes deviennent de plus en plus autonomes. Inspirées, braves, proactives et surtout très patientes, ces femmes sortent de la dépendance grâce aux activités qu’elles mènent souvent dans l’anonymat. Elles se débrouillent dit-on dans un langage vulgaire, mais elles assurent le quotidien dans les ménages, la scolarité des enfants, à l’absence ou à la présence des époux souvent confrontés à des difficultés financières. Certaines d’entre elles sont spécialisées dans la vente des produits de la culture maraichère et occupent le long de la nationale Mamou-Labé-Conakry.  A la rencontre de quelques unes de ces vendeuses de légumes, de tubercules, de fruits et quelquefois de volaille. Reportage….

A la sortie de la ville de Mamou en direction de Linsan, à plusieurs endroits des étales faits par des femmes sont visibles au bord de la route nationale où on propose aux voyageurs un peu de tout : pommes de terre, tomates, oignons, poulets, piments, oranges etc.…

Fatoumata Timbo Barry, la quarantaine, vend sur cet axe depuis plus d’une décennie. Sa famille est tombée en disgrâce le jour où son mari chauffeur a perdu son travail. Sans aide, ni soutien, elle décida alors d’exercer une activité génératrice de revenus pour subvenir aux besoins de sa famille quand son mari au chômage a pris la route de l’aventure. Suite au conseil d’une de ses amies, elle a entamé ce petit commerce avec la somme 80.000 GNF (un peu moins de 8 euros) qu’elle a pris à crédit. Onze ans après, Madame Barry s’en sort pas mal. Grâce à cette activité, elle s’est achetée un terrain dans la banlieue de la ville de Mamou et construit une habitation modeste, assure la scolarité de ses enfants et a même acheté un véhicule pour son mari qui est rentré de l’aventure les mains vides.

 « Depuis 11 ans que je vends à Fello Sorè ici (rentrée de la ville de Mamou en provenance Kindia). J’étais à la maison avec mon mari et les enfants. Mon mari était chauffeur mais son patron lui a retiré son véhicule. Nous avons beaucoup souffert sans aucun soutien. Mon mari a fui la pauvreté pensant trouver le salut en Sierra Leone. Une amie m’a proposé de venir vendre avec elle ici en allant acheter ailleurs les produits agricoles ainsi que des volailles. Elle m’a prêté 80.000 gnf à l’époque. C’est avec ce montant que j’ai commencé et Dieu m’a assisté, aujourd’hui tous mes enfants sont à l’école, j’ai réussi à trouver un terrain non loin de Mamou Centre pour y construire une habitation modeste. J’ai fait revenir mon mari à mes côtés, j’ai trouvé un véhicule de transport de 9 places pour lui. Il voyage. On n’est pas si aisé mais on ne souffre pas aussi trop. Ici c’est mon lieu de bonheur comme c’est le cas pour beaucoup d’autres femmes que vous voyez ici. Nous gagnons notre quotidien ici avec les passants. Nous pouvons réaliser un bénéfice variant entre 100.000 à 250.000 GNF par jour. Ça dépend de l’écoulement. A certains moments aussi des produits pourrissent ici faute d’acheteurs mais on ne se décourage pas », a témoigné madame Barry.

Un voyageur qui s’approvisionnait à Fello Sorè admire le courage héroïque de ces femmes qui vendent sur ce lieu : «  Si toutes les femmes se battaient comme celles là, nous les hommes serions tous des princes dans ce pays, nous comprenons que c’est des femmes qui sont sorties des ménages pour aider leurs maris avec la conjoncture actuelle du pays », raconte cet usager de la route Mamou-Conakry.

Mais ces femmes sont accusées de vendre à des prix très exorbitants leurs produits. Souadou Keita vendeuse explique les raisons.  « C’est facile de dire que c’est cher ce que nous vendons, mais c’est une situation générale, rien n’est moins cher actuellement en Guinée. Si nous vous expliquons comment nous obtenons ces produits, toute âme de foi comprendrait que nous ne gagnons pas assez ici. Ce n’est pas nous qui cultivons, nous achetons avec d’autres pour envoyer exposer ici, les démarches sont longues, on nous vend par mesure à 4000 que nous revendons à 5000, ce que nous prenons à 5000 nous vendons à 6000 gnf », explique Souadou Keita

Djeinabou Djiwo Barry est veuve. Mère de trois enfants elle joint les deux bouts grâce à ce commerce. « Comme l’ont dit mes collaboratrices même si nous n’avons pas d’épargnes élevées, nous assurons au moins le quotidien de nos familles. Ça nous épargne l’humiliation en nous exposant partout avec nos enfants. Il y a au moins 4 ans depuis que j’ai perdu mon mari, mais grâce à ce commerce je couvre les besoins de la famille sans faire face à qui que ça soit. Il y a des difficultés certes mais on fait avec. Nous demandons à l’Etat de nous aider à avoir des fonds de commerce élevés afin qu’on puisse augmenter nos revenus », raconte la veuve.

Dans la région du Fouta, elles sont nombreuses, ces femmes à se démarquer de la dépendance des maris à travers les groupements des femmes qui évoluent dans l’artisanat et le commerce. Beaucoup d’entre elles ont réussi à se construire une habitation aussi petite qu’elle soit.

 

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. (00224) 657 41 09 69

Créé le Dimanche 16 juillet 2017 à 11:30

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