Alpha Condé dévoile son agenda caché : quelques signes évocateurs…

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Politique
Alpha Condé, Président de la République de Guinée
Alpha Condé, Président de la République de Guinée

CONAKRY- A moins de quatre ans de la fin de son second et dernier mandat, le Président guinéen Alpha Condé continue d’entretenir le flou sur l’éventualité d’un tripatouillage de la Constitution de son pays. Officiellement, le locataire du Palais Sékoutoureya n’a pas annoncé son intention de briguer un troisième mandat. Cependant, des signaux évocateurs sont donnés depuis un certain temps.

Couper le « cordon ombilical » avec la France…

Le discours tenu par Alpha Condé au mois de mars dernier a marqué les esprits. A l’occasion de la deuxième conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique, le Chef de l’Etat guinéen a créé la surprise. Alpha Condé a invité ses pairs africains à « couper le cordon ombilical ». Le Président Condé avait regretté que l’Afrique soit encore rattachée de trop à la France.

« L’Afrique doit prendre son destin en main. Youssoufou et moi on avait mis les grandes puissances en garde, n’intervenez pas en Libye. Votre intervention entraînera deux conséquences. La somalisation de la Libye et la prolifération des armes chez nous (…). L’Union Africaine était financée par l’Union Européenne, comment voulez-vous parler d’indépendance (…). J’espère que nous allons faire en sorte que l’intégration africaine. La CEDEAO a beaucoup avancé au niveau de l’intégration économique, mais zéro au niveau de l’intégration politique, parce que nous sommes trop attachés à l’ancienne puissance coloniale. Coupons le cordon ombilical et soyons africains », avait lancé Alpha Condé à Abidjan.

Deux semaines après son passage à Abidjan, Alpha Condé n’a pas changé de discours. A Meknès, le numéro un guinéen prône l’indépendance politique du continent africain.

« L’Afrique doit prendre son destin en main (…) Nous ne voulons plus que les ONGs occidentales nous dictent ce que nous devons faire. L’Afrique doit définir sa propre voie de développement parce que personne ne viendra développer notre continent à notre place. L’Afrique doit définir sa voie de démocratie. C’est vrai qu’il y a des principes universels, mais il est important qu’on laisse les africains adopter ces principes universels à leur condition. On peut se poser la question, pourquoi les pays occidentaux n’ont jamais demandé aux pays asiatiques de limiter les mandats… comment l’Asie du sud-est a pu se développer ? Comment la Malaisie aurait pu se développer s’il n’y avait la continuité ? La chance du Maroc c’est d’avoir cette continuité... », avait lancé ce lundi 17 avril 2017 le Président en exercice de l’Union Africaine depuis Mekhnès.

Et si ces discours d’Alpha Condé cachait une volonté réelle de tripatouiller la Constitution guinéenne ? Kèlèfa Sall, le Président de la Cour Constitutionnelle l’avait pourtant prévenu lors de sa prestation de serment pour un second mandat. M. Sall avait invité Alpha Condé à éviter les « sirènes révisionnistes ». Depuis ce discours courageux, Kèlèfa Sall et Alpha Condé entretiennent des relations très froides.

On savait qu’entre Alpha Condé et les journalistes en général, ce n’est pas souvent un amour parfait. Le journaliste de la BBC qui l’a interrogé récemment au sujet de la limitation des mandats en Guinée l’a certainement appris à ses dépends.

« Est-ce que les mandats sont limités chez eux ? J’ai été très clair, nous ne voulons pas de donneur de leçon. L’Afrique qui dira ce qu’elle veut, ce n’est pas quelqu’un qui dira 10 ans, 15 ans ou 20 ans. Ce sont les peuples africains qui décideront. On va arrêter là. Je n’accepte pas ce débat », a sèchement répondu Alpha Condé à un confrère de la BBC.

Une « volonté subite » de se rapprocher de la presse nationale…

Après un premier mandat marqué par climat très tendu entre lui et la presse nationale, le locataire du Palais Sékoutoureya a eu subitement envie d’entretenir des relations plus fraternelles avec la presse nationale. Pour réussir ce pari, Alpha Condé a sollicité les services de l’ancien Ministre Secrétaire Général à la Présidence, Tibou Kamara. Ce journaliste et ancien Président du Conseil National de la Communication a été nommé le 25 janvier 2017 Ministre d’Etat conseiller personnel du Chef de l’Etat. Si certains croyaient à une « récompense » pour l’un des acteurs de la résolution de la crise gambienne, Alpha Condé ne tardera pas à dévoiler la mission de Tibou Kamara.

« Je l’ai dit que les ministres doivent être au service du pays. Donc tout ce qui doit être fait, les populations doivent être informées. C’est ce manque de pro activité qui fait aussi qu’il y assez de problèmes. C’est ce manque de communication entre la presse et le gouvernement qui fait que les rapports entre nous ne sont pas ce qu’ils doivent être.  Pour que la presse puisse bien communiquer il faut qu’elle soit bien informée. Il faut que les ministres communiquent (…), c’est pourquoi j’ai pris Tibou Camara comme conseiller personnel pour essayer d’améliorer la communication personnelle du gouvernement et avec la presse parce que très souvent des accords sont basés sur des malentendus », avait confié Alpha Condé.

Tibou Kamara ne tardera pas à faire ses « preuves ». La presse privée est désormais associée à certains voyages du locataire du Palais Sékoutoureya. Même si le choix des journalistes ne se fait pour l’instant sans aucune objectivité (qualité professionnelle du journaliste, audience du média, etc…), certains observateurs ont salué cette « prouesse » de Tibou Kamara qui a réussi à « imposer » un nouveau caractère à Alpha Condé qui avait toujours manifesté son mépris vis-à-vis de la presse locale.

« Je n’écoute pas la radio, je ne lis pas les journaux, je ne vais pas sur internet », les guinéens se rappellent encore de cette sortie d’Alpha Condé qui avait cloué au pilori les Hommes de médias de son pays. Pourtant, des journalistes « vautours » occidentaux connaissent bien les couloirs du Palais Sékoutoureya. Ils y sont reçus avec tous les honneurs. Et leur « transport » vaut nettement mieux que les 100 millions de franc guinéen « offerts » par Alpha Condé à certains journalistes qu’il a reçus récemment à l’occasion d’un dîner.

Que dire de François Soudan ? Qui ne connaît pas les relations entre Alpha Condé et bon nombre de journalistes étrangers qu’il rencontre régulièrement à l’occasion de ses nombreux voyages à l’étranger ? En 2012, le « patron » d’un magazine sénégalais n’avait-il pas séjourné avec toute son équipe au « Grand Hôtel de l’Indépendance » pendant plusieurs semaines aux frais de l’Etat guinéen. « La Dépêche Diplomatique », c’est le nom de ce magazine qui avait réussi à avoir sur sa première page, une « interview exclusive » d’Alpha Condé. La suite, nous la connaissons ! Plusieurs sociétés étatiques de la place avaient loué des espaces publicitaires dans ce magazine. Chose très rarissime, on y retrouvait même un article très « parfum » de la première dame de Guinée, Hadja Djènè Kaba Condé.

Les artistes aussi dans la « sauce »…

Alpha Condé a bien compris la leçon. Il sait comment tenir ses compatriotes. C’est à peine qu’on ne croirait pas que la Présidence guinéenne est devenue une des agences de la Banque Centrale. La plupart des invités d’Alpha Condé repartent avec un « cadeau », parfois empoisonné.

Sept ans après, certains artistes qui avaient chanté les louages d’Alpha Condé ont finalement eu droit à leur récompense.  Djoma Fanta, Abraham Sawpith, ou encore Djely Sayon Kouyaté, ont tous eu droit à un véhicule offert par le numéro un guinéen.

Petit à petit, Alpha Condé déroule son agenda caché. Chaque composante de la société guinéenne est dans sa ligne de mire. Chacun doit goûter à la « mangeoire publique » avant le jour j. Le jour où il déclarera officiellement sa candidature pour les élections de 2020.

Ce jour, qui sera là pour sauver le peuple de Guinée ? Le chemin est presque balisé pour le locataire du Palais Sékoutoureya. Face à lui, nous avons une opposition divisée, une société civile qui ressemble à une girouette. Mais, l’espoir semble permis. La jeunesse prend de plus conscience des réalités. Tôt ou tard, cette jeunesse prendra son destin en main.

 

Amadou Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Lundi 03 juillet 2017 à 16:42

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