Aboubacar Sylla : « On s’est souvent retrouvé en situation de concurrents et de rivaux avec l’UFDG… »

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Interview
Aboubacar Sylla,leader de l'Union des Forces du Changement
Aboubacar Sylla,leader de l'Union des Forces du Changement

CONAKRY- Aboubacar Sylla, Mouctar Diallo et Jean Marc Teliano ont-ils tourné le dos à Cellou Dalein Diallo ? Qu’est-ce qui a motivé la mise en place du Front pour l’Alternance Démocratique ? Quelle stratégie cette nouvelle coalition de partis d’opposition compte t-elle mettre en place lors des prochaines consultations électorales ? Aboubacar Sylla, le leader de l’Union des Forces du Changement s’est confié à notre rédaction…

 

AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce qui a motivé la naissance de cette nouvelle alliance, le Front pour l’Alternance Démocratique ?

ABOUBACAR SYLLA : L’opposition républicaine est un forum de partis qui en fait, n’ont pour dénominateur commun que la lutte pour un processus électoral plus transparent dans notre pays. C’est essentiellement ça le créneau de l’opposition républicaine. C’est une entité où vous avez des partis qui cohabitent tout en ayant parfois des agendas et des visions différents. D’où d’ailleurs la situation dans laquelle elle se trouve aujourd’hui avec une partie qui est en dehors de la structure opérationnelle de l’opposition républicaine comme le Bloc Libéral et consorts, et une autre partie constituée de l’UFDG et cie. Quand on sait aussi que des leaders très attractifs sur la scène politique comme Papa Koly et Makanéra ne sont que des observateurs. Ils ne sont pas membres à part entière de l’opposition républicaine. Ceci nous a amené à faire le choix de créer une alliance réellement électorale qui est régie par des règles et qui est mue par une ambition commune, d’une vision commune, d’une détermination commune pour aller à des élections en étant groupés, en faisant jouir nos énergies, en évitant que nous soyons ensemble dans l’opposition républicaine et que nous nous retrouvions demain comme des concurrents acharnés dans la bataille électorale. C’est pour ça nous avons pensé que notre avenir électoral passe par une alliance électorale. Nous sommes trois partis politiques qui se connaissent bien. Nous sommes depuis très longtemps dans l’opposition républicaine. Donc, nous avons pensé que c’est une très bonne chose de créer cette alliance électorale. Nous sommes évidemment ouverts à d’autres partis politiques qui pourraient s’y intéresser.

L’objectif c’est de faire en sorte que la mésaventure que nous avons connue aux législatives de 2013 ne se répète pas. Si l’opposition avait créé une alliance électorale en 2013, on aurait eu la majorité à l’Assemblée Nationale parce que ça s’est joué entre 4 ou 5 députés. Il aurait suffi qu’on ait une stratégie électorale commune, qu’on ne se concurrence pas dans les circonscriptions notamment de la Basse Guinée et de la forêt pour qu’on disposa d’au moins 56 à 57 députés. Ce qui nous aurait donné la majorité absolue. Malheureusement on s’est concurrencé dans ces différentes circonscriptions. Ce qui a fait le jeu de la mouvance présidentielle qui a raflé des sièges où elle aurait pu les perdre si l’opposition républicaine était allée de façon regroupée à ces élections. Nous voulons éviter tout ça. Cette alliance n’est dirigée contre personne. C’est tout simplement une alliance qui est mue par un réalisme politique évident.

Qu’avez-vous de commun avec le parti NFD de Mouctar Diallo et le RDIG de Jean Marc Teliano ?

Nous sommes tous des anciens de l’opposition républicaine. A la différence du GRUP de Papa Koly et du FND de Makanéra qui ne sont pas encore membres à part entière de l’opposition républicaine. Je crois qu’à part l’UFDG, nous sommes les trois derniers anciens de l’opposition républicaine. Tous les autres sont arrivés sur le tas. Que ce soit Makanéra, Papa Koly, Mamadou Sylla de l’UDG qui n’ont pas adhéré officiellement à l’opposition républicaine. Donc, la première chose qui nous lie, c’est notre ancienneté dans l’opposition où nous sommes en encrage depuis quelques années. Ensuite on s’est rendu compte que nous avons des objectifs communs, des intérêts communs et surtout un sort commun. Nous avons donc intérêt à renforcer notre alliance pour pouvoir briguer quelques sièges aux élections locales comme aux élections nationales. Nous allons renforcer cette alliance par son ouverture à d’autres alliances politiques. Je pense que très rapidement une bonne dizaine de partis politiques pourront en faire partie de manière à constituer une masse critique qui va peser aux prochaines élections.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que par cette alliance vous venez de tourner le dos à vos anciens complices de l’opposition républicaine notamment l’UFDG ?

Si nous sommes liés à l’UFDG par une communauté d’objectifs en ce qui concerne notamment la transparence dans le processus électoral guinéen, mais au plan électoral avec l’UFDG on s’est retrouvé très souvent en situation de concurrents et de rivaux. Ce qui est courant aussi en politique. Etant donné que l’opposition républicaine dont l’UFDG est la cheville ouvrière n’a pas d’intention d’avoir une alliance électorale, nous avons décidé de prendre notre destin politique en main et d’œuvrer à notre épanouissement et notre développement à travers des élections que nous espérons gagner (…). Je crois qu’il est toujours plus facile quand on n’est pas aussi très nombreux dans une entité comme ça d’avoir des positions communes, de s’exprimer ensemble, d’avoir la même posture vis-à-vis des sujets d’actualité nationale et internationale. On sera beaucoup plus pesant sur la scène médiatique et ce sera beaucoup plus facile pour nous d’harmoniser nos positions et de parler d’une seule voix.

Peut-on s’attendre à ce que votre alliance ait des positions divergentes à celle de l’opposition républicaine ?

Ce n’est pas exclu ! Nous sommes en politique, il n’y a pas d’unanimisme en la matière. Chaque sous ensemble de l’opposition républicaine pourrait avoir sa position par rapport à tel ou tel évènement ou par rapport à telle ou telle question d’actualité nationale et régionale. Nous allons exprimer clairement notre vision, notre particularité. Il ne sera pas question pour nous de nous laisser phagocyter par aucun autre ensemble. Le FAD va s’exprimer clairement sur tous les sujets indépendamment des avis qui pourraient être exprimés par d’autres alliés ou d’autres partenaires.

Lors des prochaines consultations électorales, quel parti va diriger vos listes de candidats ?

Il n’est pas obligatoire que nous utilisions systématiquement des listes communes. On peut avoir des listes séparées mais nous soutenir mutuellement. Lorsque dans une circonscription nous savons que l’un des partis est plus fort, les autres au lieu de le concurrencer vont lui apporter leurs voix pour que nous soyons forts dans toutes les circonscriptions où nous allons présenter des candidats. Nous verrons au coup par coup s’il y a des préfectures ou des circonscriptions où on peut faire des listes communes, nous le ferons. Pour les élections locales ça se passera comme ça.

Pour les législatives, on verra pour l’uninominal, il y aura un principe de désistement réciproque. On ne va plus se concurrencer dans les circonscriptions, ça va nous affaiblir parce que notre électorat va se diviser. Nous allons voir quel est le parti qui a la meilleure posture pour que les autres partis le soutiennent. Il faut éviter le vivier hégémonique, c’est ce qui amène à cette bipolarisation qui est en train de se dessiner. Lorsque vous voyez par exemple les délégations spéciales, il y a pratiquement deux partis dans les délégations spéciales aujourd’hui. Les circonscriptions qui ont été réparties à l’issue du dialogue du 20 août 2015 ont amené à une situation où par faute d’alliance électorale, une hégémonie de deux partis politiques qui polarisent la vie politique et qui est en train aujourd’hui d’imprimer une certaine caractéristique à la vie politique guinéenne. Nous voulons éviter cela et nous allons nous battre pour sensibiliser l’électorat pour l’amener à nous soutenir afin que cette bipolarisation qui se dessine à l’horizon ne soit pas réalisée car elle serait contreproductive dans un pays comme la Guinée en matière d’avancée démocratique.

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 31 11 11

Créé le Samedi 01 juillet 2017 à 14:50

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