Manifestations politiques en Guinée : Ousmane Gaoual répond à Tibou Kamara…

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Interview
Ousmane Gaoual Diallo
Ousmane Gaoual Diallo

CONAKRY- C’est une réaction directe aux propos tenus par le Ministre d’Etat conseiller personnel du Président de la République. Dans un entretien accordé à notre rédaction, Tibou Kamara a appelé l’opposition à sursoir à ses manifestations qu’elle projette d’organiser à la fin du mois de ramadan. Ousmane Gaoual Diallo, le Conseiller politique de Cellou Dalein Diallo décline ici le « bien fondé » de leur décision de reprendre les manifestations de rue. L’élu de Gaoual met aussi en garde le camp présidentiel, notamment le Ministre Bantama Sow, sur toute forme de violence contre les militants de l’opposition. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Au lendemain de la publication de l’arrêt de la Cour Constitutionnelle au sujet du code électoral, le Ministre Tibou Kamara a estimé que l’opposition n’avait plus de raison de manifester. Partagez-vous cet avis ?

Je ne crois pas que le Ministre Conseiller du Chef de l’Etat ait bien saisi les motivations de l’opposition quant à sa volonté d’organiser des manifestations à la fin du mois de ramadan. Les raisons qui nous motivent à nous mobiliser ne sont pas que lier à l’adoption du code électoral. Pour nous l’adoption de ce code ne faisait l’objet d’aucun doute ; L’accord politique dont nous dénonçons aujourd’hui souffre sur plusieurs points par rapport à son application. Depuis qu’il a été signé jusqu’aujourd’hui qu’est-ce qui a bougé, qu’est-ce qui n’a pas bougé. Du point de vue de indemnisations rien a bougé. J’entends certains dire qu’il n’y a plus de prisonniers politiques, ce n’est pas vrai, il y a toujours des prisonniers politiques en Guinée. Il y a des gens qui sont poursuivis par la justice pour des faits liés à des évènements politiques, et qui ne sont pas encore libérés de cette charge. Quand on regarde le fonctionnement des délégations spéciales, rien ne marche normalement. Il y a toujours un harcèlement des autorités préfectorales sur nos responsables. L’opposition est toujours absente au niveau des médias de services publics. Avec la crise économique on voit l’exacerbation des tensions sociales dans notre pays. L’absence de justice est entrain de faire des brulés vifs devenir un phénomène naturel dans notre pays. La brutalité des forces de défense et de sécurité à l’occasion des manifestations on en parle pas. Ce qui s’est passé à Kamsar est un exemple. Un manifestant a trouvé la mort suite à la bavure de nos forces de défense et de sécurité. C’est une sorte de continuité de la violation des droits de l’Homme, la violation des libertés fondamentales dans notre pays. Ce sont là entre autres choses que nous allons dénoncer à l’occasion de nos manifestations. Il ne faut pas ramener la volonté de l’opposition de s’exprimer à la fin du ramadan juste parce qu’il y a eu une validation d’un code électoral. J’ai entendu le Ministre Tibou parler d’un chronogramme, j’ai bien envie de savoir pourquoi il n’y a pas de chronogramme jusqu’à présent. Un chronogramme est une étape indicative. Rien de tout ça n’a été fait. La CENI (Commission électorale nationale indépendante, Ndlr) continue à défier l’Etat, à défier le Président de la République, à défier l’accord politique en refusant obstinément à prendre part aux commissions de suivi. Donc rien a bougé du côté de l’audit, rien a bougé du côté du calendrier électoral, rien a quasiment bougé au niveau de l’indemnisation des victimes, aussi bien les opérateurs économiques que les victimes dans les rangs de l’opposition. Tout est à l’arrêt. Il ne faut donc pas sauter au plafond et dire qu’on ne voit plus de raison pour l’opposition de manifester.

La fin du mois de ramadan c’est dans moins d’une semaine, jusqu’où l’opposition serait prête à aller dans son bras de fer avec le pouvoir d’Alpha Condé ?

Nous allons manifester jusqu’à ce que le pouvoir nous entende. S’il n’y a pas d’entente, s’il y a des bavures, il faut le prévoir, parce que j’entends des gens comme Bantama Sow sortir la sempiternelle menace de contre manifestants ; Il faut donc craindre des violences, et s’il y a des violences, il faut dire qu’il n’y aura plus de dialogue, il n’y a plus de possibilité de se retourner autour de la table, il n’y aura plus de possibilité de faire la paix avec le Gouvernement, il va falloir en découdre jusqu’à ce que le pouvoir change dans notre pays. Il n’est plus tolérable qu’on accepte que le pouvoir continue à tuer des guinéens à la moindre liberté d’expression consacrée par la Constitution. Il faut qu’ils comprennent que toute victime qu’il y aura à l’occasion de ces manifestations entrainera une rupture de dialogue avec le pouvoir en place. Il faut que les élucubrations de Bantama Sow soient stoppées ; Il faut que la justice enregistre bien les menaces que ce monsieur est entrain de faire sur les guinéens. Il faut que la justice se montre intransigeante sur ce type de dérive. Bantama Sow n’est qu’un petit Ministre. L’Etat est organisé, il a l’armée, la police, la gendarmerie ; Ce n’est pas aux militants du RPG d’assurer la sécurité.

Croyez-vous à une grande capacité de mobilisation de l’opposition qui est aujourd’hui « décapitée » ?

C’est quasiment les mêmes partis politiques qui n’avaient pas pris part aux dernières manifestations de l’opposition républicaine du 16 août 2016. Je sais que quand on parle de l’économie, les guinéens sont conscients des difficultés économiques ; Quand on parle de la corruption, tout le monde voit ce phénomène qui gangrène le fonctionnement du Gouvernement ; Quand on parle de l’insécurité les guinéens le vivent au quotidien ; Quand on parle de l’absence de la justice, nous le vivons aussi quotidiennement.

Voilà des sujets autour desquels la quasi totalité de nos concitoyens se reconnaissent et se mobiliseront pour accompagner l’opposition qui est entrain de se battre pour que notre pays marche sur le chemin de la démocratie, pour que nos institutions soient solides et que la démocratie se consolide chaque jour. Donc oui les thèmes qui vont être déclinés sont largement fédérateurs, largement mobilisateurs, pour inciter chaque guinéen à prendre part à cette expression démocratique.

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

Créé le Lundi 19 juin 2017 à 12:54

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