Barrage hydroélectrique de Kinkon : Un joyau qui meurt à petit feu….(reportage)

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Electricité
Barrage de Kinkon
Barrage de Kinkon

PITA-Construit en 1966 avec une capacité de 3.4 mégawatts le barrage hydroélectrique Kinkon, jadis un joyau qui faisait la fierté des populations de plusieurs villes de la Moyenne Guinée est en train de mourir à petit feu. Faute d’entretien !

De nos jours, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Ce barrage n’arrive plus à assurer la fourniture normale d’électricité même en saison pluvieuse. Il a une faible capacité de 3,4 mégawatts. Le barrage Kinkon est rempli de boue. Son environnement immédiat exige un reboisement imminent pour sauver le peu qui reste. Dans les villes alimentées comme Labé, les plaintes ne baissent pas à l’endroit de l’agence locale d’EDG. Immersion dans ce barrage situé en plein cœur du Fouta

Kinkon est situé à environ 9 kilomètres de la commune urbaine de Pita. Cette localité abrite l’un des tous premiers barrages hydroélectrique de Guinée. Ce fruit du premier régime guinéen construit après les indépendances avait pour objectif fournir l’électricité aux villes de Labé-Pita-Dalaba et Mamou. Amadou Oury Lemy Diallo, gouverneur de la région administrative de Mamou se souvient de cette époque : 

« il faut se souvenir que ce barrage a été construit dans les années 65-67. Il a été opérationnel à partir de 1968. A l’époque il permettait de donner de l’électricité notamment aux villes de Labé et de Pita de façon régulière avec un courant de bonne qualité. C’est avec le temps qu’on a pu permettre à Dalaba et  à Mamou d’en bénéficier », se remémore le Gouverneur.

Depuis sa création le barrage Kinkon n’a connu aucune rénovation, aucune extension d’où la faible production de nos jours avec une vétusté avancée des installations. Un phénomène que déplore le gouverneur Lemy Diallo.

« il faut avouer depuis que ce barrage est construit ici, pratiquement il n’y a pas eu des travaux de rénovation. Avec le temps le barrage a vieilli, les populations ont augmenté, nos villes ont connu une extension. On est arrivé vraiment à une question de faible production par rapport à la demande surtout que les villes continuent de s’agrandir. Aujourd’hui il ne peut être qu’un complément par rapport à Garafiri, à Kaleta peut être demain à Souapiti. Le barrage a besoin de renouveler certaines pièces, la population doit aussi faire en sorte que le déboisement soit de moindre. Il ne faut pas que l’action de l’homme détruise complètement ce site merveilleux », conseille M. Diallo.

Des volontés de canaliser l’eau auraient été manifestées par l’équipe chinoise qui assiste les techniciens locaux. Mais ce vœu pieux est à la phase de projet révèle le gouverneur de Mamou.

 « Au départ les chinois avaient envisagé qu’on puisse reprendre l’eau qui arrive à la centrale l’a faire remonter en haut pour permettre à ce que le réservoir soit à peu près stable. Mais ici c’est un problème de saison sèche. Entre les mois de février, Mars, Avril, nous avons énormément de difficultés, vous voyez que l’eau a complément tari. Si vous venez ici entre les mois de juillet, Aout septembre vous trouvez que le barrage est rempli d’eau » relate Amadou Lemy Diallo.

 

Après plusieurs décennies d’existence, ce barrage hydroélectrique est aujourd’hui bloqué par une montagne de boue. Il faut la dégager et reboiser rapidement pour stocker l’eau en période d’étiage. Fara Peliko Dembadouno est le chef d’équipe électrique du système Kinkon : « Kinkon souffre d’un problème d’eau, dès qu’on rentre en saison sèche, c’est les problèmes. Et le barrage est rempli de boue qu’il faut dégager avec le concours du gouvernement afin d’économiser le réservoir d’eau en saison sèche ; un problème de reboisement s’impose également autour du fleuve qui alimente le barrage. Là nous sommes au niveau du pont en saison pluvieuse, quand l’eau atteint un certain niveau on ouvre les vannes pour empêcher l’eau de monter sur le pont », explique-t-il.

Avec une capacité de production de 3,4 mégawatts, Kinkon n’arrive plus à assurer une fourniture normale d’électricité aux villes connectées. Ce qu’explique le chef d’équipe EDG de Labé : « comme vous avez suivi la visite de la centrale du barrage à l’usine, ici nous avons quatre groupes pour le système Kinkon. En saison pluvieuse ; ces groupes à mi-tour par minutes. Chaque groupe produit une puissance de 6,3 KV. La puissance totale du barrage est de 3,4 Mégawatts. Ceci explique que la demande est supérieure à l’offre. Ce barrage avait la possibilité d’alimenter Labé-Pita-Dalaba-Mamou y compris les localités de Boulliwel et Timbi-Madina. Mais actuellement la capacité de Kinkon ne peut même pas alimenter la ville de Labé entièrement. La demande est très grande mais kinkon est petit par rapport aux abonnés », détaille ce technicien.

Malgré ces difficultés, la fourniture des pièces de rechanges est restée intacte à travers la coopération chinoise : « des pièces de rechange sont fournies par les chinois jusqu’à présent, l’assistance technique chinoise est toujours là et c’est depuis la construction du barrage » affirme le responsable  technique dy système Kinkon

L’agence d’EDG de Labé fait l’objet de sévère critique pour la mauvaise qualité du courant fournie en cette période, le directeur technique  Oumar Bailo Dieng explique les raisons des perturbations en cette saison sèche. Selon lui,  sur une quantité de 30000 KVA requises pour la fourniture normale, c’est 16000 qui arrivent à Labé.

« c’est vrai la qualité du courant fourni actuellement n’est pas bonne et c’est compte tenu de certains facteurs. Ces facteurs sont dues au manque d’eau  au niveau des barrages hydraulique, c’est Kaleta , Garafiri et le système interconnecté qui travaillent. Au niveau de Kinkon il n’y a pratiquement pas d’eau. Si Kinkon tourne au moins on peut synchroniser pour avoir une tension de bonne qualité. A l’heure qu’il fait au lieu de 30000KVA, nous recevons juste 16000. Avec ça nous ne pouvons pas avoir une tension appréciable et n’oubliez pas qu’on est en saison sèche », se justifie-t-il.

Cette perturbation n’est pas du gout des abonnés. Augustin Bakary Kamano, soudeur explique ses difficultés : « nous on pensait qu’on pourrait avoir le courant sans problème, mais c’est la désolation, il n’y a pas de courant, ça nous crée de problème. Dans notre atelier de soudure, nous avons du travail mais comment travailler sans le courant vous-même vous voyez on est assis, tous les apprentis sont partis faute de courant. Chaque fois qu’on demande on dit le problème c’est à Kinkon, c’est à Dalaba ou c’est Conakry, franchement nous sommes dans un problème difficile », s’est-Il plaint.

Maitre Alpha Barry a les mêmes complaintes. « Vraiment nous souffrons aussi de cette situation, l’affaire de courant doit être assuré 24H/24, nous avons un petit groupe ici mais faute de moyens, on tient compte du courant qui arrive la nuit. Avant en saison sèche, les factures connaissaient une baisse mais cette fois ce n’est pas le cas», affirme ce consommateur familial.

Chez les frigoristes également, certains explique qu’ils sont au chômage «  les frigoristes fonctionnent  sur la base d’électricité ça nous embête beaucoup. Avec ce manque de courant nous sommes au chômage et même le courant qui vient le soir, nous ne pouvons pas travailler avec, c’est très faible. On ne te dit jamais le problème réel, quand il y a une perturbation on te dit c’est parce que ils travaillent sur les lignes de transport mais en réalité c’est autre chose », nous dit Aly Sylla.

L’autre problème auquel reste confronté les consommateurs, c’est la facturation qui reste inchangée alors qu’elle baisse d’habitude en saison sèche. Le directeur technique de Labé donne les raisons: « on n’a pas baissé les factures compte tenu de l’alimentation  bien que le courant soit faible mais il est là. 24heures ne passent pas sans qu’on ne soit alimenté. On peut même dire que la ville de Labé est sous facturée.

Il y a des nouveaux tarifs qui arrivent et si ces derniers sont appliqués forcement il y aura hausse de facture » s’est justifié Oumar Bailo Dieng, directeur technique EDG Labé

Les villes de la moyenne guinée alimentées par Kinkon ne sont pas suffisamment éclairées ces dernières années. C’est le réseau interconnecté Garafiri, Kaleta qui prend le relai tant bien que mal. En saison sèche les centrales de Tombo prennent le relais avec un régime de fourniture nocturne.

Des jeunes garçons et des filles en mal de lieu de loisir se rendent souvent dans les environs du barrage kinkon pour se recréer. Le barrage kinkon nécessite  d’une prise en charge afin qu’il reprenne son succès d’antan. D’ici là, il se meurt à petit feu.

Un reportage d’Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 657 41 09 69

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Créé le Samedi 06 mai 2017 à 12:01

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