Trafic de jeunes filles : vendue puis soumise à l’esclavage en Egypte, une jeune guinéenne raconte…

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Interview

CONAKRY-Le trafic d’êtres humains prend de l’ampleur en Guinée. Une guinéenne diplômée sans emploi vient de payer les frais de ce marchandage humain. Sous le sceau de l’anonymat, demoiselle x s’est confiée à Africaguinee.com.

AFRICAGUINEE : Bonjour mademoiselle, dans quelle circonstance avez-vous quitté la Guinée ?

MADEMOISELLE X: c’est un jeune qui a informé un de ses amis qu’il a des contacts en Egypte, et de chercher des gens pour les faire voyager, mon jeune frère de passage, a entendu ça et il est venu me dire que Noumoukè Kaba est en train de faire voyager des gens. J’ai dit ah bon ? Mais tu sais que la majeure partie des personnes qui pratiquent ça ne sont pas bonnes ? Les gens le font souvent mais c’est dans le mauvais sens. J’ai dit donc moi ça ne m’intéresse pas. Il dit non, il faut tenter. Noumoukè dit qu’une  fois en Egypte c’est pour faire des travaux domestiques ou la coiffure. J’ai appelé le petit Noumouké pour lui dire de venir à la maison, il est venu. Je lui ai demandé comment ils font. Il m’a donné des détails. Il dit si tu es d’accord, tu vas chercher un passeport et je vais te mettre en contact avec mon grand, une fois que tu seras avec lui, il va te donner le reste des détails.

Vous connaissiez Noumoukè Kaba avant votre rencontre pour le voyage en Egypte ?

Oui je le connais, c’est un ancien voisin.

Et  vous avez accepté de faire ce voyage en Egypte ?

Oui j’ai accepté  pour aller faire la coiffure. Donc je me suis vu avec son grand. Ce dernier  m’a dit de faire le passeport, une fois que le passeport est fait, qu’il va scanner pour envoyer, s’il obtient la réponse, il va m’envoyer le billet d’avion pour effectuer le voyage.

Et ensuite ?

Quand on a fini de parler, je lui ai dit que moi je vais d’abord au Sénégal. Je l’ai demandé de m’attendre, à mon retour ça trouvera que j’ai bien réfléchi, si je dois partir ou pas. Il m’a dit ok mais pour le rassurer, il m’a dit de faire le passeport. Je suis partie avec son petit (Noumoukè) on a fait le passeport, le petit a pris le passeport avec moi pour aller montrer à son grand et il l’a ramené le soir. Entretemps mon grand frère m’a appelé pour me dire qu’il a entendu des choses sur le voyage qui ne sont pas claires. Il m’a dissuadé d’aller. J’ai dit à mon frère que je dois partir au Sénégal, je vais bien réfléchir avant mon retour. Je suis partie au Sénégal. Une semaine après, il est venu prendre mon numéro à la maison. Il m’a appelé pour me dire de revenir parce que je dois voyager à la fin de cette semaine, je lui ai dit que moi je ne peux pas voyager à la fin de cette semaine parce que je n’ai pas fini de régler le problème pour lequel je suis venue au Sénégal. Il a dit qu’il va repousser le voyage pour le 29 février 2016. J’ai dit en tout cas moi je ne suis pas prête pour le voyage. Lorsque je me suis embarquée pour revenir à Conakry, j’ai appelé à la maison pour les informer de mon retour. Mon petit frère est partie informer ces gens que je suis en route. Dès mon retour il m’a appelé. Il me dit que ça tombe bien que tu sois revenue parce que le samedi tu dois voyager pour l’Egypte. Quelques jours après, il est venu à la maison, il a trouvé ma maman, il lui a dit que votre fille et moi sommes convenus sur un  voyage qu’elle doit effectuer en Egypte. Ma maman lui a dit qu’elle n‘est pas d’accord et elle l’a chassé. Ça c’était un jeudi. Le vendredi il est revenu en disant à ma maman qu’il faut que je parte sinon elle va lui rembourser 2500 dollars. A défaut, il va porter plainte contre nous. Ma maman a dit qu’elle attend la convocation. Après il m’a appelé pour me dire de convaincre ma maman. J’ai dit que je ne peux pas la convaincre. Il a dit qu’il va me poursuivre à la justice. Le samedi il m’a appelé pour savoir si je me suis entendue avec maman. J’ai dit non. Il m’a dit que si je n’effectue pas ce voyage, il va perdre sa crédibilité auprès des gens avec lesquels il travaille. (…). Il a insisté pour que je parte étant donné qu’il a déjà acheté mon billet. Alors je me suis dis, je viens à peine de finir les études et je ne sais même pas où trouver de l’emploi, pourquoi ne pas tenter ma chance. Je me suis aussi dit que comme c’est un ancien  voisin, il ne va pas me faire du mal. Il m’a convaincu, il m’a même dit qu’arriver là-bas, ma vie va changer. Il m’a dit de se préparer, que la nuit il viendra me chercher pour m’amener à l’aéroport.

La nuit tombée, il est venu me chercher on est allé à l’aéroport. Arriver là-bas  il m’a dit de rentrer seule, je lui ai demandé pourquoi, il dit que sa mission s’arrête au niveau de l’aéroport. Je suis rentrée, j’ai rempli toutes les formalités et on a décollé. Quand on est arrivé en Egypte, c’est un footballeur du non d’Aboubacar Sylla qui m’a accueillie. Lui il m’a pris là-bas il m’a envoyé chez lui. De chez lui, il a appelé une fille ghanéenne qui s’appelle Mévis. Mévis m’a pris et m’a envoyée chez un togolais. Elle m’a dit que c’est là-bas que je dois travailler. Maintenant c’est là-bas que je suis restée, mais je ne m’entendais pas avec le togolais.

Pourquoi vous ne vous entendiez pas avec ce togolais ?

Il me disait de travailler pendant treize mois sans salaire, je n’ai pas accepté. Comme on ne s’entendait pas, ils ont appelé la sœur du jeune qui m’avait accompagné à l’aéroport quand je bougeais à Conakry. Cette dernière s’appelle Mariame Kaba, elle m’a dit que je travaille pour elle parce qu’elle a beaucoup dépensé pour ma venue en Egypte. Moi je ne pouvais pas  travailler durant treize mois sans salaire. Mévis m’a pris là-bas encore pour m’envoyer  chez un autre ghanéen qui s’appelle Frank. Elle m’a dit que Frank est son frère de rester avec lui et que je n’aurai  aucun problème. Mais avant de venir chez Frank, elle avait appelé Mariam pour lui demander qu’est-ce qu’elle doit faire de moi, Mariame lui a dit de me revendre pour qu’elle puisse récupérer son argent. Elles parlaient en anglais et elles ne savaient pas que je comprends l’anglais. Et elles m’ont revendu à des Egyptiens.

Vous faisiez quelle sorte de travail ?

Je faisais des travaux domestiques.

Comment vous étiez traitée par les Egyptiens qui vous ont achetée ?

Non seulement je ne sortais pas, j’étais enfermée 24 heures sur 24 mais je ne mangeais qu’une seule fois par jour. C’est des morceaux de pain qu’on me donnait, ils sont très légers.

Peut-on dire que vous étiez soumises à l’esclavage ?

Oui, parce que je travaillais sans salaire, c’est le togolais qui recevait mon salaire

Comment vous vous êtes échappée ?

Pour m’échapper, c’est Dieu qui m’a aidé. Quand je travaillais, j’étais une seule fois sortie pour envoyer un coli chez une sœur, quand on envoyait le coli, le mari de ma sœur ne voulait pas que ces gens connaissent chez lui, donc on s’est rencontré quelque part avec le mari de ma sœur. Et il avait dit à celui qui m’accompagnait de rentrer qu’il allait me ramener. Et après il m’a ramené. Ça s’est passé une fois. Maintenant la deuxième fois quand on est sorti, j’ai profité. On était sorti pour acheter des produits au marché, Mevis a oublié certains de ses produits dans mon sac. Malgré que je travaillais pour les Egyptiens mais j’étais sous le contrôle de Mévisse. Quand elle a oublié ses produits dans mon sac, elle m’a appelé pour me dire de les ramener. J’ai les ai ramenés. A mon retour, elle m’a raccompagné jusqu’à l’arrêt du bus et elle m’a  donné le transport et elle est rentrée. Comme j’étais déjà en contact avec l’ambassade, les gens de l’ambassade savaient toutes les difficultés que j’éprouvais, je les ai appelés pour qu’ils m’hébergent jusqu’à ce que mes parents puissent acheter un billet pour moi. Et je suis restée à l’ambassade durant 9 jours. C’est comme ça que j’ai pu m’échapper.

A votre retour avez-vous porté plainte contre le jeune qui vous a embarquée ?

Oui j’ai porté plainte à la D.PJ. (Direction de la police judiciaire), le jeune a été arrêté. Un jour ils nous ont appelé pour nous dire de régler le problème à l’amiable, ma maman a dit non. Il on déferré le dossier à la justice, nous sommes allés chez le procureur on s’est expliqué. Après ils ont émis un mandat d’arrêt contre le jeune, ils l’on arrêté et un mois après ils l’on mis en liberté provisoire. Après ça  le jugement a été fait. Il a été condamné à 6 mois de prison assorti de sursis avec une amende de 6 millions de francs guinéens.

Merci Mademoiselle !

 

Interview réalisée par Thierno Sadou Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Mercredi 05 avril 2017 à 17:17

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