Justice : Thiegboro, Pivi, Mathurin et cie dans le viseur du camp de Toumba Diakité…

Facebook icon Twitter icon
Justice

CONAKRY- Pourquoi Toumba Diakité doit-il être libéré ? Quelques semaines seulement après son extradition vers Conakry, l’ancien aide de camp de Dadis Camara a entamé une nouvelle bataille. Son avocat, Maître Paul Yomba Kourouma, dénonce, pose des exigences, et fait des confidences… Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Maître Paul Yomba Kourouma bonjour ! Pourquoi selon vous votre client, le Commandant Aboubacar Sidiki « Toumba » Diakité dont bénéficier d’une liberté provisoire ?

La mise en liberté provisoire de Toumba Diakité est légale et elle est de Droit. On peut demander la liberté provisoire de tout prévenu à toute phase de la procédure. Mais dans le cas présent nous avons préféré attendre le déroulement de son interrogatoire afin que rien plus ne s’oppose à la manifestation de la vérité, qu’il n’y ait pas subornation de témoin, qu’il n’y ait pas à influencer qui que ce soit. Tout ce qu’il connait de cette affaire ayant déjà été transcrit par les juges, nous avons estimé que sa mise en liberté provisoire n’est plus un obstacle à la manifestation de la vérité. Plus nous avançons dans ce dossier, plus Toumba Diakité apparait comme un témoin idéal, plus loin, il est inculpé au même titre que bon nombre de ses compagnons, il est le seul à être admis à la maison d’arrêt de Conakry, quand on sait la gravité des charges articulées contre eux tous. Mais ils n’ont pas jugé utile de placer les autres sous mandat de dépôt. Donc il y a discrimination, il y a un manque de parité, il y a injustice tout le long de la procédure.  Nous avons donc estimé que la mise en liberté de Toumba ou son placement dans une résidence de la place ; ça peut être la cité des nations ou son admission dans une des chancelleries de la place au cas où on refusait sa mise en liberté provisoire, serait le meilleur parti à entreprendre. On est en train de faire de lui un présumé coupable alors qu’il est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie. Toumba a été diabolisé. Tous ceux qui sont intervenus avant lui, l’on chargé, et je crois qu’il est venu défaire le nez au cours de son interrogatoire. Toumba n’a pas quitté Conakry en rapport avec l’évènement du 28 septembre, il serait resté comme tous les autres, mais nous voyons que la machine judiciaire ne concerne que lui, la rigueur de la loi ne s’applique qu’à lui et nous trouvons cela très injuste, puisque finalement, c’est les pauvre qui payent, les nantis restent les couches privilégiées de la société.

Exigez-vous une mise à disposition de toutes les personnes citées dans ce dossier et qui jusque maintenant occupent de hautes fonctions ?

Nous avons toujours exigé cela puisque les mises en cause ne démissionnent pas,  que l’autorité au sommet les démette de leurs fonctions parce que c’est une injustice, c’est de l’arbitraire, c’est illégal, c’est amoral, c’est incongru, que des centaines de personnes soient tuées pour avoir tout simplement voulu revendiquer leur droit constitutionnel, pour avoir dit non à la tyrannie et à la barbarie post Conté (ancien Président guinéen, Ndlr), pour avoir dit non à un règne militaire, et oui à l’instauration de l’Etat de droit; que ces femmes et ces hommes soient soumis à une répression sanglante, assimilée désormais à des crimes de sang, des crimes de masse, des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité, que ces gens continuent de se moquer des famille des victimes ; c’est pas normal.

Considérez-vous Toumba Diakité comme un bourreau ou une victime ?

N’eût été Toumba, toute la classe politique serait aujourd’hui décimée, nous serions dans un état de pépinière en matière politique. Toumba a été ce jour un grand secouriste, un arisant de la démocratie et de l’Etat de droit dont nous nous réjouissons tant bien que mal aujourd’hui. Donc il apparait dans cette affaire comme un témoin idéal, c’est pourquoi il est très à l’aise de dénoncer tous ceux qui ont participé tant à la conception, qu’à l’exécution de cette escalade macabre qui a  eu lieu au stade du 28 septembre

Que répondez-vous au General Sékouba Konaté qui demande à votre client d’exiger le transfèrement du Dossier à la cour pénale internationale ?

Toumba, depuis sa sortie, a tenu à revenir au Pays pour dire sa part de vérité dans cette affaire, et devant les juges de son pays. Je suis au regret de remarquer que le Général Sékouba Konaté, après avoir dirigé toute une nation avec les mêmes intuitions, après s’être servi de la justice qui a avalisé tant d’actes qu’il a posés, qu’aujourd’hui en phase de procédure, qu’il renie la compétence, les atouts, la moralité de cette justice, de ces magistrats qui à nos yeux apparaissent comme des hommes talentueux, ils sont pétri d’expérience. Ce procès devrait être une occasion pour la justice de redorer son image. J’en veux au pouvoir qui jusque-là est convaincu que des charges suffisantes pèsent contre cet homme ou que son intervention est nécessaire à la manifestation de la vérité, que l’Etat use de son impérium de la même manière qu’il a fait venir Toumba, il peut user des mêmes procédures. Le Générale Sékouba n’est pas au-dessus de la loi. Un simple mandat peut le faire venir de gré ou de force.

 Donc vous exigez sa présence ici en Guinée ?

Je crois que la procédure telle qu’elle se déroule exigera sa présence et comme celle de beaucoup d’autres qui sont absents du territoire, et celle de celui qui veut volontairement venir dont on refuse, je veux parler de Moussa Dadis Camara, qui doit préparer sa défense, qui doit entrer en contact avec ses avocats parce que les charges articulées contre lui sont si lourdes, si pesantes, si graves qu’il risque de payer fort

Dites-nous comment votre client passe ses journées du côté de la maison centrale ?

 Une requête sera déposée ce matin (lundi 3 avril 2017) en ce qui concerne les visites des siens qu’il réclame maintenant, parce que depuis sept ans il n’est pas entré en contact avec sa famille, ses parents doivent lui adresser ses condoléances suite à l’assassinat de son frère relativement à ces évènements. Ça fait partie des demandes que nous introduirons ce matin. Nous avons introduit une demande lui autorisant de pratiquer des activités sportives, puisque militaire de son état, doublé de médecin-cardiologue et fervent pratiquant des arts martiaux, il a la ceinture noire quatrième dent. Donc lui couper brusquement la pratique du sport, serait une grave entorse qu’on aurait portée à son épanouissement physique, psychologique, mental et moral. Les conditions d’habitat de Toumba nous inquiètent aujourd‘hui et nous amènent à la dénonciation puisque l’Etat avait promis de lui apporter un certain confort ; l’inventaire des besoins a été opéré par l’avocat général près de la cour d’appel de Conakry et jusqu’à ce jour Toumba se trouve dans l’attente, rien n’a été agréé l’Etat n’est pas à l’aménagement d’une chambre salon près. C’est dire que c’est une autre stratégie tendant à traumatiser l’homme, à l’empêcher de se préparer dignement de son potentiel pour assurer sa défense. Toumba, à ce jour vit sur un petit lit dont le matelas recouvre difficilement, et dans une chambre-salon surchauffée, annexée à une cuisine publique au point que la nuit il est obligé de tremper son tricot dans de l’eau pour s’essuyer. Vous voyez le durcissement de ses conditions carcérales et il nous est très difficile de travailler dans sa cellule puisque quand nous y arrivons, nous sommes obligés d’emprunter des chaises en plastique et nous mettons nos dossiers sur nos jambes pour pouvoir travailler des heures durant avec lui. On a demandé de lui doter d’un salon et d’un bureau puisque Toumba a aujourd’hui toute la partie civile contre lui, il a aussi ses Co-inculpés qui l’accusent. Donc il a un gros dossier à abattre. Voici un Homme au moral d’acier qui ne faiblit pas, qui est d’ailleurs très heureux  d’être dans son pays pour essayer cette fois ci de répondre ses détracteurs, de déposer à la place publique le masque qu’on lui avait fait porter, indexer au peuple de Guinée ses bourreaux et demander au peuple de mettre cette fois-ci notre justice à l’épreuve. Toumba est un grand lecteur, il lit des romans, il lit des documents littéraires et il est très dense, chaque fois que nous causons, toutes ses conversations sont étayées par une citation avec son auteur. Son admiration me fait passer plus de temps que je ne l’avais prévu.

 

Entretien réalisé par Thierno Sadou Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Mardi 04 avril 2017 à 11:16

Facebook icon
Twitter icon
Google icon