Tirs sur les manifestants en Guinée : le Haut Commandement de la gendarmerie précise…

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Interview
Lieutenant-Colonel Mamadou Alpha Barry, officier de communication du Haut Commandement de la Gendarmerie nationale
Lieutenant-Colonel Mamadou Alpha Barry, officier de communication du Haut Commandement de la Gendarmerie nationale

CONAKRY- La haute hiérarchie de la police et de la gendarmerie donne t-elle l’ordre d’utiliser des armes à feu lors des manifestations ? Le Haut Commandement de la Gendarmerie nationale vient de réagir suite aux révélations faites par un sous-officier. L’officier de communication de la gendarmerie nationale, le Lieutenant-Colonel Mamadou Alpha Barry, s’est confié à notre rédaction…

 

AFRICAGUINEE.COM : Lieutenant-Colonel Mamadou Alpha Barry bonsoir ! Un gendarme vient de faire des révélations accablantes sur les opérations de maintien d’ordre en Guinée en disant que les forces de l’ordre tirent sur les manifestants. Qu’en dites-vous ?

LIEUTENANT-COLONEL MAMADOU ALPHA BARRY : D’entrée de jeu, je m’inscris en faux. Je pèse mes mots parce que ce qui se passe sur le terrain, je le vis. Le fait qu’il est sorti dans les medias pour dire que les chefs donnent l’ordre de tirer, je dirais que c’est archi-faux. Au 21ème siècle, tu ne verras aucun chef militaire dire que c’est moi qui ai donné l’ordre de tirer sur un manifestant. Même lors de la seconde guerre mondiale quand les nazis dominaient le monde, lors du procès de Nuremberg, tous les chefs nazis ont nié les faits. C’est vous dire qu’au 21ème siècle, on ne peut se permettre de dire qu’un chef militaire peut donner l’ordre de tirer sur un civil. Là il a menti. Moi j’ai écouté le son qui est modifié, mais en âme et conscience, je sais que celui qui a témoigné n’est pas un gendarme. Moi qui suis le chargé de communication de la gendarmerie nationale, je ne connais pas le dispositif de la police la veille des manifestations. Je ne peux pas parler au nom de la gendarmerie et en même temps parler au nom de la police alors que lui, en tant que gendarme d’après vous, il a parlé au nom de la gendarmerie et de la police. Toute chose qui me fait dire que c’est archi-faux ce qu’il vous a raconté. Tu ne  verras aucun chef militaire dire prenez les armes et tirez sur les gens. Ça n’existe dans aucune armée du monde.

Comment peut-on expliquer alors les morts par balles lors des manifestations à Conakry ?

C’est vrai qu’on enregistre des morts, mais le dispositif que nous détenons au niveau de la gendarmerie, à la veille de chaque manifestation on se concerte, on tire les conséquences de la précédente manifestation. Et la dernière phrase du coordinateur national des escadrons de gendarmerie mobile, c’est : l’utilisation des armes de guerre est interdite dans une manifestation. C’est ce qu’il dit toujours. Quand il le dit, je suis toujours à côté. Le jour où il y aura une inculpation liée à un gendarme par rapport aux manifestations, il n’y aura pas de soucis. Ils pourront dire ce qu’ils veulent. Mais pour le moment, aucun juge n’est sorti pour inculper un gendarme. Il y a eu des gendarmes qui ont été inculpés pour torture. A Kindia lors d’une manifestation, un gendarme a torturé un enfant jusqu’à ce que mort s’en est suivie, mais on a assisté le juge pour l’inculper. Ce gendarme est en train de purger sa peine à la maison centrale. Quand il y a eu viol à Labé sur la petite Aissatou, la gendarmerie a aussitôt réagi. Le gendarme a été interpelé et mis sous verrou. Alors quand on dit qu’un chef militaire a dit de prendre les armes et de tirer sur un civil, ce n’est pas vrai. Ça n’a jamais existé dans nos rangs.

Selon vous il n’y a aucun moyen pour un gendarme d’outrepasser les consignes données par sa hiérarchie à propos de l’utilisation des armes non conventionnelles ?

Il n’y a pas une société parfaite. Dans chaque entité, il y a des brebis-galleuses. Mais ce qui m’étonne, c’est quand il a dit que ce sont les chefs qui donnent l’ordre de tirer sur les civils. Là ce n’est pas vrai.

Le gendarme qui a témoigné exprime une sorte d’exaspération sur ce qui se passe sur le terrain lors des opérations de maintien d’ordre. Il dit qu’il ne peut plus garder le silence surtout que le procureur a insinué que ce sont les civils qui s’entretuent lors des manifestations. Qu’en dites-vous ?

Qu’est-ce qui nous dit d’ailleurs réellement qu’il s’agit d’un gendarme ? Il faut que nous-même le certifiions. Moi-même si Africaguinee m’avait appelé en catimini pour que je vienne voir réellement qu’il s’agit bien d’un gendarme, j’allais vous le dire, je m’en contrebalance du reste. Il pouvait dire ce qu’il veut. Il n’y a pas de soucis. Mais qu’est-ce qu’on me dit : il nous a montré une carte, il nous a montré un bulletin de solde. Aujourd’hui, il y a des imprimeries partout. On vient de détecter des milliers de faux étudiants dans les Universités. Qu’est-ce qui a fait ça, c’est parce que des gens sont allés imprimer des faux diplômes. Aujourd’hui, on peut se dégoter de toutes sortes de cartes, de documents. On a pris ici des faussaires avec des faux billets de banque, on a pris des faussaires avec la signature même des ministres. Donc, si on me dit que c’est parce qu’il a présenté une carte d’identité, un bulletin de solde, non. Vous auriez dû m’appeler pour me dire qu’un gendarme est prêt à témoigner, même si je devais me cacher sous la table ou je ne sais où pour juste certifier qu’il s’agit réellement d’un gendarme ou pas.

Le témoignage est anonyme justement parce que la personne craint des représailles après. L’agent l’a lui-même martelé dans l’interview. N’est-ce pas que ça aurait été un pari trop  risqué ?

Non il n’y aurait eu aucun risque. Il n’y a aucun risque. Je connais un peu l’éthique et la déontologie des journalistes. Je sais que vous ne vendez jamais vos sources. Tu es un ami, mais je sais que pour rien au monde tu ne diras de quel gendarme il s’agit. Donc, je n’allais jamais le dénoncer. Mais par rapport à ce qu’il a dit, je sais qu’un gendarme ne peut pas parler au nom de la gendarmerie et au nom de la police. Encore un rappel : lors des rencontres à la veille des manifestations, les sous-officiers ne sont pas présents. C’est après la réunion, chaque chef répercute cela à son personnel. Ça se passe comme ça. Mais quand il sort pour dire ce qui se passe au niveau de la gendarmerie et de la police, je m’inscris en faux. Moi qui parle en tant qu’officier supérieur de la gendarmerie je ne peux pas dire ce qui passe à la police. Je ne peux pas le dire parce que la police ne va vendre sa mèche.

Lors des rencontres mixtes, qui réunissent police, gendarmerie, les ministères de la sécurité et de l’administration, tous ces cadres-là peuvent-ils s’assoir écouter un officier de la police ou de la gendarmerie dire aux agents de prendre les armes et tirer sur les civils ?  Vous ne verrez jamais ça. Dans nos rangs, il y a ce qu’on appelle l’ordre illégal. Et quand un chef se permet de donner un ordre illégal automatiquement, il est traduit en justice. J’ai perdu des frères, des sœurs lors des manifestations, pourrais-je m’assoir dans une réunion où un chef dit à un gendarme : prend l’arme et tire sur les civils, que le lendemain il y ait mort et que je me taise ? Non ! Ce n’est pas possible. Ça ne se passe pas comme ça. Mais on a compris que c’est un réseau qui en veut juste à la gendarmerie ou à la police qui cherche à maquiller ou habiller des personnes pour dire que ce sont les gendarmes ou les policiers qui ont fait ça. Ce n’est pas vrai. Encore une fois je m’inscris en faux, un gendarme ne peut pas donner l’ordre de tirer sur un civil.

Merci colonel !

C’est à moi de vous remercier !

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

Créé le Mercredi 15 mars 2017 à 11:20

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