Bah Oury : « Ma réconciliation avec Cellou Dalein Diallo… » (Exclusif)

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Interview
Bah Oury
Bah Oury

CONAKRY- Une réconciliation est-elle envisageable entre Cellou Dalein Diallo et Bah Oury ? Ce dernier qui a gagné le procès l’opposant à la direction nationale de l’Union des Force Démocratiques de Guinée, vient d’apporter des précisions sur son avenir politique et ses relations avec Cellou Dalein Diallo. Nous avons reçu Bah Oury dans nos locaux, et nous lui avons tendu notre micro… Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Bah Oury bonjour ! Dans quel état d’esprit avez-vous accueilli la décision du tribunal de Dixinn annulant votre exclusion de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée ?

BAH OURY : Je l’ai accueilli avec sérénité et je pense que le droit est dit. A partir de maintenant une nouvelle page s’ouvre pour l’UFDG.

Il y a quelques jours vous attiriez l’attention de l’opinion sur les agissements de vos adversaires qui , selon vous, essayaient de mettre la pression sur la justice. N’avez-vous pas été contredit par la Justice ? 

Dans un combat judicaire il y a des gens qui utilisent les armes légales, il y a d’autres qui utilisent des armes qui ne sont pas du tout licites. Et je pense que dans le cas d’espèce, puisque la chose à juger est précise, claire, il va de soi, au-delà de toute préférence, le droit est dit. Et je m’en félicite et je félicite le tribunal de Dixinn.

Pourtant le combat semble très loin de finir étant donné que le camp de Cellou Dalein Diallo a interjeté appel contre la décision du tribunal de Dixinn. Ce qui voudrait dire qu’à l’heure actuelle, vous n’êtes pas encore rétablis dans vos droits en tant que vice-président du parti. Comment préparez-vous cette autre bataille ?

La bataille judicaire suivra son cours comme d’autres batailles judicaires qui vont intervenir dans peu de temps. C’est ce qui est le plus important. Le combat pour la démocratisation de l’institution UFDG se poursuivra d’une manière ou d’une autre. Le combat pour la rénovation de ce parti, son enracinement démocratique, pour l’affirmation de son identité réellement démocratique va se faire. Parce que même le processus actuel rentre dans le cadre d’une démarche pédagogique pour façonner une réelle identité démocratique à ce parti qui en a tant besoin. Le combat en cours, au-delà de l’aspect judicaire, est un combat entre deux cultures politiques totalement opposées par rapport à la vision de la société et de l’avenir de la Guinée. Et au-delà de ma personne, c’est ce combat qui est engagé pour une dynamique de réconciliation profonde dans ce pays et également l’émergence d’une autre classe politique plus moderne, plus ouverte, qui va rejeter les archaïsmes que nous sommes en train de voir s’exprimer par-ci par-là.

Quel genre de combat comptez-vous mener au sein de l’UFDG pour retrouver votre place ?

Vous savez, une institution est comme un corps vivant. Ça grandit, ça dépérit, ça peut se régénérer. L’UFDG est un corps vivant qui est appelé à avoir de nouvelles bouffées d’oxygène. Ceux qui s’ancrent dans l’immobilisme, libre à eux d’y rester, mais nous continuons le combat. La démarche politique d’aujourd’hui dans ce monde interconnecté ne se fait pas comme il y a 15 ans ou 20 ans. Il faut apporter des idées, de la nouveauté, de l’innovation, de l’espoir, rassurer et répondre de manière précise aux préoccupations de l’écrasante majorité de la population. C’est à cela que je vais m’atteler beaucoup plus que je ne le faisais avant avec les équipes qui sont autour de moi et avec tous ceux et celles qui au-delà même des rangs actuels de l’UFDG veulent s’inscrire dans cette dynamique.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que le combat que vous menez est perdu d’avance d’autant plus que vous ne seriez plus dans le cœur des militants de l’UFDG ?

Laissons-leur la liberté de dire qui est dans le cœur des militants de l’UFDG ou qui ne l’est pas. L’avenir nous dira ce qu’il en sera. Mais ce qui est plus important la vie continue, le monde change et nous sommes en phase avec cette modernité et cette dynamique de changement. Il y a quelques mois, des gens disaient que la page Bah Oury est tournée. Malgré tout je continue mon chemin pour que la Guinée de demain soit démocratique, réconciliée, moderne. C’est à cela que j’aspire et je pense qu’il y a des hommes et des femmes de tous les horizons qui veulent s’engager dans ce combat-là. Je vais contribuer à les faire avancer dans ce sens.

M. Cellou Dalein Diallo, le leader du parti n’a pas encore réagi suite à cette décision de la justice. Pensez-vous qu’une réconciliation est envisageable avec lui ?

La question de la réconciliation est intéressante, mais le plus important dans la phase actuelle, c’est d’avoir l’adhésion de l’écrasante majorité des militants de l’UFDG et avoir l’adhésion de l’opinion nationale et internationale.

Voulez-vous dire que cela n’est pas d’actualité ?

La question politique n’est pas une question de sentiment. Ce sont des questions de principe et de respect des règles. Vous êtes dans une entreprise, vous n’êtes pas tenus d’aimer tous ceux qui sont dans l’entreprise, mais vous êtes régis par une certaine  discipline, par un certain code de travail qui vous oblige à cohabiter et à collaborer avec des gens qui peut-être vous ne partagerez jamais un repas ensemble. Dans le cadre d’un parti politique, c’est également la même chose. Il y a des statuts, des règles et principes que chacun d’entre nous, dans le cadre de sa mission et du rôle qui lui est investi assume l’intégralité de sa responsabilité. C’est ça le plus important. C’est la règle numéro 1.
 

La deuxième règle, il est important que pour une meilleure collaboration que les sentiments interviennent pour favoriser une certaine collaboration. Mais ce qui est plus important, c’est le respect des règles, des statuts et des rôles de chacun et des principes cardinaux qui ont présidé à la fondation de l’UFDG. Celui qui respecte cela, c’est déjà un grand pas. Celui qui ne le fait pas, sera nécessairement en confrontation. Parce que l’essentiel de notre action, c’est l’avènement d’une réelle démocratisation de la société guinéenne au-delà de l’UFDG pour qu’il y ait une bonne gouvernance dans ce pays, rattraper notre retard et répondre aux défis qui se posent à la jeunesse de ce pays qui a tant de besoins au point de vu existentiel que les autres problèmes que nous connaissons.

Qu’est-ce qui vous a choqué au point d’arriver à cette radicalisation entre vous et Cellou Dalein Diallo ?

Moi j’ai toujours rêvé de mettre en place une institution politique. C’est la raison pour laquelle, nous sommes les premiers, avec le doyen Thierno Maadjou Sow, paix à son âme, à jeter les bases d’une organisation guinéenne pour les droits de l’Homme et du citoyen en République de Guinée, qui sortait d’une période sombre du fait de la dictature. C’était une étape importante. La deuxième, l’engagement politique partisan dans le cadre de l’UFDG, je ne suis jamais accaparé de l’appareil en disant que c’est moi le fondateur. Donc quiconque vient doit se mettre derrière moi. J’ai privilégié ce qui renforce, ce qui rassemble, ce qui fédère et qui permet d’aller de l’avant. D’où les motivations qui ont amené l’arrivée du doyen Ba Mamadou, de Saliou Béla et de Cellou Dalein. La tradition qui consiste à privilégier l’intérêt de l’institution au détriment des ambitions personnelles, devrait être une tradition qui devrait être respectée par tous les dirigeants du parti. Aujourd’hui  on se rend compte qu’il y a une volonté manifeste de confisquer totalement, pour la cause d’une personne, l’UFDG. Et là c’est en contradiction flagrante avec tout ce que j’ai mis dans mes convictions politiques depuis très longtemps. L’instauration de la normalité au sein de l’UFDG passe par le combat qui est en train d’être mené.

Vous sentez-vous trahi ?

Lorsque vous avez cru à des gens, vous avez mis votre espoir, qu’avec eux vous pouvez construire quelque chose de grand qui vous dépasse tous et que par la suite, ce sont eux que vous avez accueilli qui sont en train de vous mener à la tombe de manière physique, en organisant des tentatives d’assassinat, de manière verbale en vous dénigrant, en jetant l’opprobre sur vous, c’est normal d’être déçu.

Certains estiment que vous avez passé un deal avec le Chef de l’Etat qui vous a gracié. Qu’en dites-vous ?

Cela fait plus d’un an que je suis là. S’il y a un deal, demandons à monsieur Cellou Dalein le point 2 des accords politiques qui a fait un deal avec le pouvoir en place. A partir de là, je pense qu’on parlera autrement.

Vous avez changé de ton de manière spectaculaire à l’endroit du Pouvoir du Président Alpha Condé. Qu’est-ce qui explique ce revirement ? 

Ce n’est pas un revirement. C’est le principe de la réalité. Durant le premier mandat, il y avait une crispation telle dans ce pays que nous allions fatalement si cette logique continuait vers une explosion du pays. Grace à Dieu et par votre concours, le 13 octobre 2015, nous avons pris notre responsabilité pour appeler la population guinéenne à ne pas contribuer à l’éclatement d’une crise postélectorale en Guinée qui allait être sanglante. Grâce à Dieu, la Guinée a évité cela. A partir de ce moment, du côté du président Alpha Condé, il y a eu une volonté d’aller dans le sens de la décrispation et de l’apaisement. Personnellement, homme qui aime la Guinée et qui aime que ce pays avance, j’ai de ce point de vu contribué à ma place et à ma manière à ce que la décrispation puisse se poursuivre. C’est l’intérêt du pays qui le commande. Donc, il n’y a pas eu de revirement, c’est une volonté d’épouser les intérêts fondamentaux de la Guinée. Si le régime fait des choses bonnes pour la Guinée, j’applaudirais des deux mains,  s’il fait des choses qui ne cadrent pas avec ce que j’estime être l’intérêt national, j’aurais le courage de dire ce que j’en pense. D’où ma critique par rapport à ce code électoral notamment la question concernant l’élection des chefs de quartier et de district. Je pense que c’est une décision qui ne va pas à terme dans l’intérêt de la Guinée.

Avez-vous un message à lancer aux guinéens et spécifiquement à l’endroit des militants et sympathisants de l’UFDG ?

Aux militants de l’UFDG, je leur dis, gardez espoir, un jour nouveau se lève mais cela demande votre implication. N’acceptez plus l’intimidation, n’acceptez plus le mensonge, ayez une vision objective et critique de la réalité. Impliquez-vous à tous les niveaux du parti et ne cédez aucun terrain à qui que ce soit par l’intimidation et la peur.

A la majorité de la population guinéenne et au peuple guinéen, je dis il faut croire en l’avenir de la Guinée. Nous allons travailler pour que ce pays soit un pays réconcilié, prospère qui soit en phase avec la modernité et avec ce que nos anciens ont toujours rêvé : faire de ce pays la locomotive en Afrique de l’Ouest. C’est notre ambition, et avec les moyens de bord et avec l’aide de Dieu, nous allons y parvenir.

Monsieur Bah Oury merci !

Je vous en prie !

 

Interview réalisée par Souaré Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 11

Créé le Mardi 07 mars 2017 à 15:05

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