Cerveau : la greffe de neurones n'est plus un rêve

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Des avancées laissent espérer qu'il sera un jour possible d'aider cet organe à s'autoréparer, et donc à recouvrer certaines fonctions.
 

Cela ressemble de moins en moins à de la science-fiction, même si les applications des travaux actuels portent sur l'animal. En effet, il est désormais acquis que le fait d'implanter, dans une région lésée du cerveau, des cellules cérébrales immatures entraîne une réparation du tissu cérébral.
Nouvelle étape

Cette découverte est d'autant plus importante que, à la différence de certains autres organes, l'encéphale a des capacités d'autoréparation extrêmement limitées. Aujourd'hui, les chercheurs viennent de franchir une nouvelle étape en déterminant le moment idéal pour que cette transplantation donne les meilleurs résultats.
C'est une fois encore l'équipe d'Afsaneh Gaillard qui soulève de nouveaux espoirs. Ces scientifiques de l'Unité Inserm 1084 (Laboratoire de neurosciences expérimentales et cliniques, université de Poitiers) n'en sont pas à leur coup d'essai. Ils avaient déjà montré, il y a dix ans, que le cerveau de souris adultes pouvait être réparé par une transplantation de cellules nerveuses et immatures, de même nature que celles du tissu lésé (en l'occurrence le cortex moteur). Une fois sur place, ces cellules nerveuses pouvaient non seulement s'intégrer dans les réseaux de neurones existants et survivre, mais aussi reconstruire les voies endommagées, et donc en permettre une amélioration fonctionnelle. « Ces résultats, qui ont tout d'abord suscité l'incrédulité, ont été confirmés sur d'autres espèces animales par la suite », précise le communiqué de l'Inserm.

Rajeunissement du cerveau

En mars 2015, Afsaneh Gaillard et son équipe se faisaient remarquer par une publication dans la revue Neuron  : « Nous sommes les premiers au monde à montrer que l'on peut réparer du cortex, en l'occurrence du cortex visuel », avait alors expliqué le chercheur au Figaro. L'expérience avait consisté à greffer des neurones obtenus à partir de cellules souches embryonnaires cultivées in vitro. Des connexions se sont progressivement formées. En stimulant l'œil des souris, les chercheurs ont vu les neurones greffés s'activer.

Deux mois plus tard, une équipe de l'université de Californie, à Irvine, décrivait dans la même revue d'autres résultats spectaculaires : le cerveau de souris adultes « rajeunit » grâce à la greffe de neurones issus d'embryons provenant de la même espèce. Et, grâce à cette transplantation, les rongeurs adultes qui souffraient d'un déficit visuel recouvrent une vue normale.
Délai avant la greffe

Afsaneh Gaillard et son équipe* viennent de franchir un nouveau cap en montrant que la transplantation est beaucoup plus efficace si elle est réalisée une semaine après la lésion (et non immédiatement après, comme cela se pratiquait jusqu'à présent). La vascularisation du greffon est alors plus importante, le nombre de neurones survivants est supérieur et les projections vers les zones cibles beaucoup plus rapides et nombreuses.
Enfin, l'étendue de la réparation du tissu est nettement plus importante et la récupération fonctionnelle plus complète. « L'existence d'un délai avant la greffe donnerait le temps de préparer les neurones nécessaires à la transplantation, que ce soit à partir de cellules fœtales ou de cellules somatiques du patient reprogrammées », se réjouit Afsaneh Gaillard, qui envisage des perspectives à moyen terme pour les patients.

* En collaboration avec l'Institut de neurosciences de la Timone, l'université Aix-Marseille et le CHU de Poitiers. Ces travaux ont été financés par l'Institut pour la recherche sur la moelle épinière et l'encéphale (IRME)

 

Le point

Créé le Mercredi 01 mars 2017 à 17:49

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