Labé : à la découverte de Bambaya, un quartier qui manque de tout…

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Reportage

LABE- Erigé en quartier en 1992, Bambaya situé à environ 10 kilomètres du centre-ville de Labé est en manque de tout. 25 ans après sa création, il ne dispose d’aucune infrastructure sociale de base. Il n’y a ni école, ni centre de santé, ni routes, ni eau potable, ni électricité…. Bambaya est un quartier-village oublié au cœur d’une ville. Reportage dans ce quartier « rural » peuplé de 700 habitants.

Bambaya souffre le martyr. Pourtant il est l’un des principaux pourvoyeurs de vivres frais de la préfecture de Labé. La principale activité est la culture des légumes et fruits. Partout, des femmes, des hommes accompagnés de leurs enfants filles comme garçons sont visibles dans les jardins potagers. Ils vivent des revenus des récoltes de ces jardins qu’ils vendent au grand marché de Labé.

En saison sèche, c’est une source qui est l’unique moyen d’accès à l’eau, une eau qu’il faut filtrer avant usage. En saison pluvieuse, les citoyens font recours aux marigots pour trouver de l’eau à boire. L’unique pont qui mène dans ce quartier est encore à l’état traditionnel (fait en bois). Pour qu’une voiture y arrive, il faut un contournement d’au moins 5 à 7 km.

Aissatou Oury Sow, sexagénaire, explique leurs difficultés : « Depuis la nuit des temps, c’est dans cette source que nous puisons de l’eau. Elle ne tarit pas, mais s’il y avait un forage dans le quartier on n’allait pas être là. C’est cette eau que nous buvons, nous n’avons pas le choix. Parfois c’est au marigot appelé Saala que nous puisons mais en saison sèche il tarit. Ce qui oblige tout le monde à venir à la source ici. Je prie Dieu de donner la force aux autorités afin qu’on puisse avoir une pompe ici à Bambaya », a lancé cette mère de famille.

Madame Sow souligne que les besoins de son quartier sont importants parce qu’il n’y a pas d’écoles, ni d’hôpitaux, ni de pompes pour avoir accès à l’eau potable. Ils sont aussi en manque d’intrants pour leurs jardins potagers.

Le quartier de Bambaya semble être oublié par les autorités. Jusqu’à ce jour toutes les demandes introduites par les autorités locales auprès des responsables administratifs sont restées sans suite. La principale difficulté de ces habitants est liée à l’accès à l’eau potable. Un paradoxe saisissant quant on sait que la Guinée est le château d’Afrique de l’Ouest.  « Notre quartier a été érigé en 1992. Parmi nos difficultés, il y a l’accès à l’eau potable. A l’heure qu’il fait, nous vivons encore de l’eau de source, où nous avons mis un tuyau afin de diriger l’eau vers une direction donnée pour que tous puissent avoir de l’eau. Cette source existe depuis des siècles, c’est comme ça que nous avons vu ce point d’eau avec nos parents, jusqu’à présent la situation n’a pas changé pour nous. Depuis 1992 nous pleurons sur les différentes autorités qui se sont succédées à Labé pour qu’on puisse avoir un forage mais nos demandes n’ont pas connu de suite ; mais nous continuons toujours, l’actuelle délégation  spéciale nous la prions aussi dans ce sens », s’est plaint le conseil de quartier Boubacar Thirollo Diallo qui est conscient des risques d’attraper des maladies hybrides en consommant l’eau de source.

« Nous avons donné une consigne à tous, après avoir fini de puiser, que chacun filtre l’eau à travers un tissu propre avant de la consommer. Si  cette source n’existait pas l’on se demanderait comment vivre ici avec l’absence de forage. En saison pluvieuse nous puisons dans les rivières qui nous entourent, là, la source respire un peu, mais actuellement tous les marigots tarissent » confie le chef de quartier de Bambaya.

Enclavement

L’autre problème du quartier Bambaya, est lié à l’enclavement. Le pont qui se trouve sur la route a presque cédé. Sans aucune assistance, les habitants utilisent des moyens rudimentaires pour entretenir le pont de fortune en bois qui relie directement la zone à ses quartiers voisins.

Oury Agna Diallo adjoint du conseil de quartier lance un appel autorités. « en 1960, nous avons mis des blocs de pierres pour relier notre quartier à celui voisin. Ensuite nous avons mis un grand pont en bois, des engins pouvaient passer dessus, mais en 2013 le pont a cédé. Depuis nous demandons de l’aide à la commune sans suite. Pour qu’un véhicule arrive chez nous il faut contourner et aller vers Falo Bowè pour être là. Au temps d’El-hadj Amadou Thiam maire de Labé, commandant Lamarana préfet de Labé, le gouverneur c’est toujours Sadou keita, toutes les démarches se sont soldées par des échecs », déplore M. Diallo avant de poursuivre ses complaintes.

« Tout ce que vous voyez ici, les bâtiments et tout appartiennent à des  particuliers, mais aucune présence de l’Etat dans tous les domaines. Nous n’avons même pas des ressortissants qui nous appuient à plus forte raison les autorités, l’autorité n’a rien fait pour nous. La piste rurale sans issue qui est là est faite à travers nos mains, il n’y a pas d’écoles, pas de poste de santé. Sii une personne tombe malade ici, nous la conduisons à Saala ndouyebhè(un quartier voisin à 2km), si c’est un cas grave nous l’amenons à l’hôpital régional avec assez de difficultés. Nos femmes en état de famille souffrent beaucoup ici parce que les consultations ne sont pas fréquentes, nos enfants aussi vont à Saala ndouyebhè aussi pour étudier ou au quartier Falo Bowè à environs 3 km de chez nous. Nous sommes dépendants dans tous les sens » déclare la deuxième personnalité du quartier.

Manque de moquées…

Interrogé, l’imam du quartier, Thierno Oumar Diallo indique que la mosquée du quartier mérite d’être agrandit pour pouvoir abriter la grande-prière du vendredi.  A Bambaya, les fidèles marchent à des kilomètres à chaque vendredi pour accomplir ce devoir religieux.  « La petite mosquée que vous voyez ici est l’œuvre de nos parents, elle mérite d’être agrandie maintenant pour les prières de vendredi. Actuellement elle n’accueille les fidèles que pour les prières ordinaires. Les vendredis nous sommes obligés de marcher à des kilomètres pour aller chez nos voisins. Tout se limite à nos efforts rien d’autres, nous sommes oubliés là. Nous pouvions effectuer des démarches auprès des responsables religieux afin qu’ils nous permettent de faire les prières de vendredi ici, mais il faut les moyens pour rénover la mosquée d’abord », explique l’imam.

Sidi Bailo Diallo, jeune élève de Bambaya âgé de 19 ans est l’un des rares fils de ce quartier à atteindre le niveau 10ème année. Certains se limitent à l’élémentaire compte tenu de la distance, tandis que d’autres n’y vont pas du tout.

Notre quartier est un village dans une ville

Il raconte : «  j’ai commencé les études à l’école primaire de Saala ndouyebhè faute d’école dans mon quartier. J’ai eu le courage de continuer. Aujourd’hui je fais la 10eme année au collège Hoggo Mbouro de Labé (au centre-ville). Je parcours à peu près 10km tous les jours pour me rendre à l’école à pied, je trouve rarement d’occasion, parce que notre quartier est un village dans une ville. Je sors tous les jours à 6 heures pour ne pas arriver en retard. Mon quartier n’a pas d’intellectuels, c’est pourquoi j’ai le courage d’étudier pour aider un jour mes concitoyens. J’ai un autre ami qui étudie, il fait la 9ème au collège de Tata (école située près de l’aéroport de Labé). Je peux vous dire que nous n’avons pas d’autres frères qui ont atteint notre niveau ici. Pour les tout petits, ils ne sont pas nombreux à fréquenter l’école, parce que ce n’est pas facile pour beaucoup de parents de faire face aux charges bien que nous fréquentons des écoles publiques. Beaucoup préfèrent conduire leurs fils vers les métiers, d’autres restent pour faire les jardins potagers » a expliqué cet élève qui souhaite aider son quartier

Hamidou Bailo Bambaya responsable des jeunes en parle raconte qu’aucune activité liée à la promotion de la jeunesse n’est active. « Les activités de la jeunesse sont aux arrêts, les raisons nous n’avons pas un terrain de football, pas de maison de jeunes et tout ce qui pourrait mobiliser la jeunesse. Parfois certains quartiers nous convient à des tournois de football, on fait notre mieux pour honorer l’invitation à part ça, rien d’autres. On se retrouve parfois, mais aucun idéal autour duquel on peut nous retrouver », regrette le responsable de la jeunesse.

Il faut noter qu’ils se comptent au bout du doigt ceux qui savent que Bambaya est un quartier de la commune urbaine de Labé. Pourtant ce nom est mentionné parmi les 28 quartiers de la commune urbaine. Depuis 1992, Boubacar Thirollo Diallo dirige ce quartier. Il lance un SOS  pour le développement de son quartier.

 

Reportage réalisé par  Alpha Ousmane Bah

Correspondant régional d’Africaguinee.com à Labé

Tel .: (00224) 657 41 09 69

 

 

 

 

 

Créé le Samedi 04 Février 2017 à 9:15

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