El hadj Diouma Diallo de l’UFDG : « Il y a une conspiration contre l’accord politique… »

Facebook icon Twitter icon
Interview
El hadj Abdoulaye Diouma Diallo
El hadj Abdoulaye Diouma Diallo

CONAKRY- L’opposition guinéenne a t-elle été trahie par le Président Alpha Condé ? El hadj Abdoulaye Diouma Diallo, le 3e vice-président de l’Assemblée Nationale dénonce une conspiration entre l’exécutif et la mouvance présidentielle visant à empêcher l’application stricte de l’accord politique signé le 12 octobre dernier. El hadj Abdoulaye Diouma Diallo, haut cadre de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée s’est confié à notre rédaction.

 

AFRICAGUINEE.COM : Honorable Abdoulaye Diouma Diallo bonjour ! Pourquoi selon vous l’adoption du nouveau code électoral n’a pu avoir lieu ce Mercredi 4 janvier 2017 ?

HONORABLE ABDOULAYE DIOUMA DIALLO :  Nous avons fait le constat amer qu’au niveau de l’Assemblée Nationale, il y avait une véritable conspiration tendant à mettre en cause l’accord du 12 octobre 2016. Parce qu’en ce qui concerne ce point de l’accord relatif à la mise en place des conseillers de district et des quartiers, nous avons vu que nos collègues de la mouvance présidentielle ont usé de toutes sortes de subterfuges pour obstruer le travail devant aboutir au vote du projet de loi introduit pourtant par le Gouvernement. C’était particulièrement curieux. Parce que nous bouclons la troisième année, mais tous les textes venus du Gouvernement, que ce soit les projets de Loi ou des accords signés dont le Parlement doit autoriser la ratification par le Chef de l’Etat, nos collègues se sont toujours empressés de soutenir fortement ces projets de textes venant du Gouvernement. Mais dans le cas du projet d’amendement du code électoral, en accord avec le point 2 de l’accord du 12 octobre, nous avons vu qu’ils ont utilisé toutes sortes de moyens pour empêcher l’adoption du code. D’abord le premier texte qu’on a reçu n’était pas le bon. Nous l’avons pratiquement rejeté. Le Gouvernement l’a repris. En ce qui concerne la mise en place des conseillers de quartiers et de districts, ils l’ont rendu conforme à l’accord.

A un moment donné, au cours des discussions, la mouvance a sorti une proposition tendant d’abord à supprimer la possibilité des candidatures indépendantes. Nous nous sommes opposés. Nous avons indiqué que c’était inopportun. Il faut laisser la possibilité aux citoyens qui ne se retrouveraient pas dans des listes de candidatures des partis, de compétir pour les élections locales. Nous avons battu ça très rapidement en brèche. Ensuite au cours des derniers jours de l’examen du projet au niveau de la commission des Lois, la mouvance présidentielle est revenue avec une autre proposition. En disant que pour la constitution du conseil communal, de faire un scrutin de listes majoritaire à laquelle on devrait attribuer l’ensemble des sièges du Conseil communal, seulement parce que la liste est en tête. Et d’occulter les pourcentages obtenus par toutes les autres listes. Nous avons estimé que ce n’était pas bon. Parce qu’il s’agit là de la politique de décentralisation et de promotion de la démocratie locale. Si on pratique un scrutin de liste majoritaire pour la constitution du conseil communal, ça devient une politique excluant les autres sensibilités. Cela n’est pas démocratique, et ça ne favorise pas la concorde sociale au niveau de la localité. Là aussi nous avons réussi à débouter le RPG arc-en-ciel de cette position.

Au tout dernier moment ils sont revenus avec une formule dite mixte. C’est-à-dire faire en sorte que celui qui est majoritaire quelque soit son pourcentage de suffrages (même si c’est 25% ou moins), qu’on lui donne la majorité des conseillers, comme s’il avait plus de 50%. Et que toutes les autres listes de candidature se partagent les 49%. Nous avons trouvé que c’est une aberration pure et simple. Parce qu’en procédant de cette façon, on risque d’éliminer les listes  qui n’auraient qu’un ou deux conseillers. C’est pratiquement prendre des suffrages revenant à certaines listes pour donner à la liste qui arrive en tête. Ce n’est pas normal.

Ce qui est équitable et juste, c’est la proportionnelle. C’est-à-dire que l’on affecte à chaque liste de candidature le nombre de conseillers correspondant aux suffrages qu’il a obtenu à l’élection. Tous ces conseillers se réunissent au conseil communal, qui par voie élective de façon indirecte élise l’autorité exécutive communale, l’adjoint ou les adjoints. Nous pensons que c’est ce qui est plus juste, plus équitable. Cela permet de mobiliser l’ensemble des sensibilités politiques. C’est très important pour la cohésion sociale et pour le vivre ensemble au niveau des collectivités où il y a la diversité. Comme chez nous la configuration politique suit souvent la configuration communautaire, si on utilise le scrutin majoritaire ou le scrutin mixte, on va à des politiques d’exclusion et de ségrégation. Ce n’est pas bon. Nous avons rejeté toutes ces propositions. Il faut préciser que toutes ces dernières propositions de suppression de listes de candidatures indépendantes, ou de mode de liste majoritaire, semi-majoritaire, semi-mixte ne figuraient pas du tout dans le projet de Loi soumis par le Gouvernement.

Mais nous avons compris finalement que c’était des propositions quelque peu inventée en dernière minute juste pour bloquer l’adoption du projet de modification de certaines dispositions du code électoral et finalement remettre en cause l’accord du 12 octobre. Parce que cette formule de mise en place des conseillers de quartiers et de districts vient de la mouvance. Leur première position lors des négociations au dialogue, c’était de faire nommer désormais par les autorités administratives les membres des conseils de quartiers et de districts sur toute l’étendue du territoire nationale. Nous avons dit non parce que c’était illégal. Le code électoral actuellement en vigueur est là. Dans ce pays depuis 1957 au moment de la suppression de la chefferie de canton par le PDG sous le temps colonial, les guinéens ont été associés à la désignation de leurs responsables de proximité.  Quand nous avons refusé la proposition de nomination ils sont revenus finalement avec cette formule proposant que l’on tienne compte des résultats du scrutin communal au niveau de chaque quartier et district, ensuite affecter un nombre de conseillers au prorata de résultats obtenu par chaque liste au niveau du quartier et du district. Nous avons pensé que la formule n’était mauvaise parce qu’elle prenait en compte les résultats d’un suffrage démocratique. Par esprit de compris nous avons dit qu’il ne faut pas que ce seul point bloque tout l’accord.

Comment interprétez-vous ce revirement de la mouvance présidentielle ? Est-ce que selon vous l’exécutif qui s’est engagé à faire respecter l’accord n’est pas complice de cet état de fait ?

Absolument ! Il y a une connivence et une véritable conspiration contre l’accord. Peut-être que la mouvance et le Gouvernement ont réévalué l’accord dans son ensemble, ils ont pensé qu’ils n’y ont pas leur compte. Je pense que c’est ça parce qu’il y a eu beaucoup de critiques du côté de la mouvance présidentielle. Mais on estimait qu’en raison de l’implication du Chef de l’Etat à travers ses déclarations publiques dans lesquelles il s’est engagé à veiller à l’application scrupuleuse de l’accord, et de l’intérêt qu’il a à améliorer la gouvernance au cours de son deuxième mandat, il y avait une chance à ce que l’accord soit appliqué. Mais nous nous rendons compte que ceux qui sont contre l’accord du côté de la mouvance ont dû avoir certainement le dessus.

Regrettez-vous aujourd’hui d’avoir fait confiance au Gouvernement et au Président ?

Ce n’est pas une question de regret. Nous sommes en politique. Il y a souvent des revers. Il n’y a pas de regret mais nous aurons au moins l’avantage d’avoir essayé encore une fois. L’opinion a compris que malgré tout ce que nous avons subi depuis que le RPG est au pouvoir, nous avons pu transcender pour nous assoir autour de la table, discuter de tous les problèmes du pays et nous accorder sur une certaine démarche pour apaiser afin que l’on s’occupe des problèmes de développement du pays. Mais si ça ne va pas ce n’est pas un regret. Nous allons continuer la lutte parce qu’il n’est pas question de les laisser fossoyer le jeu démocratique, en violant constamment et irréversiblement les règles de l’Etat de Droit. Nous ne leur permettrons pas.

Quel avenir peut-on réserver aux accords politiques ?

Je pense que pour le moment, ce qu’on peut dire c’est que les forces qui veulent remettre en cause l’accord semblent avoir le dessus. Je ne sais pas ce qui va se passer mais nous de l’opposition et de l’UFDG, nous devrions réaliser que nos partenaires de l’autre bord n’ont pas la volonté d’aller à l’apaisement dans ce pays. Ils n’ont pas de volonté démocratique. Nous en tirerons les conséquences, prendre en compte la nouvelle donne ensuite voir ce que nous allons faire.

Votre collègue au Parlement l’honorable Deen Touré de l’UFR dit que le code électoral devrait être adopté en février 2017 lors de la session extraordinaire. Qu’en dites-vous ?

C’est lui qui le dit.

Le président de l’Assemblée Nationale Kory Kondiano l’a dit aussi dans son discours de clôture…

C’est ce qu’il a dit, mais en ce qui nous concerne, nous avions quitté la salle. Parce la procédure législative avait été violée. Il était prévu qu’on vote le projet de loi modifiant certaines dispositions du code électorale et l’amendement du code des collectivités. C’est ce qui était prévu au programme. Mais quand le président de l’assemblée nationale a pris la parole pour ouvrir la plénière, il nous a proposé de plancher sur des accords dont nous devrions discuter et autoriser la ratification par le Gouvernement, tandis qu’au bureau de l’Assemblée, à la conférence des présidents, en plénière on avait adopté un chronogramme mettant en tête le projet de Loi sur le code dont je vous parle.

Si le nouveau code n’est pas adopté, c’est l’ancien code qui est en vigueur. Celui-là prévoit l’élection des conseils de quartier et de districts. Il ne nous restera plus qu’à exiger l’application de la loi en vigueur. Nous n’entendrons pas les arguments disant que c’est difficile techniquement, c’est couteux, c’est complexe. Toutes ces arguties ne tiendront pas devant nous.

Votre mot de la fin ?

J’ai été personnellement déçu par la tournure des choses. Parce que le constat amer que j’ai fait est qu’il y avait une véritable conspiration contre l’accord en commençant par le sabordage de l’adoption par l’Assemblée Nationale du projet de Loi modifiant certaines dispositions du code électoral. Je suis très déçu.

Merci.

Je vous en prie.

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africagunee.com

Tel. : (00224) 655 311 112

 

 

 

 

 

Créé le Samedi 07 janvier 2017 à 10:47

Facebook icon
Twitter icon
Google icon

Nous vous proposons aussi