Amadou Diouldé Diallo : « La Guinée n’est pas une destination footbalistique… »

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Interview
El hadj Amadou Diouldé Diallo
El hadj Amadou Diouldé Diallo

CONAKRY-Le tollé qu’a suscité l’élimination prématurée de la Guinée pour la Coupe d’Afrique des nations Gabon 2017 et de sa double défaite dans la course à la qualification au mondial 2018, fait encore débat dans les girons du football guinéen. Le journaliste et analyste sportif Amadou Diouldé Diallo qui accordé une interview à Africaguinee.com est revenu de manière très acerbe sur les contreperformances de la sélection nationale. Dans cet entretien, Diouldé Diallo a fait une analyse du football sur le plan local, sur la mainmise de ce sport par certains mécènes et nous a révélé comment il a été promu officier média de la CAF pour la CAN  2017.

 

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Elhadj Amadou Diouldé Diallo !

EL HADJ AMADOU DIOULDE DIALLO :  Bonjour M LOUDAH !

Vous êtes le seul guinéen à être choisi par la CAF en tant qu’officier média pour la Coupe d’Afrique des Nations Gabon-2017. Que- ce qui a pesé dans la balance pour que votre personne soit au-devant de la scène ?

Depuis 2010, je suis membre de la commission média de la Confédération Africaine de Football (CAF) et à  ce titre,  j’ai participé à toutes les Coupes exceptées  celle de 2015 en Guinée-Equatoriale, où j’avais troqué ma casquette de journaliste sportif au profit de celle d’historien pour rétablir un pan de l’histoire de ce pays. Donc je me suis attelé à donner des conférences à l’étranger par rapport au danger que représentait le Manden Djallon prôné par Alpha Condé, j’ai participé au titre d’officier média à toutes les coupes d’Afrique des Nations. C’est cette confiance que la CAF vient de me renouveler en me choisissant comme officier média devant opérer à OYEM (Gabon, ndlr) où vont évoluer les équipes de Côte-D’Ivoire, du Togo de la RDC et du Maroc. Je rappelle d’ailleurs que j’étais aussi au CHAN au Rwanda comme officier média. C’est une marque de confiance du président de la CAF Issa Hayatou.

Comment appréciez-vous l’absence du Syli de Guinée à ce rendez-vous au Gabon ?

De toute façon on est guinéen, donc forcément on a un pincement au cœur et c’est regrettable (…), même si de toute façon vous n’êtes jamais positionné là où votre équipe nationale opère. Mais pendant que vous faites le travail, vous vous intéressez au résultat de votre équipe. Le syli national n’est pas là mais moi je ne suis pas trop surpris parce qu’on est en train de mélanger la chèvre et l’herbe.

Que voulez-vous dire ?

Il n’y a rien de consistant ici par rapport au football guinéen. On est dans l’approximatif et dans la politique de l’arbre qui cache la forêt. On gagne aujourd’hui on déplace des montagnes pour faire croire que c’est la réussite d’une politique mais en réalité c’est hasardeux. Scientifiquement, techniquement, il n’y a aucune base dans ce pays qui permette un développement de notre football, il ne faut pas se leurrer. Malheureusement aussi nous sommes toujours en retard par rapport à l’Universalité du football. 

Soyez plus explicite monsieur Diouldé,  quand vous dites que la Guinée est en retard par rapport  à l’universalité du football, ça explique quoi en réalité ?

Je dis souvent que le football a quitté la rue mais en Guinée nous continuons encore à jouer dans la rue. Nous n’avons aucune structure opérationnelle dans ce pays. Le stade du 28 septembre est de 1964, il ne répond plus aux nouvelles technologies des stades modernes dans le monde. Le stade de Nongo qu’on nous a donné gratuitement n’est pas opérationnel (…) ; Il est fait pour des cérémonies de mariages ou de concerts. Même le centre technique que la FIFA nous a donné, qui est le premier projet Goal où le président Lansana Conté a payé les 400 mille dollars en contrepartie, n’est pas encore opérationnel. Des pays de la sous-région sont à quatre ou cinq projets GOAL, nous ici on peine à ouvrir même le centre technique. La Guinée n’est pas une destination footballistique parce qu’on n’a pas de centres de formation. Chez les autres on vient chercher les joueurs dans ces centres de formation.

La Guinée éliminée pour la CAN 2017, presque out du mondial Russe en 2018. Au lendemain de ces contre-performances, le ministère en charge des sports a dit que la dissolution de l’équipe du Syli National n’était pas à exclure. Pensez-vous que cela soit une des solutions ?

Justement c’est une fuite en avant, c’est de la démagogie. En réalité le ministère des sports a un organe délégataire qui est la fédération de football. Mais ici, c’est plutôt le ministère qui gère le football simplement parce que c’est le football qui génère des sous pour eux. C’est là-bas qu’i y a les voyages. C’est avec le foot qu’on peut surfacturer quand il y a regroupement de l’équipe ou location de bus. Donc quand l’équipe est battue c’est moins le choc de la défaite qui fait mal, que les dividendes qu’une victoire pourrait procurer à ces cadres tapis au ministère des Sports. C’est cela le fond du problème. Dire qu’on va dissoudre l’équipe nationale, est-ce qu’on a même écouté la fédération. Ici même quand la sélection nationale éternue c’est le DAF du ministère qui est la personne incontournable qui gère les finances. Alors que la fédération existe, pourquoi ne pas donner aux fédérations leurs budgets puisqu’il y a les lignes de crédit au ministère des Finances et puis que le ministère soit chargé du contrôle de l’exécution du budget au prorata des montants alloués ? Mais non tout le monde est dans le football parce que c’est la vache à traire des cadres du ministère des sports et du patrimoine historique.

Avec ces résultats dérisoires d’aucuns jettent leur dévolu sur le sélectionneur Lappé Bangoura qu’ils disent ne pas être à la hauteur de son poste de sélectionneur de l’équipe  nationale. Quelle analyse en faites-vous ?

Il faut remonter la pente avant de dire cela. Si nous ne sommes pas qualifiés c’est parce que Luis Fernandez n’était pas l’entraineur qu’il fallait à la Guinée. Le contrat d’ailleurs de Lappé a été signé cette semaine seulement (…), vous savez mieux que moi que l’Etat guinéen est un mauvais payeur. Personne peut être à part un entraineur local, n’aurait accepté cela pour l’Etat guinéen. Ce que ce coach peut accepter, les expatriés n’allaient pas le faire. Donc on a préféré prendre le guinéen en se disant qu’on a moins de contraintes par rapports aux entraineurs étrangers.

Quel regard portez-vous sur le football guinéen au niveau local ?

Pour être honnête aujourd’hui si un type comme Antonio Souaré cesse de dépenser dans ce sport aujourd’hui, il n’y aura plus de football. Antonio va être esseulé, il ne peut pas tout seul tout faire.

C’est trop dire quand même, il n’est qu’un simple mécène ?

C’est ça la vérité. Même au niveau de l’Etat, dès qu’on parle de football on dit allez voir Antonio il va payer. L’Etat a démissionné, il s’est désengagé à commencer par le président de la république. Il en a fait la démonstration, six ans qu’il est au pouvoir, il n’a jamais présidé la finale d’une coupe nationale qui est un devoir républicain. Donc le sport en général, particulièrement le football n’est pas une priorité d’Alpha Condé.

Justement des observateurs reprochent à Antonio Souaré de tirer les ficelles de toutes les structures en matière de football. Notamment d’avoir la main mise sur le championnat, d’être président de la Ligue professionnelle de Football et surtout celui qui a été un des artisans de la dislocation de l’ancienne fédération de football à des fins personnels. Qu’en dites-vous ?

Je regrette, d’abord si la ligue a été mise en place c’est sur l’initiative d’Antonio Souaré parce que la FIFA et la CAF avaient dit s’il n’y a pas de Ligue professionnelle pas de Championnat.

Mais il y avait une fédération nationale qui s’occupait du football quand-même ?

La fédération gère la coupe nationale et la ligue gère à son tour le championnat. C’est une condition des instances dirigeantes du foot mondial. D’ailleurs si aujourd’hui cette ligue existe, ce n’est l’Etat qui a financé mais c’est son argent personnel qu’il a pris pour y mettre. C’est encore lui qui a loué et équipé le bâtiment qui sert de siège à la LGFP. Il paye le personnel et donne des subventions aux clubs. Dire que c’est lui qui a disloqué la fédération je suis désolé (…). Cette dislocation est la résultante d’un manque d’entente entre les membres de cette fédération de Football.

Votre mot à l’endroit de nos lecteurs ?

Je dirais encore une fois que la Guinée est entrain de reculer dangereusement. Tous nos symboles sont entrains de tomber comme le football. Nous n’avons plus de repères et c’est extrêmement grave.

 

Entretien réalisé par

BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

Tel. : (+224) 655 31 11 13

 

 

Créé le Lundi 19 décembre 2016 à 9:26

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