Guinée : Des citoyens interpellent le Gouvernement sur une de ses décisions…

Société
Amadou Bah, Menuisier à Conakry
Amadou Bah, Menuisier à Conakry

CONAKRY-En Guinée, plusieurs ménages vivent dans des conditions précaires ! Cette situation est accentuée par certaines décisions prises par le Gouvernement.

L’interdiction par le Président Alpha Condé en mai dernier, de la coupe et de l’exportation du bois ne fait pas que des heureux. Ceux qui exercent dans la filière se plaignent de cette mesure. Car, la décision présidentielle a eu pour conséquence directe la cherté de cette denrée utilisée à grande échelle pour la consommation domestique et dans le BTP. Aujourd’hui, obtenir du bois est devenu un véritable casse-tête pour certains.

A Bonfi, quartier insalubre situé dans les faubourgs de Conakry, se trouve le grand dépotoir de bois. Aujourd’hui, c’est de la matière issue du recyclage qui est vendue presque. Les prix auraient augmenté de 40 à 50% cette année, selon des vendeurs.

Actuellement, une planche de madrier est vendue à 100.000 francs guinéens alors que l’an dernier c’était à 40.000 francs guinéens. Un chevron qui était vendu à 15.000, s’arrache aujourd’hui à 35.000 francs guinéens.

Assis devant son magasin, Lamine Soumah  se plaint du  manque de bois. « Il y a peu de temps, un madrier pour la charpente d’une maison coûtait entre GNF 800.000 à GNF 900.000, mais aujourd’hui le prix a beaucoup augmenté. On a un grand souci. L’Etat doit nous aider. On a des commandes des personnes mais on ne peut pas travailler, parce qu’on ne trouve pas du bois actuellement », s’inquiète ce menuisier.

Autres conséquences de l’interdiction de la commercialisation du bois, c’est la montée en flèche des prix des meubles.  Boubacar Diallo, menuisier, croisé dans le même secteur témoigne : « les prix des meubles pour la décoration d’une maison ont grimpé.  De nos jours le prix varie entre GNF 1.000.000 jusqu’à GNF 3.000.000 selon le modèle », confie-t-il.

Ce menuisier qui qui gagne sa vie dans le travail du bois raconte que depuis l’interdiction, il a du mal à joindre les deux bouts. « On ne peut pas vivre sans le bois, je me suis marié avec le fruit du travail du bois et ma famille vit dans ça. Malheureusement, le prix du bois devient plus couteux. Et ça se répercute sur les produits finis que nous vendons. Les gens viennent demander le prix, mais ils n’achètent pas parce qu’ils trouvent que c’est cher », s’alarme Monsieur Diallo.

Mamady Sylla, vendeur de bois basé au quartier Kenyen interpelle l’Etat. « On a de sérieux problèmes, parce qu’on n’arrive plus à subvenir aux besoins de nos familles grâce au travail du bois. Nous prions vivement le Gouvernement de lever cette interdiction, sinon on est malheureux », se lamente-t-il.

Même son de cloche chez ce membre du syndicat des vendeurs de bois à Kenyen. Ousmane Wattara demande à l’Etat de sursoir à cette interdiction en prenant des dispositions strictes de contrôle. Car selon lui, ce sont les chinois en complicité avec des cadres du Ministère de l’environnement qui aggravent la déforestation.

« Les gens du Ministère de l’environnement ont donné des tronçonneuses aux chinois qui coupent les bois pour l’exportation. Nous souffrons aujourd’hui, parce qu’aucune personne ne peut construire sans le bois. C’est lié au manque d’organisation. L’Etat n’a qu’à prendre ses responsabilités et voir les paramètres qu’ils doivent imposer au niveau cette filière et ordonner des reboisements. Il faut prioriser la consommation locale », a souhaité Ousmane Wattara.

En mai dernier, le Président Alpha Condé avait  décidé d’interdire la coupe, le transport et la commercialisation du bois en Guinée. Cette décision se justifiait par le fait que la Guinée perd de plus en plus son patrimoine forestier. Et la ministre de l’Environnement des Eaux et Forêts, Christine Sagno a déjà mis en garde tous les contrevenants.

 

 BAH Aissatou

Pour africaguinee.com

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Créé le Mercredi 03 août 2016 à 11:01