Querelles politiques et ethniques: Où va la Guinée?

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Coup de gueule

En Guinée, les évènements se suivent et se ressemblent  à quelques différences près…
De la crise au sein de l’UFDG, à la guéguerre pour déterminer celui qui sera à la tête du Kountigui à la fronde au RPG, un seul dénominateur commun : la course au pouvoir.
On sent bien une guerre de succession qui ne dit pas son nom et une crise profonde de l’autorité qui gangrène la société guinéenne. C’est ce genre de  situation que les experts appellent « société anémique » dans laquelle aucune norme, aucune loi ne sont respectées aussi bien par les gouvernants que les gouvernés. Ainsi, nous tenterons une explication probablement subjective mais a priori dépourvu de toute passion. Subjective parce que ça serait prétentieux de s’approprier une objectivité dans un contexte comme celui de la Guinée où on a plus besoin de lire ou écouter une personne pour connaître le fond de ses pensées, il suffit juste de connaître son patronyme et donc l’énigme serait résolu.  C’est dommage mais généralement dans cette république  bancale je puis dire  qu’on pense comme on est ou même on pense comme on nait par opposition au raisonnement cartésien je pense donc je suis. Quelles sont donc les corrélations entre ces différents évènements? Voyons donc !

Primo, la question de succession du kountigui de la basse-côte révèle bien des facettes que l’on ne peut comprendre que lorsqu’on remonte dans le temps. À cet effet, le président Condé est-il pris à son propre jeu? Voyons encore de plus près…

À son arrivée au pouvoir, le koro a institué implicitement un partage du pouvoir selon des critères régionalistes : la primature à la basse-Guinée, la présidence du parlement à la Guinée forestière, et le Conseil Économique et Social au Foutah et bien entendu la part du lion,  la toute puissante présidence reviendrait au Manding. Seulement voilà, le second mandat marque une phase décisive de son magistère. Désormais comme dans toutes les sociétés humaines, c’est la course au pouvoir et par ricochet la course pour la succession. Une sorte de « le Roi est mort vive le roi » avant l’heure. Et dans ce contexte tous les coups sont permis. Tenez des barbes blanches de la basse-cour, excusez! Les sages illuminés de la Basse-Guinée ont bien compris le jeu dans ce système, celui qui contrôle cette chefferie traditionnelle (réinventée) contrôle la primature et donc l’ossature de l’administration publique. Enfin contrôler l’administration c’est aussi contrôler les élections. C’est la nouvelle tendance en Afrique depuis les grands bouleversements de l’ordre mondial en ce début du XXIe siècle suite aux attentats du 11 septembre, les véritables maîtres du monde sont devenus très sévère dans la lutte contre le financement des groupes armés, l’achat des armes, dans le but ultime de lutter contre le terrorisme. Et depuis les seigneurs de guerre se sont tous reconvertis en politique le costume a remplacé le treillis. Et comme la Guinée n’est pas en reste, la seule façon de conquérir ou de se maintenir au pouvoir passe désormais par un semblant de démocratie via les urnes. Ne dit-on pas dans les milieux diplomatiques qu’il vaille mieux des élections bâclées (trichées) que l’absence d’élections. Pas étonnant qu’en période électorale les « Commissions Électorales » ont plus de poids et d’enjeux qu’un ministère de l’administration du territoire (ou de l’intérieur). Sachant que  les Cours Suprêmes ne sont là que pour valider des résultats de ces dites commissions « indépendantes ». D’où l’importance d’avoir une mainmise sur la primature et de facto sur toute l’administration centrale et décentralisée dans son ensemble. Enfin bref, derrière la course pour le « kountiguisme », les différents protagonistes cherchent plutôt à se positionner sur l’horizon 2020, tant pis s’ils auront 100 ans, seul le présent existe.

Secundo, comme une suite logique, les anciens alliés de la même région que le président ont bien compris le jeu de dupes qui se trament : « qui perd gagne ». Faut-il céder et laisser tous les avantages au « Sokho » (oncles en langue soussou) du « Koro »? Faut pas rêver qu’à même ! D’autant plus que celui qui aura le leadership de la très Haute Guinée aura plus de chance de gagner en…2020, et pour cause! D’après le récent recensement de  la fameuse Commission Électorale Nationale Indépendante (vous avez dit indépendante?) la Haute-Guinée est la région la plus peuplée, loin devant Conakry la capitale. C’est comme si le taux de natalité a quintuplé entre 2010 et 2015 et il y aurait eu un exode urbain de Conakry vers Kankan par exemple. Ah la politique à la sauce africaine est capable de beaucoup de miracles…

Ainsi la fronde au sein du RPG arc-en-sel, pardon arc-en-ciel (mais il faut du sel dans la sauce non?) n’a d’autres fondements que des guéguerres de positionnement et des règlements de compte sur fond de partage du gâteau. Mais un cadeau empoisonné qui date de 2010. On verra bien qui aura la faveur des sages, eh oui là aussi c’est une histoire de barbes blanches hein! D’ici là ne soyons pas étonnés d’entendre chacun des « protagonistes » nous sortir tôt ou tard : « moi je suis l’enfant prodige, non c’est plutôt moi, tu n’es qu’un enfant adopté. Oui mais je suis plus apte, et mieux  adapté à représenter le grand manding etc etc. »Et dire que les détracteurs du président l’accusent d’avoir « Malinkanisé » l’administration, certains de ses (anciens) partisans estiment quant à eux qu’il n’en a pas fait assez (Sic) du moins c’est ce qui ressort de son discours au siège du RPG fin mai.

D’ici là le concepteur du nouvel ordre économique et social le très « sage » Facinet Touré est appelé à la rescousse pour réconcilier les fils du Manding. Après tout selon lui, ses oncles peuls doivent s’occuper du commerce et  l’économie en général et laisser les autres convoiter le kibanyi présidentiel. Eh hop !  Il fait d’une pierre deux coups : d’abord il contrôle le kountigui pour la Basse-Côte (n’est-ce pas encore lui qui a destitué le chef des chefs autoproclamé El Hadj Sekhouna Soumah?) et il se rend incontournable aux yeux des malinkés. Pendant ce temps, comme on manque de mémoire collective, on oublie son rôle dans le CMRN et les exactions commises après le vrai ou faux coup d’État (ca dépend de la perception de chacun à défaut du procès) du Colonel Diarra Traoré par la junte d’alors. Qui a dit qu’on devient sage avec les années?

Tenez! On va faire une autre prédiction pendant qu’on y est car tout est permis ou presque : à l’approche des futures élections législatives, étant donné que le perchoir de l’Assemblée Nationale est dévolu à la Grande Forêt (Sic), un autre front risquerait de  s’ouvrir entre les différentes communautés de la région. En ligne de mire la succession en cas de vacances du pouvoir et oui le facteur âge en politique n’est pas anodin hein ! En 2020 le Koro aura quel âge déjà ? Encore faut-il qu’il y ait respect de la constitution mais bon ça c’est une autre histoire. En attendant tous ont les yeux rivés sur 2020. Seul l’Éternel sait qui sera encore en vie, mais en entendant chacun y va de ses spéculations, de ses espoirs et espérances.

 

Tertio à l’UFDG l’épilogue de la rivalité Cellou Dalein vs Bah Oury se poursuit dans une saga judicaire qui ne fait que commencer suite à l’assassinat d’un Journaliste. Les deux camps continuent tout de même de s’accuser mutuellement soit de traitrise et de connivence avec le pouvoir ou alors d’imposture teintée d’incapacité. Mais dans le fond  n’est-ce pas à ce niveau aussi une crise de leadership pour la conquête du pouvoir?

Dans cette agitation politique Sidya Touré continue de se tenir à l’écart du débat public. A-t-il pris de la hauteur? Le « très haut » Représentant du Chef de l’État semble être perché dans un dilemme entre un consentement par son silence, ou alors dénoncer les dérives quitte à s’attirer les foudres de ses nouveaux amis et en même temps les moqueries de ses anciens alliés. L’un des rares qui pourraient tirer profit de cette impasse est sans doute Lansana Kouyaté par sa constance, cependant son éloignement du jeu politique risque de le mettre aussi hors-jeu.
Malheureusement tous les yeux sont focalisés sur le politique, et sur la politique. Nul n’évoque l’entreprenariat privé, une économie presque à l’agonie, les conséquences directes et indirectes du changement climatique montrent des signes (pluies diluviennes, chaleur élevée etc.) Pendant ce temps, les pauvres guinéens continuent à se détester sans même savoir pourquoi. Pauvre de nous ! Pour preuve la Haute-Guinée est au moins aussi pauvre qu’elle l’était avant l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir. Quand est-ce qu’on comprendra que le pouvoir ne profite qu’aux élites et ce depuis toujours? Comment convaincre un individu qu’il est avant tout un citoyen et que l’ennemi ce n’est pas son prochain mais la pauvreté? En parlant de pauvreté, dans le monde, la pauvreté extrême est passée de 40% à 21% entre 1981 et 2001. Cependant la courbe a pris le sens inverse en Guinée, de toutes les façons on est incapable de fournir des statistiques fiables mais la paupérisation est perceptible au quotidien.

Par ailleurs, comment un pays peut-il espérer se développer si ceux qui le dirigent ou qui aspirent à le diriger sont tous plus âgés que le nombre d’années d’existence du pays. À quand la transition intergénérationnelle? Comment garder l’espoir alors que la nouvelle génération continue de se lamenter sur son sort et refuse de prendre son destin en main? Un soutien politique qui surfe, sur la fibre identitaire à la limite du fanatisme. Avec ce système éducatif moribond, c’est toute une génération qui est sacrifiée, mais le pire c’est qu’elle n’en a même pas conscience. On continue à glorifier ou à accuser les premiers dirigeants de la Guinée et je me demande souvent si en presque 60 ans d’existence, la Guinée n’a pas pu engendrer d’autres Diallo Telly, des Keita Fodeba c’est que ça craint ! Certes la Guinée a perdu beaucoup d’intellectuels sous la première république mais n’avions-nous pas assuré la relève depuis le temps? Autant de gâchis mais pour autant, on ne doit perdre l’espoir tant les richesses et les potentialités sont immenses.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale l’élite juive était décimée et dispersée mais il aura fallu moins d’une décennie pour se reconstruire. Pendant ce temps sous nos tropiques on s’accuse, on justifie l’horreur et on pleurniche sur notre sort. Je reste convaincu que le salut viendrait de la jeunesse mais encore faut-il qu’elle se réveille et surtout qu’elle sorte de l’emprise du communautarisme en se posant la bonne question. Que vais-je faire de ma vie? Comment améliorer mes conditions de vie et celles des autres? Qu’est-ce qu’un régime ou un homme politique pourraient m’apporter autre que la satisfaction symbolique et illusoire d’avoir le même patronyme ou d’être de la même ethnie. En vérité l’ethnicité en politique est un frein au développement. Et si le salut venait d’ailleurs? De l’entreprenariat et du développement économique ?

Sans la conditionner de façon absolue, le développement économique peut servir la démocratie et la cohésion sociale pour autant que, par les changements qu'il impulse (industrialisation, mouvement de main-d'œuvre, mixité ethnique, échanges matrimoniaux, déplacements de populations, urbanisation, éducation), il favorise l'épanouissement d'une société civile vivante, composée d'associations diverses (et non les associations à caractère communautaire), et capable de nourrir le pluralisme politique et de résister à l'État.

Demain, le recul historique permettra peut-être d'en mieux juger. Mais même dans ce cas, il n'y aurait pas de position catégorique. C'est que le jugement que l'on porte sur un phénomène donné dépend toujours de la perspective empruntée et des attentes qu’on se fixe
Sans pécher par naïveté, nous pouvons reconnaître tout de même quelques avancées notamment en termes de liberté d’expression et de la presse. Qui aurait osé il y a juste 10 ans mener une fronde au sein du camp présidentiel ou tenir certains propos sans connaître la case prison ? Les mêmes individus qui tournent autour du pouvoir auraient crié à l’outrage au grand chef, troubles à l’ordre public voire atteinte à la sûreté de l’État. Et que sais-je encore ? Enfin bref, une des caractéristiques de la démocratie c’est justement de ne jamais être satisfaits et d’en demander davantage aux gouvernants, tant mieux !

La vie en société nécessite des choix, des voies, qui font forcément référence à des idéaux moraux et, plus généralement, à des valorisations de certains symboles transversaux que nous développerons dans le cadre d’une autre publication.

Enfin, l’existence simultanée de plusieurs nations ou communautés culturelles dans un pays soulève la problématique de la reconnaissance de toutes ses composantes ainsi que celle de la possibilité de se donner, des valeurs communes….mais cela ne saurait être une fatalité ou une fin en soi.

À suivre…

Mamadou Aliou Souaré
Chef du Bureau d’Africaguinee.com
Montréal, Canada
souare.aliou@gmail.com

Créé le Mardi 28 juin 2016 à 9:53

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