Exil forcé: pourquoi notre Dadis national est indésirable en Guinée?

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Coup de gueule

Ce matin du 26 août 2015 vers 7h30, notre Dadis national est plutôt détendu. Dans un boubou blanc, avec des lunettes dorées vissées sur son nez, il a déjà fait sa valise pour Conakry. Animé par un désir brûlant de rentrer en Guinée, Dadis a tout prévu sauf un détail: il est indésirable à Conakry où son arrivée est perçue comme une menace. D’ailleurs, Kôrô Alpha n’a pas hésité une seconde à appeler son « ami » Alassane Ouattara pour interdire à notre Dadis national de fouler le sol guinéen via Abidjan. A l’évidence,  notre Dadis national est indésirable en Guinée. Voyons de plus près les raisons de cette mésaventure de notre Dadis national.

Primo, le retour à Conakry de notre Dadis national allait compromettre sérieusement les chances de « réélection » de Kôrô Alpha le 11 octobre prochain. Il a donc naturellement demandé l'aide du président ivoirien Ouattara pour refouler Dadis au Ghana. Ce dernier a rendu service à Kôrô pour éviter des tensions en forêt, une région frontalière de la Côte d'Ivoire. Pour Kôrô Alpha, notre Dadis national est une épine dans son pied. En se rapprochant de Kôtô Dalein, notre Dadis national allait jouer aux troubles fêtes  pendant la campagne présidentielle. En plus, notre Dadis national jouit encore d’une popularité au sein de l’armée à cause notamment de sa « générosité ». Pendant son court règne en 2009, des milliards de francs guinéens avaient  été distribués aux troupes et beaucoup de nos hommes en uniforme avaient été gradés à une vitesse fulgurante !  D’ailleurs, comment   Kôrô Alpha peut-il mettre en prison notre Dadis national, sans se mettre sur le dos, les partisans de l’ancien putschiste ? Et quand on sait que  notre Dadis national n’a pas sa langue dans sa poche, ses déclarations sulfureuses pouvaient à coup sûr envenimer la campagne électorale, déjà très ethnicisée dans notre pays. Pour son avocat, notre Dadis national avait un objectif s’il rentrait à Conakry :  il voulait "se présenter devant la justice, se disculper et déposer son dossier de candidature pour la présidentielle" ! Le scénario de Dadis « candidat » au même pied d’égalité que Kôrô Alpha pour la course à la présidentielle, sentait donc très mauvais pour l’actuel locataire du Kibanyi de Sékhoutouréya. En attendant  la fin de la présidentielle,  Dadis peut se ronger les ongles à Ouagadougou, car la paix est à ce prix, kaa ?

Secundo,  les forces « obscures » suivent de très près notre Dadis national. En 2010, les américains, les français avaient réussi avec beaucoup de peine, à écarter l’encombrant Dadis pour « sauver » notre démocratie. Cinq années plus tard, après avoir investi des  millions de dollars pour épauler notre «  Etat démocratique »,  nos cousins gaulois de Paris et  nos grands frères Yankees de Washington, n’allaient pas tolérer que l’imprévisible Dadis foute en l’air leurs sacrifices ! Pour les américains, la page Dadis est définitivement tournée. Interrogé récemment sur le statut de notre Dadis national, l'ambassadeur américain, Alexander Laskaris a tranché: "Le massacre du 28 septembre et le viol des femmes, ça nous a choqué. Je félicite le ministre de la justice Sacko pour l'inculpation de Dadis, je suis très content. Dadis pour moi, pour la politique des États-Unis, il n'a aucun statut d’ancien chef d’État"! Côté français, beaucoup d'intérêts sont en jeu . Avec la bénédiction de Kôrô Alpha, les français ont beaucoup à perdre si des troubles éclatent à conakry. De Simandou au port de Conakry (géré par le groupe français Bolloré), ou encore les secteurs de l'eau, de l'électricité et des transports,  de gros sous sont en jeu. Pas question donc, de laisser « la menace  Dadis «  planer sur Conakry.  En attendant  la fin de la présidentielle,  Dadis peut se ronger les ongles à Ouagadougou, car la paix est à ce prix, kaa ?

Tertio, la justice guinéenne et la justice internationale allaient sérieusement baver si notre Dadis national réussissait à rentrer à conakry pour se présenter à la présidentielle. Après son inculpation pour les crimes liés au massacre du 28 septembre  2009,  notre Dadis national allait vendre « chèrement sa peau » au plus offrant des candidats  pour éviter la prison. Quand on sait que notre justice dépend (encore) de la bonne humeur du locataire de Sékhoutouréyah, Dadis avait de bonnes chances de jouir d’une impunité comme le sont d’ailleurs l’actuel ministre Claude Pivi ou encore le Colonel Tiegboro Camara, tous inculpés pour le massacre du 28 septembre 2009. En attendant  la fin de la présidentielle,  Dadis peut se ronger les ongles à Ouagadougou, car la paix est à ce prix, kaa ?

En définitive,  malgré sa présomption d’innocence dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009, le retour en Guinée de notre Dadis national, ( à quelques jours  de la présidentielle )n’augurait rien de bon. Les nostalgiques de Dadis et ses nombreux partisans peuvent néanmoins se consoler avec une hypothèse très probable : quel que soit le vainqueur de la présidentielle du 11 octobre, Dadis Camara a peu de chances d’être extradé vers la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Si Kôrô Alpha gagne, il ne l’enverra pas à la CPI à cause de son orgueil patriotique, hostile à la justice des « Blancs ». D'ailleurs, ni Kôtô Dalein, ni Sidya Courant, ni Lansana le Koumatigui  du PEDN ne sont favorables à son extradition vers La Haye. Par conséquent, notre Dadis national qui s’est déjà désisté de la présidentielle, sera de retour en Guinée. Pour quelle raison? Le ministre guinéen de la justice Cheick Sacko a levé un coin du voile sur la période du  retour à Conakry de notre Dadis national. Ce sera probablement  lors du procès de l’affaire du 28 septembre 2009: « D’ici décembre (2015), si on arrive à clôturer la procédure, on peut effectivement envisager l’ouverture des assises dans le premier trimestre ou au plus tard dans le premier semestre de 2016”, a indiqué le garde des sceaux guinéen.  Dadis devrait donc participer à ce procès en 2016. En attendant, inutile de dire que les guinéens vont très vite oublier la mésaventure de notre Dadis national, car la campagne présidentielle arrive avec son cortège de nambaras. Mais ceci est une autre histoire. A très bientôt!

Amadou Diallo
Pour Africaguinee.com
damadou13@yahoo.fr

Créé le Lundi 31 août 2015 à 12:31

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