Guéguerre pour le Contrôle de l’Imamat à la Mosquée Sénégalaise : L’Imam El hadj Mamadou Saw raconte (exclusif)

Conflit religieux
Mosquée sénégalaise de Conakry   Photo-Africaguinee.com
Mosquée sénégalaise de Conakry Photo-Africaguinee.com

CONAKRY-La guerre pour le contrôle de l’Imamat de la mosquée Sénégalaise située au quartier Kouléwoundy au centre-ville de Kaloum,  fait rage. Ce lieu de culte fondé en 1919 par des cheminots sénégalais de la confrérie Tidjaniste, est fermé depuis une semaine. Notre reporter a rencontré le 2ème imam de la mosquée El hadj Mamadou Saw qui relate les causes qui ont amené la fermeture de ce lieu saint. 

De l’historique de la mosquée…

Le domaine où est bâtie la mosquée « fantôme aujourd’hui », appartenait à un sénégalais. Ce dernier, une fois rentré au Sénégal après un long séjour en Guinée décéda. Ses parents ont alors demandé de vendre le domaine et ramener l’argent au Sénégal. Ses compatriotes restés en Guinée, et qui se retrouvaient là-bas pour faire leur adoration, ont alors décidé de racheter eux-mêmes le terrain. Ils ont cotisé de l’argent et acheté le  domaine à 5000 francs français à l’époque. Ils ont obtenus un titre foncier et ont décidé de construire une mosquée à cet endroit (en 1919).

 En 1925, la mosquée a eu un autre statut. Elle abritait désormais la prière du vendredi. En 1955, elle a été rénovée. Depuis, ce n’est qu’en 2012 qu’on a entamé une troisième reconstruction. En juillet 2014, elle a été inaugurée. Le collège de l’imamat a été composé comme suit : deux imams sénégalais, trois imams guinéens. El hadj Boubacar Diaby a été désigné comme 1er imam. Ce dernier est tombé malade et a été évacué au Maroc pour des soins. Il fallait donc, trouver un intérimaire. Toute la source du conflit est partie de là. Le fait d’avoir envoyé quelqu’un d’autre qui ne fait pas partie du collège de l’imamat initialement établi, pour assurer l’intérim du Premier imam, n’a pas été du goût de la communauté sénégalaise.

Interrogé, El hadj  Mamadou Saw, 2ème imam de la mosquée raconte…

« […] Le Secrétaire aux affaires religieuses et  la ligue islamique communale de Kaloum m’ont suspendue pour une période d’un mois en février dernier pour selon eux, avoir refusé de prier pour le Sily National qui jouait à la CAN. Quand la suspension a été levée, on m’a  informé de l’arrivée d’un nouvel imam pour assurer l’intérim du 1er imam en souffrance. J’ai répondu que ce sont les fidèles et le collège des imams qui doivent décider. Quand j’ai informé le  collège des imams et les Sénégalais,  personne n’a donné une réponse favorable. 

Un jour, le secrétaire général adjoint de la ligue islamique communale, Alhassane Soumah est venu avec Youssouf Camara (l’imam contesté, ndlr), il a montré un papier pour dire qu’il est venu l’installer comme intérimaire. Les sénégalais avec les autres fidèles  ont refusé. Ils sont répartis ce jour-là vainement.

Un autre vendredi, Youssouf Camara  est venu avec cette fois-ci, la ligue  islamique de Matoto. A 5 minutes de la prière, l’imam qui devait diriger la prière ce jour s’est désisté pour laisser la place à Youssouf Camara. Comme les gens n’étaient pas d’accord que l’imam Camara les dirige, je suis monté j’ai fait le sermon et dirigé la prière.

Le mercredi 25 mars dernier, Alhassane Soumah, m’a appelé vers 11heures 30, il m’a dit que la ligue communale avec le Secrétaire Général vont venir à la mosquée à 15heures sans préciser le motif. Je précise que ce jour-là, est une journée universelle (pour les sénégalais) du Khalif Babacar Sy, grand marabout du Sénégal. Tous les sénégalais étaient présents ce jour-là à la mosquée pour célébrer cet évènement. 

A 15h30, certains membres de la ligue communale est venue sans le secrétaire général, EL Abdoulaye Diassy. A quelques minutes de la prière de 17heures, Alhassane Soumah a lu un papier disant qu’ils sont venus installer Youssouf Camara comme 1er imam intérimaire avec moi jusqu’au retour d’El hadj Diaby. Il a demandé à Youssouf Camara de passer pour diriger la prière. les sénégalais ont dit « non ».

Comme il  y a eu des problèmes, on a dit à tout le  monde de sortir pour qu’on ferme la mosquée et qu’on discute dehors. Il y avait beaucoup de gens qui étaient venus pour des histoires et non pour prier. On a appelé le Directeur de la sûreté. Quand il est venu, ils ont décidé de fermer la mosquée jusqu’à nouvel ordre. Depuis, moi je suis à la maison, je prie à la mosquée de Sanderwalia », explique El hadj Mamadou Saw.

Au niveau du secrétariat aux affaires religieuses c’est le black-out total. Une source anonyme nous confié que le premier ministre Mohamed Said Fofana a été saisi de l’affaire. On attend juste le retour du Secrétaire Général aux Affaires religieuses, El hadj Abdoulaye Diassy,  parti à l’intérieur du pays pour une mission du Chef de l’Etat, pour trouver une solution définitive à ce conflit. Mais pendant ce temps, les fidèles musulmans de ce quartier sont privés de leur lieu de culte.

Affaire à suivre…

 

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Vendredi 03 avril 2015 à 11:30