Arrestation d’un chef religieux à Labé : Témoignage d’un de ses proches (Entretien exclusif)

Insécurité en Guinée
Dr Alhamdou Diallo   Photo-Africaguinee.com
Dr Alhamdou Diallo Photo-Africaguinee.com

LABE- Pourquoi le chef religieux du nom d’Abubakr a-t-il été arrêté par les autorités de Labé ? Ce membre influent de l’association « Ahloul Sounna wal diama » a-t-il été en contact avec des groupes djihadistes ? Le président de cette association, Docteur Alhamdou Diallo, vient de lever un coin du voile sur les motifs de l’arrestation de M. Abubakr.

 

AFRICAGUINEE.COM : BonjourDocteur Alhamdou Diallo !

DOCTEUR ALHAMDOU DIALLO : Oui bonjour !

Comment expliquez-vous l’arrestation d’un membre de votre association en la personne de M. Abubakr ?

Oui j’ai reçu cette information mais on ne peut pas dire que c’est une vraie arrestation, il est à l’interrogatoire parce qu’il a eu à parler d’une chose qui n’était pas de son domaine. Parce qu’il a reçu des étrangers (…). Comme tout le monde reçoit un étranger, il a reçu un blanc. Ce blanc-là l’a dit vaguement comme ça là on va faire le jihad. Mais le jihad ne se prépare pas comme ça, ce n’est pas possible. D’ailleurs si on était des terroristes (…). Le terroriste ne demande pas le dialogue, il ne demande pas la permission, il rentre pour mettre le feu et disparait après.

Qui est ce blanc qui était venu vous rencontrer ?

Il est venu mais il faut d’abord chercher à savoir pourquoi il était venu. Est-ce qu’il est venu pour mener des enquêtes puisqu’ils le font très souvent lorsqu’ils doutent de quelqu’un dans une région. Les américains ou les français qui sont acharnés dans la lutte contre le terrorisme peuvent envoyer des gens pour mener des enquêtes. En fait le bonhomme là a eu à prier avec nous et quelque part en ville même, après il est parti au gouvernorat. Le directeur de la sureté nous a dit qu’on le voyait prier là-bas, il a prié partout, il se faisait passer pour un musulman. Apres il a dit on va faire le jihad, est ce que ce n’était pas une façon de voir s’il n’y a pas des djihadistes ou des volontaires au djihad chez nous ? C’est à voir ! En tout cas nous n’avons pas su pourquoi.

Néanmoins lorsque lui (Abubakr, Ndlr) dénonce cela, il ne pensait pas que c’était quelque chose de grave. Maintenant, le fait qu’on était déjà accusé de terrorisme sa parole alerte les autorités. Donc vous avez vu cette concordance, elle n’est pas réelle mais les autorités sont alertées. C’est la raison pour laquelle il a été entendu pour une première fois à la présence de oustaz cissé il est rentré, la deuxième fois je crois que les gens avec lesquels nous menons la lutte pour l’ouverture des mosquées ont profité  parce que c’est une occasion pour eux.

Est-ce que M. Abubakr vous avait fait le compte-rendu de la demande faite par cet étranger ?

Oui il semble qu’il l’avait dit à qui veut l’entendre mais pratiquement le bureau de la coordination n’existait pas à l’époque. Moi c’est dans la salle du Gouvernorat que j’ai entendu cette version de sa bouche ; c’est quand ABUBAKR lui-même a dit ça lors de la rencontre du 19 février que je l’ai appris. J’ai dit peut être il y aurait eu un visiteur, beaucoup de personnes avaient appris que cet inconnu était passé par ici. Abubakr a banalisé il ne pensait pas que ça allait devenir très grave.

Des informations font état de plusieurs voyages que certains membres de votre association auraient effectués vers le Mali. Qu’en dites-vous ?

Des voyages entre la Guinée et le Mali, tout le monde y va et revient, mais nous (sunnites) sommes très visés, nous sommes surveillés.

M. Abubakr ne s’est jamais déplacé vers le Mali ?

Lui il ne sort même pas. Ce sont des gens qui  roulent autour de la commune ici. Lorsqu’il s’éloigne un peu c’est quand il voyage vers Koubia. Peut-être c’est d’autres commerçants qui ont la barbe qui sont wahhabites comme nous qui voyagent et ça tout le monde voyage, n’importe qui peut voyager au Mali voisin, c’est pas interdit d’aller au Mali.

Nous pouvons aller au Mali et revenir mais puisque nous sommes barbus, on croise les bras pour prier, dès qu’on va au Mali  où il y a parfois la guerre on dit ils vont ou ils reviennent de là-bas, sinon beaucoup de ressortissants de Conakry, de Siguiri, de Kankan vont à  Bamako ils ne sont pas inquiétés, c’est à Labé qu’on nous inquiète pour des cas comme ça.

Comment expliquez-vous que M. Abubakr avoue devant toutes les autorités locales qu’il a été en contact avec quelqu’un qui l’a proposé de faire le djihad ?

Ça nous a beaucoup dérangés. Je n’étais pas seul, j’ai vu beaucoup de monde sursauter. On s’était tous demandé comment il est arrivé à raconter tout ça. On s’est tous demandé si ce qu’il a raconté était vrai. Ça nous avait surpris. Moi en tout cas c’est dans la salle que j’ai appris qu’il a rencontré quelqu’un,  peut-être d’autres étaient au courant qu’un blanc est venu.

Cet inconnu dont on parle est européen, maghrébin ou touareg ?

C’est un blanc, il est américain. Il semble qu’il avait été arrêté à pita. Je ne retiens pas  son nom, le directeur de la sureté est allé jusqu’à pita pour avoir des renseignements après son passage. Après la déposition d’ABUBAKR le directeur de la sureté a pris son temps pour aller à pita pour savoir si effectivement ce qu’Abubakr disait était vrai. Parce qu’il disait que le blanc en question avait volé un enfant et que les Etats-Unis étaient même intervenus pour le libérer.

Ils ont voulu savoir si effectivement les Etats-Unis étaient intervenus pour libérer son citoyen. Parce que si c’est le cas, cela voudrait dire que le blanc n’était pas un terroriste mais plutôt quelqu’un qu’ils ont envoyé pour savoir s’il y a des terroristes ici. C’est pourquoi j’ai dit au directeur de la sureté qu’Abubakr n’en est rien dans ça. Mais il faut reconnaitre que c’est un problème d’Etat.

Ne pensez-vous pas que le fait de n’avoir pas informé les autorités à temps a été une grosse erreur de la part de M. Abubakr ?

Si je vous dis qu’il (Abubakr, Ndlr) est idiot (…). Sinon lorsqu’un problème arrive ne le banalise pas. Il aurait dû en parler aux autorités locales à temps. Mais comme vous le voyez il a banalisé la chose ; c’est le fait de banaliser qui nous a couté cher. Moi je pense que Abubakr  ne connait rien dans ça mais parfois quand on parle en public on veut donner beaucoup de nouvelles pour prouver qu’on est clair, on est honnête. C’est ce qui lui est arrivé ; puisqu’il a dit si nous nous voulions le terrorisme ici ils seraient venus  parce qu’on a rencontré tel et tel. Au fait il voulait être très clair dans la salle mais il fallait l’être avant ça, sinon Abubakr n’a rien.

 Pensez-vous donc que l’arrestation de M. Abubakr est arbitraire et qu’il y a peut-être une main noire derrière ?

Il n’y a absolument rien ! Le Directeur de la sûreté m’a interrogé de 8heures jusqu’à l’heure où je vous parle (16heures GMT, Ndlr), il m’a demandé ce que je connais d’abubakr, j’ai dit qu’il est clair, ABUBAKR est peut-être idiot. Il aurait juste informé les autres que quelqu’un est venu c’est tout. Sinon y a absolument rien, ABUBAKR n’est pas terroriste,  il  n’a aucune relation avec un terroriste. Les gens de la rue sont plus informés qu’Abubakr quand il s’agit du terrorisme. Moi personnellement je ne suis pas informé, je n’écoute même pas la radio, ma femme est là elle me reproche très souvent le fait que je n’écoute pas la radio. Je n’écoute pas la radio parce que je crains qu’on ne dise des choses qui pourraient m’énerver. C’est ma femme qui m’oblige parfois à écouter la radio ; sinon moi j’apprends les choses à travers elle. Moi je ne connais même pas l’affaire de terrorisme ou BOKO HARAM et je suis sûr que tous ceux qui sont là ne connaissent pas cette affaire, ils ne savent pas.

Vous êtes toujours déterminés à mener le combat pour l’ouverture de vos mosquées à Labé ?

Non loin de là ! C’est un train en route, moi on peut m’arrêter, je peux mourir mais les sunnites vont continuer la lutte, il faut qu’on nous donne notre liberté sous toutes ses formes ; si on arrête Alhamdou (lui, Ndlr) tout de suite, y a pas de problème, mais il faut qu’on ait nos droits à Labé. Labé n’est pas différent de Kankan, de Mamou ou de Boké. Il faut qu’on ouvre les mosquées.

 

Propos recueillis par Alpha Ousmane Bah (AOB)

Correspondant régional d'Africaguinee.com

A Labé

 

Créé le Dimanche 22 mars 2015 à 1:50