Ebola en Guinée: Quelles consequences sur les activités économiques? (Interview)

Ebola en Guinée
Cherif Mohamed Abdallah, Président du GOHA   Photo-Africaguinee.com
Cherif Mohamed Abdallah, Président du GOHA Photo-Africaguinee.com

CONAKRY- Les opérateurs économiques tirent sur la sonnette d’alarme pour interpeller le Gouvernement guinéen sur les consequences de l’épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola sur leurs activités. Le Président du Groupe Organisé des Hommes d’Affaires, Cherif Mohamed Abdallah, a dans cette interview exclusive accordée à notre redaction, est revenu sur le ralentissement des activités économiques dans le pays pour cause d’Ebola. Le president du GOHA s’est également exprimé sur la récente baisse du prix du carburant à la pompe…

 

AFRICAGUINEE.COM: Monsieur Cherif Abdallah bonjour!

MOHAMED CHERIF ABDALLAH: Bonjour Monsieur Souaré!

Quel est l’impact de l’épidémie de la fièvre hémorragique à virus Ebola sur les activités économiques du pays?

Ebola est en train de tuer les guinéens voir même des africains, mais Ebola est en train de tuer l’économie de notre pays surtout au niveau du secteur privé. A l’heure actuelle, Ebola est en train de jouer négativement sur nos activités. Les voyages sont réduits. Mêmes les ambassades qui n’ont pas annoncé officiellement leur fermeture, elles ont réduit nettement l’octroi des visas. Donc, nous sommes serrés, nous sommes étouffés. 

Et même si on arrivait à obtenir le visa et que vous voyagiez, les gens vous évitent dans le monde entier. Cela est terrible.

Vous êtes aussi stigmatisés à l’extérieur lors de vos voyages d’affaires ?

Absolument ! C’est même gênant. Mêmes les pays voisins de la Guinée, il y a des hôtels qui ne prennent pas en ce moment les passeports guinéens. Cela est extrêmement grave. Les gens sont réticents. Les visas sont réduits. C’est pourquoi à l’heure actuelle, nous-mêmes, nous ne sommes pas trop motivés à demander des visas parce que nous ne voulons pas gêner les gens dans les différentes ambassades.

Donc, il faut travailler, sensibiliser pour finir avec ce fléau afin que les activités économiques reprennent.

Comment vous faites alors pour approvisionner le marché local ?

C’est très difficile. Mais c’est grâce heureusement aux banques, les transactions bancaires qui continuent et les relations qui existaient auparavant. Mais à l’heure actuelle, on ne crée pas de nouvelles relations. Ce sont les relations anciennes que la plupart des opérateurs économiques utilisent pour continuer leurs activités. Mais, il n’y a pas beaucoup  de déplacement. Les avions qui quittent la Guinée ont peu de clients, mais ceux qui arrivent sont presque vides. Dans les hôtels du pays, il y a que les expatriés venus dans le cadre de la lutte contre Ebola qui les occupent. Les pays qui venaient acheter les produits guinéens  ne viennent plus.

Un commentaire sur la réouverture des frontières avec le Sénégal ?

Quand les frontières étaient fermées entre la Guinée et le Sénégal, il y avait des centaines et des centaines de camions qui étaient bloqués de part et d’autres. L’impact de cette fermeture avait touché non seulement le Sénégal, mais aussi la Gambie et  la Guinée-Bissau. Donc, les opérateurs économiques  des quatre pays étaient nettement étouffés. 

C’est ainsi que nous avions pris des initiatives de déposer des kits sanitaires non seulement à la frontière sénégalaise, mais aussi à la frontière léonaise, à la frontière malienne. Nous saluons d’ailleurs l’appui de  l’UNICEF qui a beaucoup aidé le GOHA. Nous avons mené des démarches de négociations avec l’ambassadeur du Sénégal en Guinée, nous avons demandé de trouver des solutions pour que les activités économiques reprennent. Nous avons adressé une lettre au président Macky Sall qui a accepté notre demande. C’est un ouf de soulagement. Nous lui disons grand merci.

Est-ce que le gouvernement vous a accordé des mesures d’assouplissements au niveau des taxes douanières vu l’impact d’Ebola sur vos activités ?

A ce niveau il n’y a pas eu de diminution. Il faut oser dire les choses telles qu’elles sont. Actuellement les activités économiques ne marchent pas  beaucoup. Ce qui est regrettable en Guinée, pour la plupart  les  hommes d’affaires évoluent dans le secteur informel. La réalité ce qu’au jour d’aujourd’hui les commerçants guinéens sont en train  de perdre assez d’argent, la majorité est en faillite. Ce qui est très dangereux pour le pays,  le secteur privé est une source d’entrée d’argent pour l’Etat. Si les taxes ne sont  pas payées  l’Etat s’appauvrit.

Comment avez-vous accueilli  la récente diminution du prix du carburant à la pompe qui est passé de 10.000 à GNF 9000?

Pour nous ce n’est pas une diminution et c’est vraiment insignifiant. Au niveau international  le prix du baril a quasiment chuté de moitié. Ce qu’on demande à l’Etat, c’est de faire en sorte qu’il y ait une réduction  d’au moins 60%  à défaut  de réduire  la moitié du prix à la pompe.

Merci Monsieur Cherif !

C’est moi qui vous remercie !

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

Créé le Lundi 16 Février 2015 à 14:52